Février 4, 2021
Par Marseille Infos Autonomes
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Je vais fêter mes deux ans. Deux ans où l’on m’a enlevé un bout de mon estomac, un bout de moi.

C’est difficile à imaginer. C’est difficile à accepter. Parfois je passe mes mains sur le ventre et j’essaie de prendre conscience de ce qu’il y a en moi.

J’ai toujours vu ça comme un vide à combler.

Au-delà du fait que j’ai toujours eu des troubles du comportement alimentaire et une santé mentale fragile, j’ai trouvé cette expérience traumatisante.

J’ai toujours mangé pour oublier, manger pour fêter, manger pour surmonter. C’était ça où le vide.

C’est un parcours d’un an pré-opératoire. Mais au vu de mon cas, j’ai dû suivre une psychiatre pendant quelques années pour essayer de gérer mes troubles du comportement alimentaire.

Pendant un an, je prenais le même métro, le même bus, une fois toutes les six semaines. Pendant un an, je voyais la diététicienne, puis la nutritionniste, puis la psychologue.

La musique aux oreilles, les yeux dans le vague et les idées qui s’entrechoquent, je me demandais comment j’avais fait pour en arriver là. Comment j’ai décidé de me faire enlever un bout de moi ?

Ça remonte à plusieurs années. Où l’on m’a annoncé que j’avais un syndrome des ovaires polykystiques et une stéatose hépatique non alcoolique (le foie gras).

Ça remonte à plusieurs années. Où les médecins ne me présentaient comme seule alternative de maigrir.

Je vous jure j’ai essayé. Mais comment essayer de lutter contre des symptômes traumatiques seul-e ?

Je me suis fait opérer là, là. Mais il y a deux ans. J’étais seul-e le matin. Alors que je ne pleurais plus depuis un mois, au vu de l’opération, ce matin là j’ai pleuré. Seul-e, en silence, pour ne pas réveiller ma voisine de chambre.

Je me suis fait opérer là, là. J’étais profondément seul-e dans ce parcours. Parce qu’on ne m’a pas présenté de gens qui voulaient la faire cette opération bariatrique, ni des personnes qui l’avaient déjà faite.

Alors je me suis abonné-e à des gens sur instagram. Tout le monde avait perdu tant de kilos. Tout le monde était si fin.

Je n’ai jamais réussi à vouloir ça. Je voulais juste ne pas mourir à cause de mon foie. Ce que me disait mon médecin. Qu’il me restait cinq ans. La pression, je vous jure.

Moi je ne voulais pas maigrir. Je ne voulais pas ne plus manger. Je ne voulais pas changer. Je ne voulais pas renaître sous un autre format.

Je voulais juste qu’on me laisse tranquille et je voulais vivre au mieux de mes capacités.

J’ai été opéré et ensuite j’ai eu envie de me suicider.

Longtemps.

Encore maintenant, je touche mon ventre. Mes mains parcourent mes cicatrices encore visibles qui ont pris le soleil.

Encore maintenant, j’ai un vide à combler. Et je souffre.

C’était pas ma renaissance.

J’ai pas besoin de renaître.




Source: Mars-infos.org