Juillet 12, 2022
Par Rebellyon
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Le journal le parisien a sorti dĂ©but juin un papier participant de la longue campagne de la PQR contre les squats, alors que plus d’un mois aprĂšs sort enfin la version de la famille expulsĂ© Ă  cause de l’article, revenons un peut sur cette affaire.

La presse quotidienne rĂ©gionale se fait rĂ©guliĂšrement la porte voix de propriĂ©taires peu scrupuleux qui dĂ©sirent s’affranchir des rĂšgles de droit en matiĂšre de squat. Il y a quelques semaines, c’était au tour du Parisien de s’essayer Ă  cet exercice. Ce dernier Ă©pisode en date, situĂ© sur la commune d’Ollainville (Essonne) est des mains, et de la camĂ©ra, d’une journaliste connue pour sa participation Ă  des journaux d’extrĂȘme droite.

Sous la plume de cette journaliste, tout est simple. Il y a un jeune couple qui a rĂ©alisĂ© le rĂȘve d’une vie d’un cotĂ© et de l’autre une famille de squatter peu scrupuleuse venue bousiller le rĂȘve amĂ©ricain. La pĂ©ripĂ©tie c’est que la famille de squatter habite dans le rĂȘve de notre couple. Et lĂ  patatra on sort le violon. La justice laxiste ne voudrait pas ordonner d’expulsion dans des dĂ©lais raisonnable. MalgrĂ© toute sa bonne volontĂ©, le jeune couple va se retrouver sur la paille, pris dans un piĂšge financier qui le mettrait Ă  la rue contrairement aux squatters qui habiteraient encore leur nouveau bien.

La vidĂ©o qui accompagne l’article devient virale. Celle-ci, ne brillant pas par sa rigueur journalistique, y est sommairement rĂ©sumĂ©e Ă  ces aspects les plus mĂ©lodramatique. En mĂȘme temps que des gens commencent Ă  prendre fait et cause pour le jeune couple, un Croque-mitaine apparaĂźt, c’est le squatter-bernard-lermite qui vient se glisser dans ton logement quand tu part en vacances ou quand tu vas acheter des clopes. La panique morale envahie les internets. Les figure de l’extrĂȘme droites surfent sur la dĂ©fense des petits gens dans un concert de sous-entendus racistes pendant que les libĂ©raux se dĂ©chaĂźnent au nom de la sacro-sainte propriĂ©tĂ©. Internet dĂ©raille quand Darmanin, sinistre agent immobilier de la rĂ©gion de Tourcoing, s’empare de l’histoire en ordonnant au prĂ©fet de se saisir du dossier en vitesse. La prĂ©fecture va utiliser un dispositif de la loi DALO qui lui permet de procĂ©dĂ© Ă  des expulsion arbitraire. La famille doit Ă©vacuer. Le soir mĂȘme, alors qu’ils doivent quitter en urgence la maison dans laquelle ils vivent depuis quelque mois, ils sont agressĂ© par une dizaine d’individus, les deux parents Ă©copant de plusieurs jours d’ITT.

Mais dĂ©jĂ  des gens commencent Ă  flairer l’arnaque, si bien que d’autres que le parisien mettent leurs nez dans l’histoire. Assez vite on dĂ©couvre que contrairement Ă  ce que disait le jeune couple, ils savaient que la maison Ă©tait squattĂ©e. On apprends mĂȘme qu’il ont eu la maison Ă  un trĂšs bon prix en raison de la situation. On apprends aussi que si ils avaient dit avoir Ă©tĂ© surpris de tomber sur des squatter le jour oĂč ils sont venu prendre possession de leur bien, il semblerait plutĂŽt qu’ils aient menĂ© ce jour une tentative d’intimidation accompagnĂ© d’une dizaine d’amis Ă  eux.

Le parisien finit par pondre un communiquĂ© dans lequel il explique que c’est la famille qui les a arnaquĂ©, comme si le travail de journaliste se rĂ©sumait Ă  raconter l’histoire qu’un couple avec une bonne bouille nous a racontĂ©.

La famille a saisie le journal hier, pour faire valoir son droit de rĂ©ponse. On apprends cette fois qu’elle n’a jamais vraiment squattĂ© la maison et qu’en rĂ©alitĂ© elle Ă©tait victime d’une arnaque d’un marchand de sommeil particuliĂšrement vicieux.

Pourtant il aurait Ă©tĂ© facile pour un journaliste qui fait sont travail de s’éviter tant de dĂ©convenue, tant il y avait d’incohĂ©rences dans le discours des nouveaux acquĂ©reurs, surtout pour qui Ă  pris 5mn pour comprendre comment marchent les squats en france.

On peut squatter des maison par ce que sans ça y aurait des SDF partout et que ça personnes Ă  envie de voir les SDF. Alors l’état maintient un arbitrage entre le droit au logement et le droit Ă  la propriĂ©tĂ©, tous les deux des droits constitutionnels. Quand une maison est vide, l’état considĂšre que les gens ne peuvent pas en ĂȘtre virĂ©s sans son intervention. C’est parce que l’état protĂšge le domicile des gens et pas seulement leur propriĂ©tĂ©. Ce qui vous protĂšge quand vous ĂȘtes chez vous, c’est pas seulement le contrat lĂ©gal (un acte de propriĂ©tĂ© ou un bail) mais surtout le fait que vous vous trouvez dans votre domicile. Ainsi un cambrioleur n’est pas puni seulement pour le vol qu’il effectue chez vous, mais aussi pour le simple fait de s’y ĂȘtre introduit.

Et c’est donc la que ça devient cool. Parce que si un endroit ne vous appartient pas, et qu’il n’est le domicile de personne, vous pouvez dĂ©cidĂ© d’en rĂ©clamer l’usage. C’est un hĂ©ritage du droit de rĂ©quisition, mesure justifiĂ©e dans l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral qui a servi Ă  loger plein de monde aprĂšs la guerre. En gros il y avait plein de bĂątiments vides dont on ne savait pas forcĂ©ment trop Ă  qui ils appartenaient, et plein de gens sans maison. Alors on a dĂ©cidĂ© que les gens n’avaient qu’a s’installer oĂč ils pouvaient, et ensuite allaient se signaler en prĂ©fecture. Celle ci aprĂšs quelques vĂ©rifications autoriserait la famille Ă  s’installer.

En pratique maintenant ça ne se passe plus du tout comme ça. Les squatters doivent trouver un lieu inhabitĂ©, une maison vide de tout trace de vie. Pour ça il faut de la patience, se balader en ville Ă  la recherche de volet qui ne bouge jamais, guetter la poussiĂšre et les toiles d’araignĂ©es pour finalement remarquer la maison inhabitĂ©e. Quand enfin on Ă  une maison ou les cales ne tombent pas, on peut s’installer.

Si on c’est plantĂ© et que la maison est finalement habitĂ©e, lĂ  c’est la merde. L’entrĂ©e et/ou le maintient est puni jusqu’à un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Sans parler d’aller jusque lĂ  tu peux ĂȘtre sur de te faire sortir par la bac avant de croupir quelques heures en GAV pour ta peine.

Si on a une raison on est parti pour une procĂ©dure . AprĂšs le dĂ©clenchement de la procĂ©dure par un huissier, la justice va ĂȘtre saisie et une date de procĂšs tombe. Le juge pourra y dĂ©cider d’une date d’expulsion avec un dĂ©lai maximum de 2 ans. La plupart du temps, ça varie entre deux mois et expulsion immĂ©diate. Ensuite c’est la demande de recours Ă  la force publique qui prĂ©cĂšde l’expulsion avec huissier.

Le droit au logement existe pour contrebalancer un phĂ©nomĂšne structurel, la concentration du capital. En France, par exemple, si 58% des personnes possĂšde leurs rĂ©sidence principale, pour les 42% restant ils sont Ă  la merci d’un marchĂ© dans lequel c’est 24 % des mĂ©nages qui dĂ©tiennent 68 % des logements.

Comparons maintenant le droit au logement et sa demande, et ce qui reste inexploitĂ© de l’offre pour cause de spĂ©culation : Pour donner des Ă©chelles de grandeur, il y a 3 millions de logement vacant, dont la moitiĂ© depuis une longue pĂ©riode, pour 300.000 personnes nĂ©cessitant un toit. Et 15 millions de lits touristiques. Un esprit vif nous dira de suite que le ratio est de un dixiĂšme et qu’il suffirait de faire une rĂ©quisition dans l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral d’un logement sur dix et que ça pourrait mĂȘme ne dĂ©ranger personne si c’était rĂ©alisĂ© sous forme de roulement.

Quand vous ajoutez Ă  ça les le phĂ©nomĂšne nouveau des « logements de tourisme Â» de la para-hĂŽtellerie comme Airbnb qui aggrave autant la pĂ©nurie et fait grimper le prix des loyers. Vous comprenez pourquoi les personnes sans domiciles sont de plus en plus nombreuses. On le sait pourtant depuis longtemps le logement est au cƓur des questions d’exclusion, et la perte de son domicile, puis son absence marque souvent le dĂ©but d’un parcours difficile. On pourrait facilement rĂ©soudre se problĂšme si le gouvernement cessait d’agir pour dĂ©fendre la cupiditĂ© et l’avarice de quelques uns. Pour ça il va sĂ»rement falloir les forcer.




Source: Rebellyon.info