Mise Ă  jour du 9 Octobre :

Une mesure de censure a Ă©tĂ© mise en place sur son courrier, et il a dĂ©jĂ  fait l’objet de plusieurs rapport disciplinaire le 16/09 pour l’avoir contestĂ©e le 15 en mĂȘme temps que la menace d’ĂȘtre confrontĂ© au milieu djihadiste, dont il est, de par ses projets littĂ©raires et prises de position, une cible potentielle. Un autre rapport disciplinaire sanctionne sa tentative de faire passer des informations Ă  ses avocats par ses proches, relayĂ©e par les mĂ©dias italiens

Il faut ĂȘtre particuliĂšrement persĂ©vĂ©rant.e, Ă©crire en Italien, et parler du beau temps, pour avoir une chance de lui faire parvenir du courrier, et lui mĂȘme a beaucoup de mal Ă  en envoyer.

Il dit Ă©galement que climat est dĂ©lĂ©tĂšre, qu’ils feront tout pour le faire passer pour dangereux, et que la censure sur son courrier ne s’applique visiblement pas aux lettres de menaces qu’il continue de recevoir.

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Le 8 septembre 2020, Cesare Battisti annonçait entamer une grĂšve de la faim et des soins thĂ©rapeutiques. Toutes les plaintes et recours pour faire valoir ses droits en dĂ©tention Ă©taient en effet restĂ©s vains, (cf notamment la plainte du mois d’AoĂ»t), au point que l’avocat Davide Steccanella remette en question la justice et sa propre fonction.
Cesare rapportait mĂȘme des situations d’intimidations.

Depuis, chaque bouffĂ©e d’air qu’il arrive encore Ă  inhaler malgrĂ© tout lui est systĂ©matiquement retirĂ©e. S’ensuit alors en effet, au lendemain mĂȘme de cette annonce, une nouvelle[1] campagne de dĂ©sinformation mĂ©diatique, relayĂ©e Ă©galement par certains journalistes français et brĂ©siliens peu scrupuleux, laisse entendre, en particulier par un titre trompeur, que la cour de cassation aurait validĂ© le 9 septembre 2020 l’isolement qu’il subit depuis prĂšs d’un an et demi. MaĂźtre Sollai, un de ses dĂ©fenseurs, dĂ©ment formellement : Si la cour a bien cassĂ© un vieux recours contre les 6 premiers mois d’isolement purgĂ©s depuis juillet 2019, en aucun cas le maintien de cet isolement depuis ne saurait s’en trouver lĂ©gitimĂ©.
La classification AS2 (haute sĂ©curitĂ©), qu’il conteste, a servi jusqu’ici de justification Ă  diffĂ©rents abus, dont le maintien Ă  l’isolement dans une prison qui ne comptait pas d’autres AS2 et les repas servis Ă  l’heure de sa propre promenade, horaire correspondant au retour des autres dĂ©tenus en cellule pour manger.
Ainsi que, dans la foulĂ©e de cette tentative de dĂ©sinformation, son transfert brutal et sans prĂ©avis vers Rossano Calabro. Une maison d’arrĂȘt encore plus inaccessible aux visites de sa famille et de ses avocats, oĂč il rejoint un groupe de 18 dĂ©tenus djihadistes</font, alors mĂȘme qu’il en est une cible potentielle du fait de ses prises de position et projets littĂ©raires. Il rappelle en effet aussitĂŽt au Tribunal de surveillance de Catanzaro, avoir dĂ©jĂ  fait l’objet de menaces de mort d’Al QaĂŻda alors qu’il Ă©tait incarcĂ©rĂ© Ă  la prison de la santĂ©, et d’Isis en 2015 pour s’ĂȘtre exprimĂ© sur leurs opĂ©rations en Syrie. Il mentionne Ă©galement son ouvrage en cours d’Ă©criture sur la Syrie, et dont l’administration pĂ©nitentiaire avec connaissance depuis le dĂ©but, au mois de mars. .

Or cette classification qui justifie tous les abus est censĂ©e ĂȘtre rĂ©servĂ©e aux dĂ©tenus hautement dangereux et n’a plus lieu d’ĂȘtre, dĂ©nonce-t’il, 40 annĂ©es aprĂšs des faits commis alors qu’il Ă©tait ĂągĂ© d’une vingtaine d’annĂ©es, aprĂšs une vie d’Ă©crivain bien remplie comptant de nombreuses publications, et toujours parfaitement intĂ©grĂ© socialement malgrĂ© de constants obstacles.

Ce transfert en Calabre, orchestrĂ© dans l’urgence de la rĂ©vĂ©lation publique d’un isolement d’une durĂ©e illĂ©gale autant que toxique, entrave encore un peu plus le droit au maintien des liens familiaux et remplace de fait une forme d’isolement par une autre. Il avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© opposĂ©, il y a plusieurs semaines, Ă  la demande faite d’un transfert Ă  Rome ou Milan pour faciliter sa dĂ©fense et les visites de ses proches. Mais le jour mĂȘme de son transfert, le 12 Septembre, ses avocats n’avaient mĂȘme pas Ă©tĂ© avertis, ni qu’il avait Ă©tĂ© confirmĂ©, ni que le transfert Ă©tait dĂ©jĂ  en cours. Ils soulignent par ailleurs les entraves aux droits de la dĂ©fense qu’ils ont vĂ©cues jusqu’ici : “Je constate que les mĂ©dias jouissent du privilĂšge de rĂ©ponses que, en tant qu’avocat, je n’ai jamais reçues au cours de tous ces mois, ce qui rend tout recours impossible. Je suis avocat et j’ai Ă©crit Ă  plusieurs reprises des requĂȘtes formelles au Dap et au ministĂšre. La presse a accĂšs Ă  des instances auxquelles la dĂ©fense n’a pas accĂšs” . Au 23 Septembre, ses avocats disent n’avoir par rĂ©ussi Ă  l ‘avoir en ligne depuis son transfert le 12 Septembre.

Une mesure de censure y a Ă©tĂ© mise en place sur son courrier presque qu’immĂ©diatement aprĂšs son arrivĂ©e, et il a dĂ©jĂ  fait l’objet d’un rapport disciplinaire le 16/09 pour l’avoir contestĂ©e le 15/09. Il faudra donc se montrer particuliĂšrement persĂ©vĂ©rant.e pour lui faire parvenir du courrier, et lui mĂȘme aura beaucoup de mal Ă  en envoyer. Il dit Ă©galement que climat est dĂ©lĂ©tĂšre, et que tout sera fait pour le faire passer pour dangereux.

Une tribune signée et à signer en sa faveur par les personnes qui prÎnent simplement le droit à la défense a été publiée sur Lundi matin ce lundi 14 septembre.

Pour l’heure, on peut sans doute dire que Cesare est aujourd’hui enterrĂ© vivant. Il croule sous les coups d’une sĂ©rie de sanctions disciplinaires. l’une d’elles sanctionne la transmission de ses textes littĂ©raires, tĂ©moignages et revendications envoyĂ©s par voie postale jusqu’au 12 septembre dernier depuis la prison d’Oristano alors qu’il n’Ă©tait pourtant pas soumis Ă  la censure. Cette sanction, Ă©tablissant une censure systĂ©matique sur ses Ă©changes postaux, l’empĂȘche pratiquement d’envoyer et de recevoir son courrier (hormis les dizaines de lettres de menaces, qui elles, Ă©trangement, ne semblent pas soumises Ă  la censure). Une autre de ces sanctions a pour cible sa tentative de faire passer par sa famille des informations pour ses avocats, qu’il n’a pas pu avoir en ligne depuis, et dont l’enregistrement avait Ă©tĂ© diffusĂ© par les mĂ©dias italiens le 26 Septembre dernier. Depuis, son isolement total se maintien, {{sans mĂȘme un livre Ă  lire, juste le mur Ă  regarder, comme le dit Ă  l’AFP, un.e de ses proches. Lire Ă©galement ->ici<- Ă  ce sujet la traduction d’un texte de lui qui illustre en partie, sous une forme littĂ©raire, cette situation, ses efforts pour ne pas voir son esprit se disloquer sous un tel traitement, et la façon dont cela affecte, malgrĂ© de tels efforts, son Ă©lan vital.

Reste que son Ă©tat de santĂ© n’est pas bon, une hĂ©patite B a Ă©tĂ© diagnostiquĂ©e, une prostatite aurait Ă©tĂ©, un temps, suspectĂ©e, et il parle dans son courrier du 8/09/2020 d’une insuffisance pulmonaire. Il n’avait pourtant pas jusqu’ici rĂ©ussi Ă  obtenir un rĂ©gime alimentaire compatible avec son Ă©tat de santĂ©, pas plus que le rĂ©chaud qui lui aurait permis de “cantiner” comme les autres dĂ©tenus, de façon Ă  pourvoir lui-mĂȘme tant bien que mal aux exigences de la maladie en matiĂšre nutritive.

La prison est censĂ© n’ĂȘtre qu’une privation de libertĂ©, dĂ©diĂ©e Ă  la rĂ©insertion, et paraĂźt-il indispensable Ă  la protection de la sociĂ©tĂ©.

On voit bien lĂ  encore, le sens que peuvent prendre les voeux pieux, les limites d’un tel systĂšme, et toutes les dĂ©rives qu’il permet.

https://www.thechangebook.org/forum/thread/4314/un-mot-de-cesare/view_54836//t_1600206806/


Article publié le 13 Oct 2020 sur Nantes.indymedia.org