Pour avoir demandĂ© instamment le respect de ses droits en dĂ©tention, Cesare a brutalement Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© en Calabre le 12 septembre, plus loin encore de sa famille et de ses avocats, vers un environnement carcĂ©ral Ă  dominante djihadiste, qui reprĂ©sente pourtant pour lui une menace, ainsi qu’il l’a signalĂ© aux instances de surveillances. Il nous fait savoir que le climat y est dĂ©lĂ©tĂšre, et que tout sera tentĂ© pour le faire passer pour dangereux. Une mise au point sur la situation de Cesare Battisti.

Le 8 septembre 2020, Cesare Battisti annonçait entamer une grĂšve de la faim et des soins thĂ©rapeutiques. Toutes les plaintes et recours pour faire valoir ses droits en dĂ©tention Ă©taient en effet restĂ©s vains, (cf notamment la plainte du mois d’AoĂ»t), au point que l’avocat Davide Steccanella remette en question la justice et sa propre fonction. Cesare rapportait mĂȘme des situations d’intimidations.

S’ensuit alors, au lendemain mĂȘme de cette annonce, une nouvelle [1] campagne de dĂ©sinformation mĂ©diatique, relayĂ©e Ă©galement par certains journalistes français et brĂ©siliens peu scrupuleux, qui laisse entendre, en particulier par un titre trompeur, que la cour de cassation aurait validĂ© le 9 septembre 2020 l’isolement qu’il subit depuis prĂšs d’un an et demi. MaĂźtre Sollai, un de ses dĂ©fenseurs, dĂ©ment formellement : Si la cour a bien cassĂ© un vieux recours contre les 6 premiers mois d’isolement purgĂ©s depuis juillet 2019, en aucun cas le maintien de cet isolement depuis ne saurait s’en trouver lĂ©gitimĂ©.

La classification AS2 (haute sĂ©curitĂ©), qu’il conteste, a servi jusqu’ici de justification Ă  diffĂ©rents abus, dont le maintien Ă  l’isolement dans une prison qui ne comptait pas d’autres AS2 et les repas servis Ă  l’heure de sa propre promenade, horaire correspondant au retour des autres dĂ©tenus en cellule pour manger.

Ainsi que, dans la foulĂ©e de cette tentative de dĂ©sinformation, son transfert brutal et sans prĂ©avis en Calabre, encore plus inaccessible aux visites de sa famille et de ses avocats, dans une section oĂč [il rejoint 18 dĂ©tenus djihadistes, alors mĂȘme que, comme il le rappelait ces jours-ci au Tribunal de surveillance de Catanzaro, il en est une cible potentielle..

Or cette classification censĂ©e ĂȘtre rĂ©servĂ©e aux dĂ©tenus hautement dangereux, n’a plus lieu d’ĂȘtre, dĂ©nonce-t’il, 40 annĂ©es aprĂšs des faits commis alors qu’il Ă©tait ĂągĂ© d’une vingtaine d’annĂ©es, aprĂšs une vie d’écrivain bien remplie comptant de nombreuses publications, et toujours parfaitement intĂ©grĂ© socialement malgrĂ© de constants obstacles.

Ce transfert en Calabre, orchestrĂ© dans l’urgence de la rĂ©vĂ©lation publique d’un isolement d’une durĂ©e illĂ©gale, entrave encore un peu plus le droit au maintien des liens familiaux et remplace une forme d’isolement par une autre, compte tenu de sa situation. Il avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© opposĂ©, il y a plusieurs semaines, Ă  la demande faite d’un transfert Ă  Rome ou Milan pour faciliter sa dĂ©fense et les visites de ses proches. Mais le jour mĂȘme de son transfert, le 12 Septembre, ses avocats n’avaient mĂȘme pas Ă©tĂ© avertis, ni qu’il avait Ă©tĂ© confirmĂ©, ni que le transfert Ă©tait dĂ©jĂ  en cours. Ils soulignent par ailleurs les entraves aux droits de la dĂ©fense qu’ils ont vĂ©cu jusqu’ici : « Je constate que les mĂ©dias jouissent du privilĂšge de rĂ©ponses que, en tant qu’avocat, je n’ai jamais reçues au cours de tous ces mois, ce qui rend tout recours impossible. Je suis avocat et j’ai Ă©crit Ă  plusieurs reprises des requĂȘtes formelles au Dap et au ministĂšre. La presse a accĂšs Ă  des instances auxquelles la dĂ©fense n’a pas accĂšs Â».

Une mesure de censure a Ă©tĂ© mise en place sur son courrier presque qu’immĂ©diatement aprĂšs son arrivĂ©e, et il a dĂ©jĂ  fait l’objet d’un rapport disciplinaire le 16/09 pour l’avoir contestĂ©e le 15 septembre. Il faudra donc se montrer particuliĂšrement persĂ©vĂ©rant.e pour lui faire parvenir du courrier, et lui mĂȘme aura beaucoup de mal Ă  en envoyer. Il dit Ă©galement que climat est dĂ©lĂ©tĂšre, et que tout sera fait pour le faire passer pour dangereux.

Reste que son Ă©tat de santĂ© n’est pas bon, une hĂ©patite B a Ă©tĂ© diagnostiquĂ©e, une prostatite aurait Ă©tĂ©, un temps, suspectĂ©e, et il parle dans son courrier du 8/09/2020 d’une insuffisance pulmonaire. Il n’a pourtant pas jusqu’ici rĂ©ussi Ă  obtenir un rĂ©gime alimentaire compatible avec son Ă©tat de santĂ©, pas plus que le rĂ©chaud qui lui aurait permis de « cantiner Â» comme les autres dĂ©tenus, de façon Ă  pourvoir lui-mĂȘme tant bien que mal aux exigences de la maladie en matiĂšre nutritive.

La prison est censĂ© n’ĂȘtre qu’une privation de libertĂ©, dĂ©diĂ©e Ă  la rĂ©insertion, et paraĂźt-il indispensable Ă  la protection de la sociĂ©tĂ©. On voit bien lĂ  encore, le sens que peuvent prendre les voeux pieux, les limites d’un tel systĂšme, et toutes les dĂ©rives qu’il permet.

Une tribune signĂ©e et Ă  signer en sa faveur par les personnes qui prĂŽnent simplement le droit Ă  la dĂ©fense a Ă©tĂ© publiĂ©e sur Lundi Matin ce lundi 14 septembre.

Publié initialement par 1Mot2Cesare, sur Thechangebook.org


Article publié le 23 Sep 2020 sur Basse-chaine.info