Décembre 12, 2020
Par Le Poing
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En grande partie spontané, un mouvement de colère des artistes s’est manifesté en beauté sur l’Esplanade montpelliéraine. Leur situation devient désastreuse, et moralement, celle du public avec eux.

Un peu aidée par les réseaux sociaux, la foule a son génie, qui a su se rassembler un bon demi-millier tout au bout de l’Esplanade ce samedi en début d’après-midi, pour un événement d’abord annoncé devant l’Opéra-Comédie. Quel événement ? Celui lancé par le tout nouveau collectif “Les essentiels”. Celui-ci est constitué d’artistes montpelliérain.es, particulièrement des danseur.ses en forte proportion.

Ielles étaient quasiment deux cents, tous et toutes vêtu.es de noir, avec masque tout aussi noir et gros nez rouge de clown. Hyper efficace, pour signifier les paradoxes infernaux que la pandémie et sa paranoïa sèment jusque dans nos physionomies exposées en public. « Ceci n’est pas un spectacle, ceci n’est pas une fête, ceci n’est pas un flashmob » a averti la chorégraphe Katia Benbelkacem, au nom du collectif, pour présenter ce qui allait donc être « une performance revendicative », de gens « qui exercent un vrai métier », et qui « n’en peuvent plus de ne pas être pris au sérieux », et « de devoir se justifier ».

Ce sont des professionnels « aujourd’hui à bout de souffle », d’un secteur « près de s’effondrer ».

Les oreilles ministérielles auront sifflé, car « non, Madame Bachelot, les artistes ne bouillonnent pas ; ils meurent ». Leur colère est morale autant que leur détresse est matérielle, tenaillée par le sentiment d’être considéré.es comme « non essentiels ». L’oratrice a encore ironisé sur le déplacement imposé de l’événement, « comme s’il fallait encore nous cacher », alors que tout aurait dû se dérouler entre deux lieux hyper symboliques : l’Opéra-Comédie, une salle de spectacles obstinément close, et à cinquante mètre de là, le Monoprix bondé.

Allez comprendre la logique qui rend le business de Noël essentiel, au point de diffuser le virus sans problème autour des tiroirs-caisses, et les œuvres de l’esprit non essentiels, au point de bunkériser les salles de spectacles. Les deux cents artistes ont alors exécuté une chorégraphie, ponctuée de “die in” couché.es au sol. C’est un grand commentaire physique, plein de houle et de puissance d’un corps social en mouvement. Cela tandis qu’était lue la lettre d’Ariane Ascaride au président Mac : « Nous sommes indispensables à l’âme humaine ».

Cette intervention, brève, simple et percutante, a trouvé son maximum de sens dans le tableaux final. À cet instant, tous les performeurs, toutes les performeuses se sont précipité.es par les bords, pour laisser soudain totalement vide le grand espace qu’ils venaient d’animer. Tout d’un coup, cette sorte de place publique désertée par la vie, mais cernée par la population, disait fortement ce que la gestion de la pandémie a de destructeur, de mortifère, quant aux valeurs essentielles que sont nos besoins d’échanges, de découvertes, de messages et d’émotions partagés.




Source: Lepoing.net