C’est quoi, un capitaliste ?

C’est quoi, un capitaliste ?

Le capitalisme est un parasite. Le fascisme est un cancer.

En commun chez les deux : cette propension intrinsèque à s’étendre, à métastaser, à coloniser esprits et territoires, à se frayer, à effrayer, à comploter, à endormir la pensée par la propagande et le consumérisme, à paranoïser l’humain.

Le fasciste est par définition capitaliste : il entre dans l’espace privé, la maison, le cerveau, le lit. Il juge le contenu de cet espace en fonction de sa grille de lecture constituée de morale religieuse, d’épiderme sensible aux effusions de liberté, d’intérêts économiques, de pulsions de mort et de besoins de domination. Il s’installe dans cet espace, en modifie le contenu, le surveille, le contraint, le compartimente, y trace des frontières qui séparent les êtres entre eux et en eux. Il désigne des coupables, fabrique des boucs émissaires, organise des conflits, tire parti de mille mensonges, fait naître la peur comme une mort de chaque instant, il capitalise grâce à la peur. Ses bénéfices : consommation aveugle, esclavage volontaire, division des peuples asservis, déculturation et abêtissement, racisme généralisé, frustration sexuelle, soumission et résignation.

Que fait le capitaliste ?

Il prend position sur un territoire, organise son avènement, s’y enracine, détruit le langage commun pour le remplacer par un borborygme individuel qui réduit son utilisateur à un analphabète, fabrique de l’opinion et du consentement, soumet le peuple à la notion de non-alternative par la peur de tout ce qui reste à inventer. Il achète, il vend, il investit dans l’avenir.

Il colonise la terre et les âmes, divise celles-ci en autant de petits sujets barricadés en eux-mêmes, règne sur le monde avec la bannière de toutes les libertés, use du suffrage universel car il s’inscrit d’emblée dans un processus de respectabilité, utilise le terme de démocratie afin d’inscrire ses actions dans des catégories admissibles, fabrique le manque névrotique par l’abondance productiviste et industrielle.

Le capitaliste candidat à l’élection promet, il fait de la promesse l’essentielle de son action publique, le reste se déroulant dans l’opacité. Il s’engage et met son honneur en jeu. Il jure que son combat, qu’il mènera jusqu’à son terme, est un combat humaniste et juste. Il s’insurge en cas de déni. Il se bat d’abord pour son peuple, son pays, sa patrie. Il fait preuve de courage et d’abnégation car il s’érige en sauveur du monde. Il se doit d’être sévère mais juste, conscient des réalités et de l’ampleur du défi qu’il s’invite à relever, intrépide mais raisonnable, exceptionnellement normal et banalement spectaculaire.

Pour démontrer sa bonne foi, il se rend sur des plateaux de télévision, dans des studios radiophoniques, sa télévision, sa radio, et il y pratique le langage populaire, y prononce les mots qu’il croit être ceux des pauvres gens. Si les pauvres gens se reconnaissent dans ce langage artificiel, c’est gagné. Son armée est constituée de journalistes serviles, de publicitaires de combat, de conseillés en communication de la plus haute efficacité, de diverses célébrités qui porteront les couleurs de leur domestique préféré. Celui-ci fait de chacune de ses interventions publiques un événement creux où la démagogie le dispute au mépris de ceux qu’il est censé représenter.

Puis, le naturel n’ayant jamais été chassé, c’est au pas qu’il se met à mentir effrontément. Il farfouille et trifouille dans les rayons de l’abus, il cache les sommes amassées et en confie la garde à ses complices, il se pavane et il crie, il chante, il danse, il s’adonne aux claquettes, il invite les éboueurs à l’Élysée, il passe par le marché du dimanche, il organise de grand débats où il néantise toute pensée politique ; il planque, calcule, apprécie, mesure, décide, tire. Il ne tient évidemment pas ses promesses, il les trahit, il ne savait pas, il s’excuse. Il n’est que le fondé de pouvoir des industriels et des banquiers qui pratiquent la grande prédation des richesses du monde.

Dans l’ensemble, il se suicide assez peu ; parfois, il démissionne, ou passe la main, joue au jeu passionnant de l’alternance, et s’en retourne en ses appartements coquets, après un petit saut au tribunal.

Ce qui distingue le capitaliste du fasciste, c’est la méthode.

L’objectif est le même : le pouvoir et l’argent.

Le capitaliste sait ce qu’il fait. Il nie en bloc l’ampleur des dégâts dont il est la cause afin de poursuivre, pragmatique, l’expérience destructrice qu’il se propose une fois de plus de mener à son terme, et il suffit d’ouvrir les yeux pour voir à quoi ressemble ce terme.

Comme le fasciste, le capitaliste est un occupant, un envahisseur, un colon de la planète, il en investit les moindres parcelles, leur inocule le virus (destruction du désir et invention du besoin consumériste), il les épuise de son appétit, les suce jusqu’à la moelle et s’étend de territoire sucé en territoire suçable.

Son objectif est de poursuivre son objectif. Il détruira ce qu’il faudra de forêts, d’océans et de rivières, il exterminera des espèces animales par milliers, il polluera les mers et les cieux pour des millénaires, peu importe pourvu qu’il ait l’ivresse en comptant ses gains.

S’il en ressent la nécessité, il construira des camps de concentration, qui seront une forme d’aboutissement ultime de son projet. Le travail rend libre est sa citation favorite.

Le capitaliste est par essence nihiliste. Donc fasciste. Cela ne lui suffit pas de s’autodétruire, il veut entraîner dans sa perte le monde et ses peuples. Et si ces derniers se rebiffent un peu, il accélérera la procédure en fabricant des guerres, vastes boucheries où, par la même occasion, il pourra tester de nouvelles armes.

Le système capitaliste fonctionne de façon détraqué en permanence. C’est comme cela qu’il tue, comme cela qu’il perdure. De réforme des retraites en loi travail, les dégâts sont énormes. Le militantisme traditionnel, syndical, dominical, devra prendre urgemment ses responsabilités devant l’accélération de l’histoire et cesser toute forme de négociations avec les malades mentaux qui gouvernent les peuples. Gouverner étant dans ce cas le synonyme d’asservir.

Toutes les cinq secondes un enfant du Monde meurt de faim. C’est un crime contre l’humanité, dont les hommes de pouvoirs sont les complices. Ce crime est une conséquence de leur système, de leur politique, de leur silence, et non une malheureuse fatalité.

Nous savons que d’autres façons de penser et de vivre sont possibles.

Nous savons qu’ils se mettront en travers de notre chemin.

Qu’ils sachent que nous nous trouverons en travers du leur.


Article publié le 16 Déc 2019 sur Lundi.am