Il m’est arrivĂ© une histoire fin novembre sur un rond-point de l’entrĂ©e d’Auxerre que je pense nĂ©cessaire d’envoyer au Monde libertaire pour contrebalancer, hĂ©las, l’élan parfois trop euphorique de certaines personnes sur le mouvement des Gilets Jaunes.

Avant donc de me rendre Ă  Auxerre, ce jour-lĂ , j’avais lu dans la presse que des homos avaient Ă©tĂ© agressĂ©s par des gilets jaunes. Tel par exemple RaphaĂ«l Duret, conseiller municipal de Bourg-en-Bresse qui a Ă©tĂ© victime d’une violente agression le 17 novembre tandis qu’il se rendait Ă  l’hypermarchĂ© Leclerc de la ville. Ayant Ă©tĂ© reconnu par  un manifestant, ce dernier avait lancĂ©, « C’est un pĂ©dĂ©, je le reconnais Â» et d’autres gilets jaunes avaient alors tentĂ© de l’arracher ainsi que son ami, de leur siĂšge de voiture (coups de poings, coups de pieds
). Sur les conseils de SOS Homophobie, RaphaĂ«l Duret a dĂ©cidĂ© de porter plainte.

Je me suis dit, Ă  peu prĂšs comme tout Ă  un chacun, « Bon, aprĂšs tout c’est une exception. Â» Et je continuais Ă  penser que le mouvement des gilets jaunes avait l’avantage de rassembler pour une fois Ă  peu prĂšs toutes les composantes sociales, tous ceux qui en ont ras-le-bol de la prĂ©caritĂ© et surtout d’ĂȘtre pris pour des derniers de cordĂ©e
 A penser que sur certains rassemblements, les Ă©changes Ă©taient plus que positifs et que les initiatives d’autogestion et d’organisation non pyramidales Ă©taient des plus prometteuses. Mais, la presse indĂ©pendante a rapportĂ© d’autres dĂ©bordements racistes et sexistes. LĂ , j’étais encore perplexe et je me disais que lorsque ce serait le cas, les personnes tĂ©moins de tels agissements feraient comme les gilets jaunes d’Avallon (Bourgogne) et foutraient dehors les Ă©lĂ©ments racistes, sexistes et plus ou moins ouvertement d’extrĂȘme-droite. Et cela s’est trĂšs bien passĂ© Ă  Avallon : les infiltrĂ©s du GUD et du Bastion social se sont fait sortir.

Quelques jours plus tard, donc, je me rendais justement en Bourgogne, Ă  Auxerre en voiture de location pour aller rendre visite Ă  une personne en EHPAD. Au rond-point Ă  la sortie de l’autoroute, nous sommes arrĂȘtĂ©s, mon compagnon, sa sƓur et moi par des gilets jaunes. Ils Ă©taient une dizaine. Une seule femme et le reste de gros bras au look particuliĂšrement agressif, mais comme je n’ai jamais jugĂ© personne sur son apparence physique, je m’arrĂȘte, quand mĂȘme un peu dubitatif de par le drapeau bleu-blanc-rouge qu’ils agitaient sous notre nez. Je baisse la vitre et leur dit trĂšs gentiment que je me rends Ă  l’EHPAD Ă  la sortie de la ville. Je m’attendais Ă  tout sauf Ă  ce que l’un d’eux m’apostrophe agressivement : « Vous venez de Paris Â» et jetant un Ɠil sur ma boucle d’oreille et mon compagnon (ils n’avaient pas vu sa sƓur Ă  l’arriĂšre) d’enchaĂźner : « Encore un couple de pĂ©dĂ©s de parisiens qui vient faire du tourisme. » Je lui rĂ©plique « Et vous, encore un hĂ©tĂ©ro qui veut casser du pĂ©dĂ© ? Â»â€Š Alors que je ne m’y attendais pas du tout, il balance un grand coup de pied dans la portiĂšre. Premier rĂ©flexe, appuyer sur l’accĂ©lĂ©rateur. Bonne pioche, sauf que j’ai failli m’emplafonner dans une autre voiture qui arrivait Ă  toute blinde de la gauche sur le rond-point. Klaxons, frayeurs, insultes et
 fuite en avant ! Juste le temps de voir dans le rĂ©tro que deux gilets jaunes qui m’avaient sans doute entendu lui gueuler dessus avaient foncĂ© sur lui (dont la jeune femme
) et Ă©taient visiblement en train de le calmer et de l’engueuler sĂ©vĂšre.

On pourra me dire ce qu’on voudra, et me faire lire toutes les meilleures remontĂ©es des ronds-points, je ne pourrais plus oublier pour autant ce type et surtout ses yeux de dingue. Des yeux qui me rappelaient ceux du facho qui m’avait agressĂ© il y a plusieurs annĂ©es devant le planning familial, place de la Bourse lors d’une manif pro-IVG et voulait me crever un Ɠil (heureusement, un copain de NoPa l’en a empĂȘchĂ©, mais pas, cela dit, de m’exploser la tĂȘte)
 Et ces choses-lĂ  ne s’oublient jamais. Toutes les personnes victimes de violences racistes ou sexistes le savent aussi bien que moi.

Je ne veux ici que tĂ©moigner de ce que je ne supporte plus qu’on qualifie d’un autre « Ă©piphĂ©nomĂšne Â». Un « Ă©piphĂ©nomĂšne Â» qui n’a pas eu le temps de dĂ©gĂ©nĂ©rer, mais si on additionne tous ces Ă©piphĂ©nomĂšnes les uns aux autres, ça commence Ă  faire un drĂŽle de paquet ! Beaucoup trop pour que je ne me pose pas la question de savoir s’il ne faudrait pas sur les ronds-points, imaginer en amont une espĂšce d’engagement Ă  respecter des principes de bases (pourquoi pas similaires Ă  ceux de la FA), Ă  minima, antiracistes, antisexistes et anti-homophobes. Un minimum, quoi !…


Article publié le 22 Juil 2019 sur Monde-libertaire.fr