Décembre 14, 2021
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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La solution écologique est entre les mains des travailleuses et travailleurs. L’État, pour l’image, veut fermer la centrale à charbon ; le patronat, cynique, ne s’intéresse qu’à l’argent public qu’il pourrait toucher… Quant aux salarié·es, ils et elles luttent durement pour une reconversion écologique du site, tant pour l’emploi que pour l’environnement.

Dès la campagne présidentielle de 2017, Macron a voulu se présenter comme un sauveur de l’environnement. Et on peut dire – sans mauvais jeu de mot – que le climat y était propice : entre un Trump borné qui renonçait aux objectifs de la Cop21 et une Merkel relançant sa filière charbon, l’Élysée a cherché à gagner un crédit international à coups de « Make our planet great again »… dont on a pu constater qu’il se résumait à de la communication.

C’est dans ce contexte que Macron a annoncé, au lendemain de son élection, la fermeture en 2022 des quatre centrales à charbon françaises, sans aucune alternative au licenciement de milliers de salarié·es. Parmi ces centrales, déjà au ralenti et responsables d’un faible pourcentage des émissions de gaz à effet de serre du pays, se trouve celle de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône.

Cette « Centrale thermique de Provence » détenue par GazelEnergie – derrière qui on trouve le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky – emploie 174 personnes. Auxquelles il faut ajouter 1 000 emplois indirects dans la région (sous-traitance, approvisionnement) et des milliers d’autres sur tout le territoire, qui seraient menacés par la fermeture de la centrale.

En décembre 2018, les sa­larié·es déclenchent une grève reconductible avec leur syndicat CGT. C’est le début de trois ans de lutte enchaînant débrayages et occupations, jusqu’à aujourd’hui ! Ils et elles exigent alors un moratoire « afin de se laisser le temps de trouver des solutions d’avenir pour une exploitation responsable du charbon et la mise en place de moyens de production complémentaires permettant de répondre aux besoins des usagers et de l’industrie ». Les travailleurs et travailleuses veulent produire de l’énergie, mais plus propre et accessible.

En effet l’accès à l’énergie relève des droits humains. C’est un enjeu de lutte à l’heure d’une libéralisation qui entraîne précarisation et hausse des prix. La privatisation des barrages, l’ouverture à la concurrence d’EDF ou le projet Hercule [1] en offrent des exemples.

Il a fallu une décision de justice pour contraindre GazelEnergie à communiquer au CSE les chiffres nécessaires à une étude de faisabilité sur le projet alternatif porté par la CGT

La direction sabote le projet alternatif

Fin 2019 des discussions tripartites débutent entre la CGT, l’État et GazelEnergie. Bien que les salarié·es acceptent le principe d’une activité biomasse, l’État campe sur la seule solution valable à ses yeux : la fermeture. Quant à la direction, méprisante, elle ne se déplace parfois même pas aux réunions. « Partez chez Enedis », balance en janvier 2020 la PDG, Olivia Levasseur, au piquet de grève qui l’interpelle.

Parallèlement, la direction torpille le projet de reconversion de la centrale porté par le syndicat. Elle refuse de financer l’étude pré-faisabilité du projet, à hauteur de 400 000 euros, alors qu’elle n’est pas gênée pour débourser 1 million d’euros pour une boîte de sécurité, sous prétexte de protéger l’outil de travail. Il faudra une décision de justice pour obliger GazelEnergie à communiquer au CSE et aux expert·es les documents nécessaires à l’étude.

Pourtant, les possibilités de reconversion sont variées et ambitieuses : unités de gazéification de méthane et d’hydrogène, captation puis réutilisation des rejets de fumée, tri et recyclage de déchets industriels… À l’heure où le gouvernement annonce vouloir financer massivement l’innovation et la recherche écologique, il refuse une expérimentation sur l’existant, qui serait génératrice d’emplois !

Alors qu’une étude confirmant la viabilité d’une reconversion tombe en septembre 2021, les premières conséquences du plan de licenciement se font sentir. Le 8 octobre, une panne générale d’électricité affecte la tranche charbon : le personnel de maintenance ayant été licencié un mois plus tôt, impossible de dépanner !

La tranche biomasse se retrouve aussi impactée, démontrant l’hypocrisie de la direction qui y voit le seul avenir du site. Face à un patronat incompétent qui met en danger tant les riverains que les salarié·es, ces dernier·es ont déclenché une mise « sous protection » du site classé Seveso, en l’occupant.

Ça n’empêche pas GazelEnergie de signer un accord pour un projet de production d’hydrogène, nanti de 400 millions d’euros de subventions publiques, soit quatre fois plus cher que le projet de la CGT pour le même nombre d’emplois !

Les salarié·es de la sous-traitance impliqué·es

Tout au long de la mobilisation, le syndicalisme interprofessionnel a été à l’œuvre puisque non seulement l’UD-CGT des Bouches-du-Rhône a été très impliquée, mais également d’autres syndicats de salarié·es impacté·es par la disparition de l’activité charbon.

Sous l’impulsion du syndicat CGT, récemment réélu à la tête du CSE, a été créée l’Association des travailleurs de la centrale de Gardanne (ATCG). Groupant y compris les salarié·es de la sous-traitance, l’ATCG a permis, en décembre 2020, de boucler le financement des études tout en faisant connaître le combat des Gardannais. À terme, l’association ambitionne de créer une société coopérative d’intérêt ­collectif (SCIC) qui mettra en œuvre le projet industriel et l’exploitera selon les besoins sociaux.

Une perspective qui contraste avec tous les coups bas vécus par les grévistes : intimidation, mensonges, convocations au tribunal, gardes à vue et même tentative de perquisition du local syndical… la liste est encore ­longue, mais ça n’a pas suffi à entamer la détermination des ouvriers et ouvrières ! Car ce sont aussi trois ans d’une aventure humaine, militante et fraternelle.

De l’installation depuis 2018 de la buvette (astucieusement baptisée Le Moratoire) aux tours de garde pour l’occupation actuelle, en passant par les nombreux piquets de grève et les rassemblements régionaux : le combat des Gardannais est devenu emblématique des luttes sociales dans les Bouches-du-Rhône !

Alors que prend fin la farce de la Cop26 et ses engagements insuffisants, le conflit de Gardanne rappelle l’importance d’articuler les mesures écologiques avec les nécessités sociales et avec la lutte des classes.

Anthony (UCL Aix)




Source: Unioncommunistelibertaire.org