Mai 13, 2022
Par Paris Luttes
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Les chiens sont lĂąchĂ©s, la guerre est dĂ©clarĂ©e. La xĂ©nophobie et le nationalisme se dĂ©chaĂźnent. « Sus Ă  l’ennemi ! Â», cette clameur guerriĂšre envahit tout. LĂ -bas l’ennemi c’est l’Ukrainien, ce prĂ©tendu nazi ; ici c’est le Russe, qu’on assimile Ă  Poutine, et dont on prĂ©tend Ă©radiquer la culture, effacer les traces, interdire les Ɠuvres : Ă  la dĂ©nazification rĂ©pond la dĂ©russification. La bĂȘtise Ă©paisse et haineuse envahit les mĂ©dias, le chauvinisme est Ă  l’honneur et chacun vante son camp et diabolise le camp d’en face. La grande Russie contre l’Otan, nous sommes sommĂ©s de choisir : comme si on pouvait guĂ©rir la peste par le cholĂ©ra et comme si l’Otan ne faisait justement pas partie du problĂšme et non de la solution ! Comme si la course aux armements, bien loin de prĂ©venir la guerre, n’en renforçait pas encore la probabilitĂ© !

Car, en rĂ©alitĂ©, quel est le tableau qui s’offre Ă  nous ?

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À l’Est, un rĂ©gime russe affaibli, en retrait, qui, aprĂšs la chute d’une URSS sortie vaincue et dĂ©pecĂ©e de la guerre froide, tente de se refaire une santĂ© au dĂ©triment de ses voisins et en envoyant ses troupes ou ses supplĂ©tifs participer Ă  des affrontements impĂ©rialistes dans des pays comme la Syrie, la Libye, le Mali ou la Centrafrique. Une puissance militaire Ă  bout de souffle, qui n’a pas les moyens matĂ©riels pour maintenir une occupation Ă  long terme dans un pays comme l’Ukraine, et dont les ressources sont de plus rongĂ©es par la corruption endĂ©mique qui frappe l’ensemble de l’économie de ce pays, comme de la plupart des pays issus du bloc soviĂ©tique, y compris l’Ukraine.

Car ceux qui ont fait la rĂ©volution de 1917, les paysans et les ouvriers russes et ukrainiens, se sont vus volĂ©s deux fois : une premiĂšre fois par la dictature bolchĂ©vique qui leur a arrachĂ© leurs terres et leurs usines et les a privĂ©s de tout pouvoir politique et une seconde fois, aprĂšs la chute du mur, par des oligarques issus de l’ancienne classe dirigeante soviĂ©tique qui, avec l’aide de rapaces europĂ©ens ou amĂ©ricains, les ont dĂ©pouillĂ©s de leurs biens et de leurs salaires. Aux millions de morts du stalinisme sont venus s’ajouter les millions d’annĂ©es de vies perdues de tous ceux qui ont subi de plein fouet la « thĂ©rapie de choc Â» des annĂ©es 90. Au nom des lois de fer de l’histoire ou de l’économie, de la « nĂ©cessaire Â» industrialisation et des rĂ©formes « inĂ©luctables Â», c’est Ă  une dĂ©possession continue et Ă  une exploitation permanente qu’ont Ă©tĂ© soumis les travailleurs. C’est ainsi qu’en Russie l’ultra-libĂ©ralisme est le fils chĂ©ri du stalinisme et que Poutine est son produit.

En effet, celui qui est arrivĂ© au pouvoir Ă  la fin des annĂ©es 90 et qui a prĂ©tendu redonner le pouvoir au peuple en l’arrachant aux oligarques et en redressant son pays, n’est en rĂ©alitĂ© que l’oligarque en chef de la grande Russie, n’ayant mis au pas les oligarques de l’ùre Eltsine que pour mieux s’approprier leurs richesses et les partager avec ses hommes liges, et non pas pour les redistribuer. Le rĂ©gime kleptocratique russe, incapable de faire revivre la puissance industrielle de son pays, cherche depuis lors Ă  dissimuler ses Ă©checs derriĂšre une rhĂ©torique nationaliste qui lui est commune avec tous les pays issus de l’ancien bloc de l’Est. En Russie c’est la nostalgie de l’URSS et du tsarisme qui est censĂ©e faire oublier les misĂšres du prĂ©sent, comme si l’on pouvait faire tourner en arriĂšre la roue de l’histoire. La vĂ©ritĂ© est que l’URSS et l’empire des tsars sont morts Ă  jamais : on ne fera pas revivre ce qui est dĂ©truit.

Car, en rĂ©alitĂ©, l’empire soviĂ©tique, prison des peuples et des classes, a Ă©tĂ© remplacĂ© par une myriade de nationalismes, la mafia a remplacĂ© le parti unique et les oligarques se partagent le gĂąteau partout, en Russie comme en Ukraine, au Kazakhstan comme en GĂ©orgie. C’est ainsi qu’en Ukraine, comme en Russie, le nationalisme est le moyen qu’ont trouvĂ© les oligarques pour conserver le pouvoir et pour perpĂ©tuer la corruption et le pillage de leur pays. Les soulĂšvements de 2013-2014, dirigĂ©s notamment contre la corruption et la misĂšre, ont Ă©tĂ© dĂ©tournĂ©s par des milices nĂ©o-fascistes qui, s’érigeant en protectrices de la nation, dominent depuis lors la politique extraparlementaire et contrĂŽlent la rue, entretenant la guerre de tous contre tous tout en laissant le pouvoir des oligarques intact. Ici, ou en tout cas dans l’Ouest du pays, ce n’est pas le « rĂȘve Â» soviĂ©tique qui sert Ă  bercer les pauvres (l’Ukraine est le pays le plus pauvre de l’Europe) et Ă  leur faire oublier leur exploitation, c’est le mirage europĂ©en et l’OTAN qui sont censĂ©s apporter paix et prospĂ©ritĂ© Ă  un pays ravagĂ© par le capitalisme.

Les illusions des populations issues de l’ancien bloc de l’Est sont Ă©videmment savamment entretenues par les instances europĂ©ennes et atlantistes. Car, Ă  l’Ouest justement, le dĂ©sarroi et le malheur de ces peuples ravagĂ©s par les guerres et les conflits nationalistes font les affaires de beaucoup de monde. Dans sa banale rĂ©alitĂ© l’Europe ultralibĂ©rale, l’Europe du Capital, celle du pillage de la GrĂšce ou des rĂ©formes « structurelles Â», ne fait plus rĂȘver grand monde, du moins parmi ceux qui y vivent : Ă  trop s’approcher du mirage il finit par s’évanouir. Seuls les fantasmes de ceux qui aspirent Ă  y rentrer permettent de lui redonner quelque consistance.

De mĂȘme l’OTAN, cette alliance militaire dominĂ©e par les États-Unis, laisse derriĂšre elle une longue traĂźnĂ©e de sang, de massacres et de guerres. C’est en effet cette mĂȘme alliance, prĂ©tendument pacifique et dĂ©fensive, qui, au nom de la lutte contre le pĂ©ril communiste, a soutenu des dictatures sanguinaires en GrĂšce ou en Turquie, et qui a participĂ© Ă  la campagne de terreur contre l’Italie dans les annĂ©es 70, sans parler de sa participation Ă  la guerre en Yougoslavie. C’est l’OTAN qui est le principal vecteur de la course aux armements en Europe et dont l’expansion permanente en direction de l’Est aprĂšs la chute du mur a alimentĂ© le nationalisme russe et contribuĂ© Ă  dresser les uns contre les autres les peuples issus de l’ancien bloc soviĂ©tique.

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La vĂ©ritĂ© c’est qu’à l’Est comme Ă  l’Ouest cette guerre arrange tout le monde ou plutĂŽt toute l’immonde cohue des exploiteurs, des marchands d’armes et des vendeurs de morts. Le soleil brille en effet sur les affaires, sur le nuclĂ©aire, sur la guerre. La course aux armements est relancĂ©e, les budgets militaires explosent et le nuclĂ©aire, y compris militaire, est de nouveau au goĂ»t du jour. Alors mĂȘme que l’invasion russe de l’Ukraine nous a clairement dĂ©montrĂ© que la prĂ©sence de centrales nuclĂ©aire sur le sol de pays en guerre constituait une menace pour la vie et la survie de millions de personnes, certains, comme en Allemagne, n’ont rien trouvĂ© de mieux que de relancer le nuclĂ©aire et d’exposer ainsi toujours plus lourdement des peuples entiers Ă  la menace de l’holocauste atomique. Hier comme aujourd’hui, l’ennemi, dĂ©cidĂ©ment, est dans nos propres pays.

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Pour guĂ©rir du poison autocratique et de la peste nationaliste, en finir avec la corruption, la soumission et la dĂ©pendance, avec les oligarques comme avec l’exploitation, le prolĂ©tariat mondial, Ă  commencer par les prolĂ©tariats russe et ukrainien, doit rĂ©apprendre Ă  lutter et sortir de sa passivitĂ©. Il n’est, plus que jamais, pas de sauveur suprĂȘme, ni dieu ni tsar ni Otan. Travailleurs, prolĂ©taires, sauvons-nous nous-mĂȘmes, n’attendons plus rien, ni de l’État, ni de l’armĂ©e, ni de personne !

ProlĂ©taires de tous les pays, unissez-vous !

Nationalistes de tous les pays, suicidez-vous ! (on vous y aidera au besoin)




Source: Paris-luttes.info