Novembre 9, 2020
Par Le Monde Libertaire
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Le groupe La Mistoufle FA travaille depuis maintenant plus de 3 ans à l’ouverture d’un Centre Social Autogéré (CSA) ancré dans un quartier de la périphérie de Dijon , où les disparités des niveaux de vie – du fait de la gentrification et l’embourgeoisement de la « Smart City » – forcent la précarisation et la discrimination de nombreu.x.ses habitant.e.s des banlieues et quartiers ! Ces mêmes lieux où les événements récents ont accru la policiarisation que l’État et les mairies du « Grand Dijon » appellent « quartiers de reconquête républicaine »… Une énième offense qui stigmatise toujours plus violemment les habitant.e.s !

Face à cela, nous, anarchistes, sommes plus motivé.e.s que jamais à nous doter d’un outil militant ancré dans le réel pour accentuer notre efficacité sur le terrain des luttes sociales. Notre projet de Centre Social Autogéré n’a jamais été aussi proche de voir le jour : concerts, bouffes de soutien, levée de fonds de la Fédération Anarchiste, cagnotte solidaire en ligne… Nous avons multiplié les efforts pour que ce projet puisse enfin devenir une réalité durable.
Nous croyons que la possession d’un lieu fixe rassurera celles et ceux qui pourront en profiter, sans craindre la venue systématique des forces de l’ordre au sein d’un espace – les banlieues – en proie aux violences policières. Comme en attestent certains camarades, un CSOA (Centre Social Occupé et Autogéré) est parfois plus compliqué à maintenir sur le long terme, même s’il impulse de nouvelles dynamiques. Nous voulons d’abord nous ancrer durablement dans une réalité socio-économique pour, pourquoi pas, imaginer l’ouverture d’autres centres sociaux – de nouveau sur le modèle du CSOA – du fait de notre nombre croissant d’acteurs-actrices par l’attractivité du lieu pour peser plus massivement dans le rapport de force. Le plus important : nous ne cherchons à nous imposer auprès des riverain.e.s, nous souhaitons les faire venir ! Comment ? La crise pandémique a forcé d’avantage notre implication au plus près des précaires en collaboration avec le mouvement social dijonnais.

Nous avons participé au ravitaillement régulier – deux fois par semaine – de dizaines de familles, soit près de 350 personnes pendant le confinement, retissant un lien social fort ! Nous n’avons pas à rougir de ce bilan, mais notre seul regret est de ne pas pouvoir actuellement généraliser ces réseaux de solidarités au moment où les inégalités sociales explosent et où s’annonce déjà une nouvelle vague d’austérité et de chômage de masse. Il nous faut contre-attaquer, et le Centre Social Autogéré sera un outil indispensable pour peser dans le rapport de force local si nous en faisons un lieu de rencontres, d’organisation, d’autogestion, d’entraides, et d’actions directes.

Aucune connaissance ou expérience militante n’y serait requise. Ce centre social n’aura pas pour vocation la radicalisation de personnes non politisées, mais serait plutôt un outil afin de prouver aux gens qu’il n’existe pas qu’un modèle de vie : celui que l’on veut nous imposer. Tout ce que cela nécessite ? De l’organisation, et évidemment une manière de penser tolérante et antifasciste. Ce serait en effet, une sorte d’initiation collective aux pratiques anarchistes, souvent négativement connotées.
Parmi nos luttes en cours et à venir, nous voulons intensifier : le soutien alimentaire gratuit loin des logiques de charités humiliantes ; l’aide aux personnes isolé.e.s face aux différentes administrations (C.A.F., Pôle Emploi, Préfecture, Administration pénitentiaire…) ; les luttes contre les violences des institutions policière et judiciaire ; les luttes autour du logement et la réponse face aux bailleurs et propriétaires ; la diffusion d’une culture populaire via des conférences, des projections-débats, notre bibliothèque ou encore par le sport populaire (notre projet de club de foot autogéré et populaire a été stoppé par le Covid-19, mais il sera de retour très vite !) ; la lutte contre toutes les extrêmes droites, leurs discours et actions islamophobes, racistes, antisémites ; la cause anti-sexiste et les luttes contre toutes les discriminations liées au genre ; la diffusion d’initiatives écologiques ; la pratique autogestionnaire, pour rendre acteur/actrices – de manière égalitaire – tou.t.e.s celles et ceux qui voudraient participer aux luttes, celles et ceux qui subissent en premier lieu la misère galopante par isolement, manque de temps ou qui ont été trop souvent empêché.e.s par les pratiques sectaires de certains milieux « militants ». En somme, créer une disponibilité de biens et services gratuits ou prix libre pour garantir l’attrait et le pérennité du lieu que chacun.e pourra enrichir à sa manière !

Si, historiquement, la majeure partie des centres sociaux n’a pas pu échapper à une institutionnalisation progressive, nous entendons sortir de ce modèle régalien en collaboration avec d’autres centres sociaux autogérés, occupés ou non, français ou non (le CREA de Toulouse, le CSA de la Parole Errante à Montreuil, Entre-Murs / Entre-Mondes de Bruxelles, etc.). Par cette nouvelle dynamique, nous souhaiterions imaginer une Fédération des Centres Sociaux Autogérés, loin de la Fédération des Centres Sociaux et Socioculturelles de France dépendante quasi intégralement des ingérences de l’État. À nous d’impulser notre propre tempo politique, notre projet s’inscrira dans la vieille lignée de la nébuleuse libertaire : « agir localement, penser globalement ». Nos camarades italiens nous ont démontré que les années de luttes n’ont pas essoufflé la dynamique des centres sociaux autogérés, occupés ou non. Nous appelons toutes les organisations et collectifs à nous soutenir dans ce type de démarche pour étendre l’influence des révolutionnaires partout où le besoin s’en fait sentir !
Chaque petit geste est le bienvenu, la solidarité étant essentielle à la lutte afin que vive notre classe dangereuse !

La Mistoufle, Fédération Anarchiste Dijon




Source: Monde-libertaire.fr