La forêt du Madrillet, à cheval sur les communes de Saint-Etienne-du-Rouvray et Petit-Couronne, est mise à mal depuis de nombreuses années par l’urbanisation galopante de l’agglomération rouennaise. Grignotage des forêts, mares et landes à callunes sous divers prétextes, dépôt sur 66 ha de 9 millions de tonnes de déchets industriels légèrement radioactifs, ou encore morcellement par de nouvelles routes (notamment la Rocade Sud = D 418) ont été autant de coups portés à cet écosystème. De nouveaux projets d’urbanisation menacent aujourd’hui la forêt du Madrillet. Il est toutefois complexe d’avoir une vision d’ensemble tant les porteurs de projet, les parcelles concernées et leur affectation sont diverses. Pour limiter les confusions, il nous a semblé important de faire le point sur les principaux projets, à savoir ceux en lien avec l’extension du Technopôle du Madrillet (env. 85 ha), appelée « Rouen Madrillet innovation » par la métropole de Rouen, et celui visant à la construction d’un nouveau quartier résidentiel.
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‘après nos calculs, on arrive à l’urbanisation de 160 ha de terres actuellement en landes ou forêt pour environ 80 ha qui seront bétonnés.

Extension du Technopôle du Madrillet : les établissements d’enseignement (7,5 ha)

Le Technopôle du Madrillet compte sur environ 200 ha plusieurs établissements de recherche et d’enseignement, essentiellement publics (UFR Sciences et Techniques, INSA, ESIGELEC, ESITech, Lycée Le Corbusier) mais aussi privés depuis 2018 (CESI, migré depuis La Vatine, et Espace Lanfry). L’extension de la plupart des établissements existants est prévue, de même que l’implantation de nouveaux établissements. Ces extensions concernent, sur un peu moins de 2 ha, des établissements publics tels que l’UFR Sciences et Techniques, l’INSA, l’ESIGELEC et l’ESITech, mais aussi l’école d’ingénieur privée CESI, arrivée en 2019 (plan 1).

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Plan 1 : « Permettre la croissance grâce à une offre immobilière adaptée ». Association Campus Science & Ingénierie Rouen Normandie, Schéma directeur immobilier et d’aménagement, novembre 2019, p. 27.

L’implantation de deux nouveaux établissements est prévue dans les années à venir :
– D’une part, l’IUT Ingénierie, actuellement localisé sur les campus de Mont-Saint-Aignan, Rouen-Pasteur et Elbeuf. Le nouveau bâtiment viendrait s’implanter à la place de la « petite forêt » (1,8 ha) située sur la parcelle où se trouvent actuellement les locaux de l’Université, Avenue de l’université (plan 1).

D’autre part, l’école de management Néoma, actuellement localisée sur le campus de Mont-Saint-Aignan « au cœur d’un parc boisé de 7 ha ». Les nouveaux bâtiments s’implanteraient à la place d’une parcelle boisée de 3,5 ha (plan 2, parcelle E). Il s’agit d’une extension de la ZAC du Madrillet.

Extension du Technopôle du Madrillet : les entreprises privées (80 ha)

Le Technopôle du Madrillet vise également à attirer de nombreuses entreprises privées via des pépinières d’entreprises », couplées à une offre de services (hôtels, chaînes de restauration, etc.). Aux 80 entreprises existantes, et qui ont été autant d’hectares grignotés sur la forêt et la lande, ce sont pas moins de 45 nouvelles qui sont espérées, le tout sur près de 80 ha de landes et forêts !

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Plan 2 : « Des opportunités fortes de développement de l’activité économique. 80 entreprises aujourd’hui, et 35 ha dédiés à aménager demain ». Association Campus Science & Ingénierie Rouen Normandie, Schéma directeur immobilier et d’aménagement, novembre 2019, p. 78.

Une partie des parcelles ainsi menacées sont dans l’emprise du Technopôle dans son état actuel. Elles sont donc situées sur la commune de Saint-Étienne-du-Rouvray, pour une surface totale de 15 ha environ.

Deux parcelles font plus de 6 ha (plan 2, parcelles A et F). À noter que l’on trouve une mare forestière dans la parcelle F.  Quatre autres font moins d’un hectare (plan 2, parcelles B, C, D et J)

Une autre partie des parcelles, la majeure partie même, sont sur la commune de Petit-Couronne. Il y a d’abord la parcelle de 3,3 ha actuellement en travaux en face du Zénith, et qui a été partiellement défrichée cet hiver (plan 2, zone grisée entre les parcelles G et E). Il est prévu sur cette parcelle d’accueillir le projet « WeHub », à savoir un parking de 470 places, un hôtel, une pôle de service, des restaurants et 5 immeubles de bureaux sur une surface de 21 000 m². Le maître d’ouvrage, la SCI EXELSIA, a pour ce projet bénéficié d’une dérogation d’étude d’impact environnementale signée par Patrick Berg, directeur régional de la DREAL le 19 janvier 2019. Les autres parcelles composent ce qui a été nommé « OAP Madrillet Nord » (orientation d’aménagment et de programmation) dans le PLUi adopté en février 2020. C’est un ensemble de parcelles totalisant 62 ha, pour partie boisées, pour partie en landes à callunes avec une mare, qui serait en grande partie défrichées (35 ha ? Plan 2, parcelles G, H et I ; Plan 3 PLUi, OAP Madrillet Nord). On peut d’ailleurs se demander s’il y aura une OAP Madrillet Sud dans les cartons à plus long terme ?

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Plan 3 : Petit-Couronne, OAP Madrillet Nord (497A). Plan local d’urbanisme, Métropole Rouen Normandie, approuvé le 13 février 2020. t. 4, p. 22.

Le projet immobilier OAP Claudine Guérin à Saint-Étienne-du-Rouvray (75 ha)

Toujours sur la commune de Saint-Étienne-du-Rouvray, une autre OAP prévue dans le PLUi voté en février 2020 prévoit la construction d’un nouveau quartier de 2 800 logements, gagné sur 75 ha de landes et de forêts, au lieu-dit Val-l’Abbé (Plan 4). Ironiquement, la Maison des Forêts de Saint-Etienne-du-Rouvray serait ainsi cernée par l’urbanisation.

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Plan 4 : Saint-Etienne-du-Rouvray, OAP Claudine Guérin (575A). Plan local d’urbanisme, Métropole Rouen Normandie, approuvé le 13 février 2020. t. 4, p. 82.

Quelle surface promise à l’urbanisation ? 160 ha

L’ensemble de ces projets annonce l’urbanisation d’environ 160 ha de terres actuellement en landes ou forêt. Bien évidemment, il ne s’agira pas au sens strict de 160 ha coulés sous le béton. Quelques haies, quelques petites pelouses, quelques espaces verts intercalaires permettent aux maîtres d’ouvrages de vendre un projet écolo, en divisant grosso modo la note par deux. 80 ha coulés sous le béton, c’est de toute façon déjà trop. Mais il faut insister sur le fait que la fragmentation des milieux est une des causes principales de l’érosion de la biodiversité. Les populations de lézard agile, espèce protégée sauront-elles survivre entre les immeubles, les routes et les parkings ? Pas sûr… L’artificialisation de 80 ha aura nécessairement un impact sur l’ensemble des 160 ha concernés, et empêchera l’écosystème environnant de se maintenir en l’état.

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Article publié le 08 Juin 2020 sur Rouendanslarue.net