DĂ©cembre 16, 2019
Par Lundi matin
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C’est quoi, un capitaliste ?

Le capitalisme est un parasite. Le fascisme est un cancer.

En commun chez les deux : cette propension intrinsĂšque Ă  s’étendre, Ă  mĂ©tastaser, Ă  coloniser esprits et territoires, Ă  se frayer, Ă  effrayer, Ă  comploter, Ă  endormir la pensĂ©e par la propagande et le consumĂ©risme, Ă  paranoĂŻser l’humain.

Le fasciste est par dĂ©finition capitaliste : il entre dans l’espace privĂ©, la maison, le cerveau, le lit. Il juge le contenu de cet espace en fonction de sa grille de lecture constituĂ©e de morale religieuse, d’épiderme sensible aux effusions de libertĂ©, d’intĂ©rĂȘts Ă©conomiques, de pulsions de mort et de besoins de domination. Il s’installe dans cet espace, en modifie le contenu, le surveille, le contraint, le compartimente, y trace des frontiĂšres qui sĂ©parent les ĂȘtres entre eux et en eux. Il dĂ©signe des coupables, fabrique des boucs Ă©missaires, organise des conflits, tire parti de mille mensonges, fait naĂźtre la peur comme une mort de chaque instant, il capitalise grĂące Ă  la peur. Ses bĂ©nĂ©fices : consommation aveugle, esclavage volontaire, division des peuples asservis, dĂ©culturation et abĂȘtissement, racisme gĂ©nĂ©ralisĂ©, frustration sexuelle, soumission et rĂ©signation.

Que fait le capitaliste ?

Il prend position sur un territoire, organise son avĂšnement, s’y enracine, dĂ©truit le langage commun pour le remplacer par un borborygme individuel qui rĂ©duit son utilisateur Ă  un analphabĂšte, fabrique de l’opinion et du consentement, soumet le peuple Ă  la notion de non-alternative par la peur de tout ce qui reste Ă  inventer. Il achĂšte, il vend, il investit dans l’avenir.

Il colonise la terre et les Ăąmes, divise celles-ci en autant de petits sujets barricadĂ©s en eux-mĂȘmes, rĂšgne sur le monde avec la banniĂšre de toutes les libertĂ©s, use du suffrage universel car il s’inscrit d’emblĂ©e dans un processus de respectabilitĂ©, utilise le terme de dĂ©mocratie afin d’inscrire ses actions dans des catĂ©gories admissibles, fabrique le manque nĂ©vrotique par l’abondance productiviste et industrielle.

Le capitaliste candidat Ă  l’élection promet, il fait de la promesse l’essentielle de son action publique, le reste se dĂ©roulant dans l’opacitĂ©. Il s’engage et met son honneur en jeu. Il jure que son combat, qu’il mĂšnera jusqu’à son terme, est un combat humaniste et juste. Il s’insurge en cas de dĂ©ni. Il se bat d’abord pour son peuple, son pays, sa patrie. Il fait preuve de courage et d’abnĂ©gation car il s’érige en sauveur du monde. Il se doit d’ĂȘtre sĂ©vĂšre mais juste, conscient des rĂ©alitĂ©s et de l’ampleur du dĂ©fi qu’il s’invite Ă  relever, intrĂ©pide mais raisonnable, exceptionnellement normal et banalement spectaculaire.

Pour dĂ©montrer sa bonne foi, il se rend sur des plateaux de tĂ©lĂ©vision, dans des studios radiophoniques, sa tĂ©lĂ©vision, sa radio, et il y pratique le langage populaire, y prononce les mots qu’il croit ĂȘtre ceux des pauvres gens. Si les pauvres gens se reconnaissent dans ce langage artificiel, c’est gagnĂ©. Son armĂ©e est constituĂ©e de journalistes serviles, de publicitaires de combat, de conseillĂ©s en communication de la plus haute efficacitĂ©, de diverses cĂ©lĂ©britĂ©s qui porteront les couleurs de leur domestique prĂ©fĂ©rĂ©. Celui-ci fait de chacune de ses interventions publiques un Ă©vĂ©nement creux oĂč la dĂ©magogie le dispute au mĂ©pris de ceux qu’il est censĂ© reprĂ©senter.

Puis, le naturel n’ayant jamais Ă©tĂ© chassĂ©, c’est au pas qu’il se met Ă  mentir effrontĂ©ment. Il farfouille et trifouille dans les rayons de l’abus, il cache les sommes amassĂ©es et en confie la garde Ă  ses complices, il se pavane et il crie, il chante, il danse, il s’adonne aux claquettes, il invite les Ă©boueurs Ă  l’ÉlysĂ©e, il passe par le marchĂ© du dimanche, il organise de grand dĂ©bats oĂč il nĂ©antise toute pensĂ©e politique ; il planque, calcule, apprĂ©cie, mesure, dĂ©cide, tire. Il ne tient Ă©videmment pas ses promesses, il les trahit, il ne savait pas, il s’excuse. Il n’est que le fondĂ© de pouvoir des industriels et des banquiers qui pratiquent la grande prĂ©dation des richesses du monde.

Dans l’ensemble, il se suicide assez peu ; parfois, il dĂ©missionne, ou passe la main, joue au jeu passionnant de l’alternance, et s’en retourne en ses appartements coquets, aprĂšs un petit saut au tribunal.

Ce qui distingue le capitaliste du fasciste, c’est la mĂ©thode.

L’objectif est le mĂȘme : le pouvoir et l’argent.

Le capitaliste sait ce qu’il fait. Il nie en bloc l’ampleur des dĂ©gĂąts dont il est la cause afin de poursuivre, pragmatique, l’expĂ©rience destructrice qu’il se propose une fois de plus de mener Ă  son terme, et il suffit d’ouvrir les yeux pour voir Ă  quoi ressemble ce terme.

Comme le fasciste, le capitaliste est un occupant, un envahisseur, un colon de la planĂšte, il en investit les moindres parcelles, leur inocule le virus (destruction du dĂ©sir et invention du besoin consumĂ©riste), il les Ă©puise de son appĂ©tit, les suce jusqu’à la moelle et s’étend de territoire sucĂ© en territoire suçable.

Son objectif est de poursuivre son objectif. Il dĂ©truira ce qu’il faudra de forĂȘts, d’ocĂ©ans et de riviĂšres, il exterminera des espĂšces animales par milliers, il polluera les mers et les cieux pour des millĂ©naires, peu importe pourvu qu’il ait l’ivresse en comptant ses gains.

S’il en ressent la nĂ©cessitĂ©, il construira des camps de concentration, qui seront une forme d’aboutissement ultime de son projet. Le travail rend libre est sa citation favorite.

Le capitaliste est par essence nihiliste. Donc fasciste. Cela ne lui suffit pas de s’autodĂ©truire, il veut entraĂźner dans sa perte le monde et ses peuples. Et si ces derniers se rebiffent un peu, il accĂ©lĂ©rera la procĂ©dure en fabricant des guerres, vastes boucheries oĂč, par la mĂȘme occasion, il pourra tester de nouvelles armes.

Le systĂšme capitaliste fonctionne de façon dĂ©traquĂ© en permanence. C’est comme cela qu’il tue, comme cela qu’il perdure. De rĂ©forme des retraites en loi travail, les dĂ©gĂąts sont Ă©normes. Le militantisme traditionnel, syndical, dominical, devra prendre urgemment ses responsabilitĂ©s devant l’accĂ©lĂ©ration de l’histoire et cesser toute forme de nĂ©gociations avec les malades mentaux qui gouvernent les peuples. Gouverner Ă©tant dans ce cas le synonyme d’asservir.

Toutes les cinq secondes un enfant du Monde meurt de faim. C’est un crime contre l’humanitĂ©, dont les hommes de pouvoirs sont les complices. Ce crime est une consĂ©quence de leur systĂšme, de leur politique, de leur silence, et non une malheureuse fatalitĂ©.

Nous savons que d’autres façons de penser et de vivre sont possibles.

Nous savons qu’ils se mettront en travers de notre chemin.

Qu’ils sachent que nous nous trouverons en travers du leur.




Source: Lundi.am