Brigitte Fontaine et Areski Belkacem posaient en 1973 ce son dont les paroles ironiques sont un  réquisitoire moral implacable de notre monde régit par les lois du marché, des actionnaires et du fric tout puissant.

Leur texte s’en prend aussi à la passivité de celles et ceux qui par lâcheté, bêtise ou cupidité s’y complaisent.

En ce triste jour anniversaire du 26 août 2005 où périssaient 17 personnes boulevard Auriol à Paris et quelques semaines après l’incendie de la tour Grenfell à Londres , sans compter les habitations de fortune des Roms ou des Réfugiés qui partent régulièrement en fumée.

Cette chanson est là pour nous rappeler que ce monde gangrené par le racisme et le mépris de classe n’est pas « normal » et qu’il est plus que temps et rationnel d’en changer.

 

« – Là je voulais savoir… Tout l’immeuble, il est en train de brûler, c’est bien ça ?

– Mais oui, écoute. Les matières qui ont servi à la construction de cet immeuble sont très fragiles. Tu comprends ?

– Oui.

– C’est normal parce que de toutes façons il n’y a que des familles d’ouvriers et des étrangers et quelques improductifs. »

 

 

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La la la…

– Areski !

– Qu’est-ce qu’il y a ?

– T’as pas entendu un truc bizarre ?

– Si.

– Qu’est-ce que c’est ?

– C’est le gaz. C’est le gaz dans l’appartement en dessous. Des fois y’a fuites, alors ça s’accumule, puis si y’a une étincelle ça explose. C’est normal !

– Ah.

– Et qui dit explosion, dit détonation. D’où le bruit que t’as entendu tout à l’heure,

– Ah.

La la la…

– Dis donc ?

– Quoi ?

– Tu n’sens pas le brûlé ?

– Ben ouais, c’est normal je t’ai expliqué. Il y a eu une explosion.

– Oui.

– Et l’agitation moléculaire due à cette explosion…

– La… quoi ?

– L’agitation moléculaire.

– Ah oui.

– Provoque une élévation thermique suffisante pour enflammer les matières environnantes.

– Oui, oui.

– C’est alors ce qu’on appelle la combustion. C’est normal !

– Ah.

– Tu comprends ?

– Oui, oui.

La la la…

– Mais alors… mais…

La la la…

– Qu’est-ce que tu voulais ? La la la…

– Là je voulais savoir… Tout l’immeuble, il est en train de brûler, c’est bien ça ?

– Mais oui, écoute. Les matières qui ont servi à la construction de cet immeuble sont très fragiles. Tu comprends ?

– Oui.

– C’est normal parce que de toutes façons il n’y a que des familles d’ouvriers et des étrangers et quelques improductifs.

– Oui.

– Alors le feu s’empare très facilement des matières.

– Ouais.

– Ça se propage. Nous sommes donc en présence d’un incendie.

– Aaaah. un incendie.

– C’est normal.

– Oui, oui, oui.

– Oui ?

– D’accord.

La la la…

– Areski !

– Qu’est-ce qu’il y a encore ?

– Tu sens pas comme si on commençait à tomber, là, un peu… ?

– Écoute… Écoute…

– Oui.

– Essaie de comprendre, c’est très simple.

– Oui.

– Tu te souviens la combustion ?

– Oui.

– La destruction de l’immeuble par les flammes ?

– Oui.

– Bon. Ça veut dire qu’en-dessous, les murs et les étages ont disparu.

– Hum.

– Et qu’nous n’sommes plus soutenus par rien.

– Ouais.

– Or, une chose qui n’est plus soutenue par rien, tombe. C’est ce qu’on appelle la pesanteur. C’est normal !

– Aaaah, ouais.

La la la…

– Mais alors… on va tomber…

– Mais oui.

– Du 15e étage ?

– C’est tout à fait normal.

– C’est l’attraction terrestre.

– D’accord.

La la la…

– Ares, excuse-moi

– Quoi ? quoi ?

– Pardon, mais je pense à un truc.

– On n’va pas mourir dans une minute ?

– Brigitte, tu es fatigante !

– Pardon.

– Donc, on est en train de tomber.

– Oui.

– Or, tout corps tombe à une vitesse définie.

– Oui.

– Et en arrivant au sol il subit une décélération violente qui amène la rupture de ses différents composants. Par exemple, les membres se séparent du tronc.

– Oui.

– Le cerveau jaillit hors de la boîte cranienne, etc.

– Ouais.

– Dans ces conditions de déconnexion, il est évident que le phénomène de la vie ne peut pas se maintenir, c’est NORMAL, tu comprends ?

– Ouais…