Manifestation des lycéens pour le climat à Montpellier, vendredi 20 septembre

Grève internationale des jeunes pour le climat, vendredi 20 septembre, marche pour le climat le samedi : ce week-end l’actualité des luttes aura été placée sous le signe de l’écologie ! Alors que certains des plus grands laboratoires français de climatologie viennent, le 17 septembre de ce mois, de publier un ​rapport ​particulièrement alarmant revoyant encore à la hausse les prévisions en matière de hausse des températures pour le siècle à venir, ces quelques jours de mobilisation auront été un franc succès dans le monde entier. Avec près de ​4 millions de jeunes mobilisés​ dans plus de 160 pays, contre ​1,8 le 24 mai​, cette troisième édition de la grève scolaire pour le climat aura été la plus suivie. En France, 40 000 jeunes ont manifestés vendredi à l’appel de Youth for Climate et de 56 autres organisations et associations, et environ 150 000 l​e samedi pour la marche contre le réchauffement climatique (​350 000 p​our la première édition le 15 mars). Si la mobilisation dans l’hexagone ne semble pas particulièrement enfler, de nombreuses actions sont prévues dans les jours et semaines à venir. Qu’en a-t-il été de ce week-end vert à Montpellier ?  

Vendredi : manif de rue et répression administrative.  

Manifestation des lycéens de Montpellier pour le climat, vendredi 20 septembre

Vendredi c’est donc entre 1000 et 1500 lycéens qui ont défilés entre le Peyrou et la mairie de Montpellier, dans une ambiance festive et énergique. Aucun blocage d’établissement, mais des rassemblements devant certains en cours de matinée, comme au lycée Jules Guesde, où deux lycéennes nous racontent les pressions administratives qui ont pu s’exercer : ​ « Vendredi matin à 7h15 on était devant le lycée avec nos banderoles, on bloquait pas le passage, les élèves pouvaient rentrer, on voulait juste être visible et ramener des gens pour partir à la manifestation. Le proviseur du lycée, monsieur Regnery, nous a poussés, nous a arraché une banderole et nous a dit : “ ça commence comme ça puis ça finit avec des poubelles brûlées ! Vous allez ramener tous les casseurs des lycées pro ! Je vous garantis que vous allez vous faire exclure ! Il y a d’autres manières de lutter, allez en cours ! Ne contestez pas l’éducation c’est pas à vous de le faire ! ” Et il nous a pris en photo. » ​Une élève a reçu un mail lui notifiant ses absences injustifiées et son non-retour en cours tant que cette absence ne sera pas justifiée.

Relevé d’absence de l’administration du lycée Jules Guesde reçu par certains élèves participant à la mobilisation.
Vidéo du proviseur de Jules Guesde haranguant et bousculant les élèves rassemblés devant le lycée contre le réchauffement climatique, vendredi 20 septembre

Malgré tout, la manifestation s’élance en fin de matinée vers la Comédie au son de slogans comme ​ « on est plus chauds, plus chauds que le climat » ​ou​ « et un, et deux, et trois degrés, c’est un crime contre l’humanité.» ​Les lycéens, visage décoré pour nombre d’entre eux des deux traits verts symbolisant la mobilisation, marquent un arrêt au pied de la fontaine des trois grâces. Le dispositif policier est quasi-inexistant en comparaison avec les actes successifs de gilets jaunes que la ville connaît tous les samedis. Des motards de la municipale encadrent le cortège, quelques voitures de nationaux par-ci par-là… Une interpellation est tout de même à déplorer, celle d’une lycéenne embarquée au commissariat central pour une inscription au marqueur sur un poteau. Elle sera entendue sous le régime de l’audition libre, pendant que ses camarades de manifestation font un sit-in devant l’hôtel de police. La manifestation se clôt par une prise de parole sur le parvis de la mairie. Une assemblée générale l’après-midi, une occupation du lieu et différentes activités et débats y sont annoncés. A noter la présence dans ce défilé de quelques syndicalistes, notamment des enseignants de Sud éducation 34.   

Manifestation des lycéens de Montpellier pour le climat, vendredi 20 septembre
Manifestation des lycéens de Montpellier pour le climat, vendredi 20 septembre
Manifestation des lycéens de Montpellier pour le climat, vendredi 20 septembre
Manifestation des lycéens de Montpellier pour le climat, vendredi 20 septembre
Manifestation des lycéens de Montpellier pour le climat, vendredi 20 septembre
Manifestation des lycéens de Montpellier pour le climat, vendredi 20 septembre
Manifestation des lycéens de Montpellier pour le climat, vendredi 20 septembre
Manifestation des lycéens de Montpellier pour le climat, vendredi 20 septembre
Manifestation des lycéens de Montpellier pour le climat, vendredi 20 septembre
Manifestation des lycéens de Montpellier pour le climat, vendredi 20 septembre
Manifestation des lycéens de Montpellier pour le climat, vendredi 20 septembre

La mobilisation ne s’arrête pas là !  

Sit-in des lycéens mobilisés contre le réchauffement climatique sur le parvis de la mairie de Montpellier, vendredi 20 septembre

Deux
jours plus tard, dimanche 22 septembre, 14h, sous la pluie, quelques
lycéens campent encore sous le parvis de la mairie pour protester contre
l’inaction de Philippe Saurel face à l’urgence climatique. Quelques
gilets jaunes du rond-point près d’arènes sont là et apportent du thé aux lycéens qui ont passé une nuit difficile, à en croire les visages fatigués. ​ « On est là depuis vendredi, on a passé le weekend ici. Pour manger on a fait de la récup’ d’invendus. On a pas beaucoup dormi mais on est fiers, on a pu mener plein de choses ! » , nous dit notre première interlocutrice, étudiante en fac de sciences.  

Plein de choses, oui ! Vendredi, formation à la désobéissance civile et sur que faire en cas de garde à vue, en fin d’après-midi, un délégué du maire -qui lui était à Paris-a reçu des lycéens de Youth for climate,
des membres d’Extinction Rébellion, le Nouveau Monde, qui demandaient
la création d’une assemblée citoyenne décisionnaire composée à un tiers
de la société civile, un tiers d’experts chercheurs et un tiers
d’assos/syndicats pour répondre au manque de mesures écologiques et
démocratiques du maire. Samedi en fin d’après-midi, quelques gilets jaunes les ont rejoints pour faire un débat, et ils ont constatés leurs
différences : rapport à la police, traitement médiatique. Pour conclure
que l’opinion publique était plus favorable aux jeunes en raison de
leur jeune âge. Quelques gilets jaunes ont exprimé une certaine crainte
de la convergence avec les lycéens car ​ « on veut pas ramener les violences policières sur vous » . Pas de problème avec le voisinage, principalement constitué d’un hôtel, ni avec la police. Une compagnie les a même encouragés en sortant de la mairie. D’autres leur ont juste demandé de décrocher les affiches ​ « Montpellier décrète l’État d’urgence climatique » qu’ils collaient devant la mairie. Les lycéens ont répondu ​ « c’est celles de la métropole » .
En effet, on aurait presque pu y croire, mais c’est en fait un
détournement habillement mené par les militants d’Extinction Rébellion,
la police n’y a vu que du feu. Ils lèvent le camp dimanche soir et
comptent participer à la manif pour le service public mardi, et ils
tiennent leur festival du climat jusqu’au 27, devant la mairie toujours.
La marche pour le climat montpelliéraine, initialement prévue samedi 21
et reportée en raison d’une mauvaise météo (épisode cévenol et ​chutes intempestives de grenadeslacrymogènes ), aura quant à elle lieu dimanche 29, à 14h30 au départ des jardins du​ Peyrou.  

Sit-in des lycéens mobilisés contre le réchauffement climatique sur le parvis de la mairie de Montpellier, vendredi 20 septembre

Un rapport de force à construire  

A Montpellier, en France et ailleurs dans le monde, les participants à ces marches et grèves pour le climat semblent avoir acté que manifester seulement une journée ne changera rien à la politique environnementale des capitalistes : réjouissons-nous de ceci ! Si l’évènement paraît pour le moment n’avoir que peu d’échos en France, une autre journée de grève internationale de la jeunesse est programmée pour le vendredi 27 septembre, pendant lAssemblée générale de l’ONU​. Suivie à minima d’une autre pour le 29 novembre. Une campagne internationale, ​Clean Walk Challenge, aura également lieu mercredi 25 septembre. Pour Montpellier, ​une page Facebook​se réclamant de cette campagne propose une action de tri sélectif, dimanche 29 à partir de 10h, arrêt de tram “Château d’o”. L’association Extinction Rébellion appelle également dans le monde entier à une semaine d’actions coup-de-poing à partir du 7 octobre.  

Mais, face à la si grande puissance des industries et multinationales polluantes, des manifestations ou actions symboliques ou de sensibilisation suffiront-elles ? Rien n’est moins sûr ! Chose inédite et hautement intéressante, dans plusieurs pays du monde la lutte contre le réchauffement climatique passe les portes de l’entreprise ! Aux USA, ​des grévistes de l’entreprise ultra-polluante Amazon​se sont rassemblés devant le siège de la boîte à Seattle, pour demander une attention plus grande portée aux problèmes environnementaux. Si les confédérations syndicales françaises appellent pour la plupart à soutenir les actions entreprises ces jours-ci (à l’exception de FO, de la CGC et de la CFTC qui ne s’expriment pas sur le sujet), rares sont les préavis de grève, encore moins les appels fermes à y participer ou à préparer la grève pour le climat. Seules l’Union syndicale Solidaires et la fédération de l’éducation de la FSU ont sauté le pas, comme ​72 autres syndicats​ à travers la planète. La grève semble pourtant un moyen de pression financière énorme sur les secteurs productifs polluants. Alors, à quand une première grande grève climatique à la française ?  

Crédits photos : Félix Rachas

Crédit vidéo : Lila Cassan


Article publié le 23 Sep 2019 sur Lepoing.net