Le virus le plus rĂ©cent et qui fait sa triste actualitĂ© en cette calamiteuse annĂ©e 2020, le dĂ©nommĂ© Covid19 [1], a dĂ©jĂ  tuĂ© plus d’un million d’habitants dans le Monde. Un virus qui appartient Ă  une nouvelle famille de virus apparus au dĂ©but du XXIe siĂšcle (SRAS), qui portent atteinte Ă  l’appareil respiratoire et contre lesquels la recherche antivirale n’a pas encore trouvĂ© la parade. Face Ă  l’inconnu, les Gouvernements du Monde entier, Ă  commencer par la Chine (Etat qui cumule les pires aspects du totalitarisme policier et ceux du capitalisme prĂ©dateur), ont dĂ©cidĂ© de prendre des mesures drastiques pour contenir la contamination et limiter le nombre de morts. GrĂące Ă  ces mesures, l’HumanitĂ© a sans doute Ă©conomisĂ© des morts, mais Ă  quel prix ? Juste en termes de mortalitĂ©, en plus des morts provoquĂ©s par le Covid lui-mĂȘme (tuant, faut-il le rappeler, neuf fois sur dix des personnes de plus de 65 ans et dĂ©jĂ  bien fragilisĂ©es par d’autres maladies) il faudrait comptabiliser tous les morts par manque de soins, par dĂ©pression suicidaire, par perte de boulot et de revenus, par contrainte Ă  la solitude, Ă  l’apathie et autres maladies physiques et psychiques.

D’ailleurs, les mesures prises contre cette crise sanitaire mondiale sont-elles justifiĂ©es ? Sont-elles justes et proportionnĂ©es ? Quand on songe aux 500.000 morts par an dus au paludisme, aux 650.000 morts dus aux grippes saisonniĂšres ? Sans parler du Sida, qu’on a tendance aujourd’hui Ă  oublier : « En une vingtaine d’annĂ©es, le Sida a fait plus de 16 millions de victimes. Le Sida est la quatriĂšme cause de mortalitĂ© au monde et la premiĂšre en Afrique. Ce sont, en effet, les pays en voie de dĂ©veloppement qui sont les plus touchĂ©s et qui n’ont qu’un accĂšs restreint aux traitements antirĂ©troviraux. En 2014, 33,6 millions de personnes Ă©taient infectĂ©es, dont 23,3 millions en Afrique sub-saharienne, ce chiffre augmentant chaque jour de 16 000 nouveaux cas Â» (Doctissimo, 2014). Et que dire des morts provoquĂ©s par d’autres maladies ancestrales comme la tuberculeuse (1,5 millions de dĂ©cĂšs dans le monde en 2018), la gastroentĂ©rite (800.000 morts par an en 2018, dont 500.000 enfants de moins de 5 ans), les hĂ©patites, les cancers et autres maladies persistantes et rĂ©currentes ?

La crise du Covid, aux primes abords justifiée du point de vue de la santé publique, est en train, surnoisement et pernicieusement, de changer bien de choses dans nos sociétés, nos vies, nos relations, nos pensées et nos désirs. Greffés sur le Covid, des virus multiples et tous trÚs méchants sont en train de nous attaquer, affaiblissant notre systÚme de défense.

Voici une liste non exhaustive des virus qui circulaient dĂ©jĂ  auparavant et qui ont Ă©tĂ© dĂ©multipliĂ©s sous prĂ©texte de la lutte contre le Covid19 :

Le virus de la peur. Alors que, de la France au Chili, du Liban Ă  l’Irak, de la Chine aux Etats-Unis, de Hong Kong Ă  la Colombie, les peuples du Monde entier Ă©taient en train de se rĂ©volter contre tous les Etats, contre tous les Gouvernements, qu’ils se disent de gauche, de centre ou de droite, le virus de la peur a freinĂ© cette dĂ©ferlante insurrectionnelle. N’arrivant plus Ă  mater et domestiquer les peuples en rĂ©volte, les Pouvoirs du Monde entier ont eu beau jeu d’utiliser la crise du Covid pour continuer Ă  rĂ©gner en toute impunitĂ© grĂące Ă  la tactique de la gouvernance par la peur.

Le virus de la sĂ©curitĂ©. Pour sauver des vies humaines, surtout les plus fragiles (les vieux, les enfants, les veuves et les orphelins 
 ) tout-un-chacun a Ă©tĂ© appelĂ© Ă  sa responsabilitĂ© civique de lutter contre la propagation du virus, et tout-un-chacun s’est fait un devoir non seulement de respecter les rĂšgles barriĂšres mais d’en rajouter jusqu’au ridicule (cf. les rĂšgles parfaitement schizophrĂ©niques imposĂ©es dans les Ă©coles, les administrations, les entreprises, les transports, les bars, restaurants et autres lieux de rĂ©union, sans oublier les plages et les montagnes).

Le virus de l’autoritĂ©. La vieille antienne coupe-court Ă  toute critique (« la loi c’est la loi = dispersez-vous ! Â») s’abat sur l’ensemble de la population, sommĂ©e de respecter scrupuleusement les rĂšgles imposĂ©es par les Ministres et les PrĂ©fets, secondĂ©s par la parole d’autoritĂ© des « mĂ©decins experts Â», qui jonglent sur les plateaux tĂ©lĂ© entre injonctions morales, rappels Ă  l’ordre et vitrine d’ego. Pour notre bien et celui de nos proches, nous sommes vigoureusement poussĂ©s Ă  la soumission Ă  l’autoritĂ©, si besoin par des CRS qui, aprĂšs les Gilets Jaunes, peuvent s’en prendre Ă  quiconque ait Ă  leurs yeux un comportement non conforme aux ordres impartis.

Le virus de la mĂ©fiance. Si, avant le Covid19, des fachos, des crĂ©tins, des ignorants Ă©taient racistes ou xĂ©nophobes Ă  l’égard des ressortissants des Pays du Sud, maintenant l’attitude de mĂ©fiance s’est installĂ©e vis-Ă -vis des ressortissants des autres Pays europĂ©ens, des autres Etats des Etats-Unis, de l’Inde, de la Chine. FrontiĂšres fermĂ©es, exigence de tests et traçabilitĂ© pour quiconque oserait s’introduire dans un autre Etat que le sien. Avec, au passage, des consĂ©quences fĂącheuses pour les marionnettistes du capitalisme mondialisĂ©, quand les marchandises et les hommes circulent au ralenti 


Le virus de la dĂ©lation. Les nouveaux ordres impartis Ă  la population pour se dĂ©fendre de la contamination du Covid (masque obligatoires, distanciation physique etc.) donnent la possibilitĂ© Ă  tous les frustrĂ©s de la terre de crier « dagli all’untore Â», de pointer de l’index tout contrevenant aux ordres impartis.

Le virus de la distanciation physique. Restez-chez-vous, ne serrez la main Ă  personne, surtout n’embrassez pas vos amis et mĂȘme pas vos amours, mĂ©fiez-vous des gens que vous croisez, pratiquez scrupuleusement les distances barriĂšres, restez bien Ă©loignĂ©s les uns des autres. Finis les deux bises Ă  la Française, les quatre bises Ă  la bourguignonnes (c’est vrai, un peu exagĂ©rĂ© 
), les accolades Ă  l’italienne ou Ă  l’espagnole, les baisers russes. Bannis les petits baisers, les simples touchers des enfants et des petits-enfants posĂ©s sur les joues de la grand-mĂšre.

Le virus de la distanciation sociale. Horrible invention sĂ©mantique gĂ©nĂ©rĂ©e par la crise Covid, qui a poussĂ© mĂȘme des Gauchistes Ă  garder les distances avec leurs amies et copains. Alors que toute approche humaniste nous invite Ă  nous rapprocher les uns des autres, Ă  casser toutes les barriĂšres de classe, de race, de religion, d’ñge, de naissance et d’origine.

Le virus de la souffrance pour la survie. Sortie par la grande porte des horreurs de l’Histoire, l’idĂ©ologie religieuse de la souffrance posĂ©e comme inĂ©luctable dans ce bas monde (rĂ©compensĂ©e par toute sorte de supposĂ©es rĂ©jouissances dans l’au-delĂ ) en sort rĂ©confortĂ©e par cette nouvelle Ă©pidĂ©mie, pouvant une nouvelle fois servir le salut post-mortem comme seul espoir des vivants.

Le virus de la dĂ©prime. Qu’on se le dise ou non, qu’on fasse semblant ou qu’on tient dĂ©bout, que notre force et notre dĂ©termination n’aient pas faibli, force est de constater que la dĂ©prime s’est installĂ©e chez la masse des individus, y compris ceux qui se pensaient tannĂ©s et vaccinĂ©s contre les alĂ©as de la conjoncture. NĂ©vrosĂ©s au mieux, psychotiques au pire, y-aurait-il pas mieux ?

Le virus de la rĂ©pression du plaisir. Fermeture des bars, des discothĂšques, de tous les lieux de rencontre festifs, tout en faisant tourner les usines, les open space, les supermarchĂ©s, les mĂ©tros et tous les autres transports publics facilitant la propagation du virus. Pourquoi ? Pourquoi instaurer le couvre-feu le soir, alors que c’est Ă©videmment pendant la journĂ©e que les gens circulent le plus et ont le plus de possibilitĂ©s de cĂŽtoyer une personne porteuse du virus ? Une aberration logique ? Il y a plus : la chasse aux fĂȘtards se poursuit contre les groupes d’amis qui, faute de pouvoir faire la fĂȘte dans l’espace public, se replient dans des appartements et des maisons particuliĂšres.

Loin de moi toute idĂ©e complotiste, je n’ai jamais cru Ă  un deus ex maquina capable de manƓuvrer les diffĂ©rents facteurs en jeu pour arriver Ă  ses fins, mais je suis de plus en plus convaincu d’une convergence des Ă©lĂ©ments mus parfois par des motivations antinomiques. En l’occurrence, dans la crise actuelle enclenchĂ©e par le Covid19, nous assistons Ă  la convergence des pires visĂ©es sĂ©curitaires de tous les Etats policiers avec les bons sentiments de prĂ©servation humanitaire. Un vrai cauchemar, dont j’espĂšre pouvoir me rĂ©veiller en me disant que demain ça ira mieux.

Alessandro Stella


Article publié le 18 Oct 2020 sur Lundi.am