Janvier 13, 2021
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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L’avortement a enfin été légalisé en Argentine, après des années de luttes acharnées qui ont fait du mouvement féministe argentin un des moteurs de la lutte contre le patriarcat au niveau mondial.

Nous reproduisons ici le communiqué de nos camarades de Rosario (Federacion Anarquista de Rosario – FAR), de Cordoba (Organizacion Anarquista de Cordoba – OAC) et de Tucuman (Organizacion Anarquista de Tucuman – OAT) qui a aussi été publié, entre autres, sur le Anarkismo.net

La marée verte qui n’a cessé de croître depuis des années en Argentine et en Amérique latine a pu célébrer hier l’approbation de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse. C’est une revendication essentielle pour toutes les femmes et les personnes susceptibles d’enfanter au sein de notre classe, parce que ce sont les plus pauvres parmi nous qui avortent dans les pires conditions de clandestinité, et qui risquent ainsi de graves problèmes de santé, la prison et la mort. Cette lutte historique a donné le feu vert à la force des femmes d’en bas sur tout le continent pour faire avancer le droit de vivre, droit fondamental s’il en est, et pas seulement le droit de survivre tel que l’impose la machinerie du capitalisme et sa voracité destructrice.

Le 30 décembre à l’aube, le Sénat argentin a finalement dû donner son approbation finale à la loi sur l’interruption volontaire de grossesse après des années de pression sociale de la part du mouvement féministe, des partis politiques, des syndicats, des organisations sociales et étudiantes. Ainsi que par le groupe social des femmes et des personnes susceptibles d’enfanter, dans les manifestations de rues, dans les désormais historiques Rencontres Nationales de Femmes, rebaptisées depuis Rencontres Plurinationales de Femmes, Lesbiennes, Trans, Travesties et Non Binaires, comme dans tous les lieux de travail, les lieux d’étude, les quartiers, par l’investissement constant dans le débat et le combat pour l’autonomie de nos corps et pour notre droit de décider.

Depuis la fin du XIXe siècle, dans cette région du monde, nos camarades anarchistes se sont rassemblées et organisées à la base de la société, avec leurs sœurs de la classe ouvrière, pour construire une histoire de résistance contre le patriarcat et le capitalisme. De Virginia Bolten avec La Voz de la Mujer, María Collazo, Juana Rouco Buela, Luisa Lallana, Julia García parmi beaucoup d’autres camarades ; à celles qui ont fait face à la répression brutale dans les années 60 et 70 : Elsa Martínez, María Esther Tello, Hilda Forti, Pirucha Ramos parmi d’autres. Toutes font partie de la grande histoire des luttes féministes dans ce pays qui parvient aujourd’hui à arracher la légalisation de l’avortement à la classe politique grâce à l’immense organisation et à la mobilisation que la Campagne pour l’avortement légal, sûr et gratuit, créée en 2003, a encouragée.

Il ne fait aucun doute que le gouvernement d’Alberto Fernandez, et une grande partie du péronisme, tenteront de tirer un profit politique de ce fait, comme on peut déjà le constater dans les discours qui présentent cette loi comme un cadeau de la « volonté politique » des fonctionnaires qui administrent l’État patriarcal. Plus cynique encore est la tentative des progressistes de se réconcilier constamment avec les secteurs les plus réactionnaires, conservateurs et sexistes tels que les églises catholique et évangélique, en ayant négocié un projet qui inclut une clause de conscience et la tentative de négocier des motifs d’avortement légal. Même si c’est une immense joie de savoir que le système de santé sera désormais tenu de prendre en considération la décision des femmes enceintes lorsqu’elles interrompent ou poursuivent une grossesse, nous ne devons pas baisser la garde.

Il reste encore beaucoup à faire pour que l’avortement légal, sûr et gratuit soit réellement mis en œuvre dans tous les coins de rue. Il reste à lutter contre la clause de conscience, les pièges juridiques qui peuvent se présenter et les obstacles que ces secteurs réactionnaires anti-choix voudront mettre en place. Et bien sûr, il y a un long chemin à parcourir pour mettre fin à toutes les formes de violences patriarcales.

Nous comprenons donc cette étape nécessaire comme faisant partie d’un processus de lutte qui ne s’épuise pas et ne s’épuisera pas dans un avenir proche. Voir les résultats de notre organisation constante, depuis des décennies, réaffirme la voie de l’action collective, soutenue, solidaire et de classe. Nous savons que rien de véritablement transformateur ne viendra de l’État et de ses structures, mais ce nécessaire pas en avant nous permet de voir à l’horizon la concrétisation de nouvelles exigences.

En tant qu’anarchistes politiquement organisé.es, nous comprenons que la seule voie possible dans cette période est l’organisation et la lutte pour des revendications de plus en plus importantes pour les opprimé.es jusqu’à ce que ce système capitaliste et patriarcal puisse être changé à la racine.

Ainsi, la légalisation de l’avortement est une victoire qui est le fruit de mobilisations historiques, des assemblées dans les quartiers, des enseignantes organisées qui mettent en application l’éducation sexuelle intégrale dans les écoles, transformant ainsi les salles de classe en lieux d’information, d’émancipation et de découverte ; de l’organisation syndicale et étudiante, de la trentaine de Rencontres qui sont aujourd’hui plurinationales de femmes, de lesbiennes, de trans, de travesties et de non-binaires.

C’est une conquête pour les femmes et les minorités de genre des classes populaires grâce à la lutte populaire et au militantisme engagé et constant permettant de résister aux coups les plus durs des gouvernements et du capital. Nous méritons de célébrer toute cette immense lutte contre la clandestinité, de nous renforcer et de nous consolider pour les batailles à venir. Nous revendiquons cette voie de la construction du pouvoir du peuple, avec la force de nos ancêtres et notre histoire de lutte. Avec le pouvoir que nous avons depuis en bas, les marginalisées, les exploitées, les opprimées, pour construire notre propre destin et mettre fin à l’oppression patriarcale, coloniale et capitaliste. Pour le socialisme et la liberté.

C’EST LA LUTTE DES OPPRIMÉES QUI A PERMIS LA LOI !
CONTINUONS A NOUS ORGANISER, DANS LA RUE, POUR LUTTER CONTRE L’OPPRESSION PATRIARCALE ET CAPITALISTE !
FORCE A CELLES QUI SE BATTENT !
¡ARRIBA LAS QUE LUCHAN !


☆ Organización Anarquista de Córdoba

☆ Federación Anarquista de Rosario

☆ Organización Anarquista de Tucumán




Source: Unioncommunistelibertaire.org