Tout d’abord, nous tenons à préciser que bien que nous partageons les critiques adressées à Simon-Olivier Côté, le Collectif anarchiste Emma Goldman (CAEG) n’est pas l’auteur des textes « Hey,Simon-Olivier Côté… Le centre-ville a faim » et « Embourgeoisement etdésertification alimentaire : la langue de bois du conseiller Simon-OlivierCôté ». Mais comme le conseiller a interpellé les membres du Collectif sur sa page Facebook ainsi qu’à l’émission Style libre du 10 novembre 2018 à l’antenne de Radio-Canada, nous allons prendre quelques minutes pour lui répondre. D’emblée, le conseiller Côté reconnaît lors de l’entrevue les problèmes qu’entraîne le processus d’embourgeoisement pour les habitants et habitantes du quartier. À 8 minutes 27 secondes, il affirme candidement que des gens se trouvent à être chassés et déracinés de leur quartier : « …Quand il y a des entreprises comme Ubisoft qui décident de venir s’installer, des restaurants, « ben coutez », c’est sûr qu’on ne les empêchera pas de venir s’installer non plus, alors c’est sûr qu’il y a en effet […] deux poids… des gens qui va falloir (sic) qui se relocalisent … » Et pour le conseiller, il n’y a rien à faire. Selon lui, la Ville n’est pas une promotrice et n’a aucune influence sur ce que les promoteurs privés veulent construire. Pourtant, Ville Saguenay possède une panoplie d’outils. Elle peut changer le zonage, exproprier, réserver des terrains et même engager des fonds publics. Toutefois, il est évident que le problème n’est pas là. Il s’agit beaucoup plus d’une question de vision du développement et des intérêts que défendent les conseillers de l’administration municipale majoritairement propriétaires et issus du milieu des affaires. Tant et aussi longtemps que nous ne pèserons pas aussi lourd dans la balance que les promoteurs, nous allons devoir nous contenter des grenailles. C’est en bâtissant un mouvement autonome développé pour et par les habitants et habitantes du quartier que nous cesserons, comme le signe nos amiEs du quartier, d’être des laisséEs pour compte.

Mais pourquoi un parc ici?

Depuis plusieurs années, le Collectif anarchiste Emma Goldman multiplie les actions sur le terrain vague situé au coin des rues Tessier et Jacques-Cartier, au centre-ville de Chicoutimi. Dans quelques textes ou lors d’actions organisées par le Collectif, certaines personnes ont pu lire le nom de « Parc du 19 juillet ». D’où vient ce nom et pourquoi un parc au centre-ville?

Tout d’abord, l’idée de mettre sur pied un parc sur cette parcelle de terre date de quelques années. C’est à travers diverses actions et rencontres d’organisation visant à combattre l’embourgeoisement du centre-ville de Chicoutimi qu’est née cette idée. Des personnes trouvaient important que l’on protège ce terrain qui est l’un des derniers espaces verts du quartier. C’est lors de la Marmite autogérée sur le thème de « Réclame ton parc » (19 juillet 2015) qu’est né le parc. À la suite de l’événement qui a eu lieu à côté du défunt 21 Price, les gens se sont déplacés au terrain vague pour y construire des bancs et des tables en bois de palette afin de meubler le parc. Le nom de Parc du 19 juillet a été choisi puisque c’est à cette date que le parc à « officiellement prit vie » et c’est en même temps un clin d’œil au 19 juillet 1936, date du soulèvement populaire contre la réaction franquiste en Espagne. Depuis juillet 2015, les actions se sont multipliées sur ce terrain : campement écologiste, distributions de nourriture, activités sportives, occupation de plusieurs jours, etc.  

Dans ce monde où tout part en vrille, nous savons bien que ce n’est pas un bout de terre qui va sauver le monde. Mais, on se dit qu’il faut bien commencer à quelque part pour tenter de redresser la barre. La destruction du centre-ville est une version micro de ce que nos milieux de vie (forêts, boisés, plaines, etc.) subissent à une échelle plus large. De grands projets destructeurs qui laissent derrière que désolation et béton. De plus, le quartier est ce qui est le plus près de nous. Nous le connaissons et y passons une majorité de notre temps. C’est là que nous tissons des liens, rencontrons des gens, travaillons, etc. S’organiser contre la destruction de notre milieu de vie semble donc tout à fait logique, mais avant tout, nécessaire. 

C’est en voyant se multiplier les restaurants chics, les condominiums, les stationnements et les édifices à bureaux que l’idée d’un parc devenait de plus en plus nécessaire à mettre en action. Car à travers tous ces projets d’embourgeoisement du centre-ville, c’est aussi la possibilité de se rencontrer qui disparaît. Une Place du citoyen aseptisée et ultra contrôlée, des restaurants trop chers pour une bonne partie des gens qui habitent le quartier et des stationnements ne font pas de supers endroits pour partager un moment de vie réelle. Avant toute chose, il faut se trouver et se rencontrer. Il fallait donc créer notre propre espace, à notre image. C’est ce que nous avons fait en mettant sur pied le Parc du 19 juillet. Les nouvelles rencontres nous ont permis d’échanger sur nos réalités au quotidien, notre vision de l’embourgeoisement, de projets qui seraient intéressants de mettre en branle dans le quartier, etc. Cet endroit a aussi rendu possible la création d’une nouvelle temporalité; en dehors des circuits marchands, de la vie chronométrée à la seconde près, de l’existence rongée par le stress et la déprime et de rapports humains vidés de toute humanité.

Finalement, il faut voir ce terrain comme quelque chose qui dépasse la seule image d’un parc. C’est un endroit où il est possible de se rencontrer, discuter, s’organiser et jouer! Il permet d’avoir un territoire à nous, les laisséEs pour compte de notre quartier. Une place que nous avons libérée. Un espace qui peut servir de point d’ancrage vers d’autres luttes. Le parc peut accueillir un jardin, un atelier de yoga, une distribution de bouffe ou encore un match amical de soccer. Il peut être le point de départ d’une manifestation et un endroit où l’on va quand l’on veut rencontrer des potes. C’est les désirs et l’imagination des personnes qui le fréquentent qui vont lui donner vie.