Le coût des retraites

Pour l’État, dans sa logique néolibérale, la retraite est bien trop coûteuse. À l’heure actuelle, les retraites représentent 14 % du PIB, soit environ 310 milliards d’euros par an. C’est un casse-tête pour les gouvernements qui veulent absolument se débarrasser de ce reliquat de politique sociale. Les réformes successives ont abouti à plusieurs reculs déjà significatifs dans le modèle dit de « retraites par répartition ». Au niveau du régime général, nous sommes passés à un allongement des durées de cotisation (42 ans et 43 pour celles et ceux qui ont eu la chance de naître après 1973) et le montant de cette retraite est calculée en fonction des 25 dernières années actives et non des 10 dernières années comme initialement.

Mais ces coups de rabots successifs sur les retraites n’ont pas suffi. Selon des études sérieuses, la France propose le meilleur niveau de vie pour les retraités de tous les pays de l’OCDE. Mais malgré ça, les gouvernants s’en fichent. De toute façon, eux et leurs amis les bourgeois sont sur des mutuelles et complémentaires retraites depuis bien longtemps. Et désormais le système est suffisamment bien fait pour que l’ont ne puisse plus trop rogner sur le budget des retraites sans des mesures symboliques fortes (hausse de l’âge du départ à la retraite, allongement de la durée de cotisation), qui sont très dangereuses politiquement. Le gouvernement Macron a donc choisi une autre option, totalement dévastatrice : abandonner le système par répartition.

Le système par point : quelles conséquences ?

Allons-y directement : le système des retraites, par répartition et par point, est particulièrement complexe. Il est même volontairement complexifié, à travers la communication du gouvernement (par l’intermédiaire de Delevoye, haut commissaire à la réforme des retraites), afin de faire écran de fumée. Nous essaierons donc de vous présenter la logique de la retraite par points et surtout ses effets sur les prolétaires, sans pouvoir néanmoins rentrer dans tous les cas particuliers.

  • Le principe de base c’est 10 euros cotisés = un point. Cette logique est censée s’opposer au régime par répartition ou les jeunes travailleurs par exemple « cotisent dans le vide » puisqu’ils ne récoltent pas les fruits de leurs cotisations. C’est évidemment dévoyé puisque le principe de base de la retraite par répartition est de cotiser pour les autres classes sociales et les autres classes d’âge. Ici, l’idée centrale est de cotiser pour sa propre retraite. La logique individualiste est donc à son paroxysme. Ils veulent renforcer la « contributivité », c’est-à-dire le lien entre le montant cotisé et la pension versée : cela exclut la redistribution entre individus, catégories sociales, régimes différents. Cela va pénaliser les salarié.e.s à carrière précaire (chômeurs, femmes, etc.), et inciter à travailler le plus longtemps possible.
  • Avec un système par points, on abandonne un système où l’on sait ce qu’on percevra : on saura seulement ce qu’on cotise. Le montant de la pension sera déterminé par la valeur des points au moment où l’on fait valoir ses droits. Ce montant c’est bien sûr l’État qui le décrétera (Delevoye propose actuellement un point à 0,55€). Et comme le disait Fillon en 2016, la retraite par points c’est surtout l’occasion de raboter le niveau des pensions quand on le veut.
  • La logique du calcul de la pension sur le total des cotisations de l’ensemble de la vie active exclut de fait les femmes, les précaires, les personnes qui enchainent les périodes de chômage, les intérimaires, les intermittents. Delevoye a annoncé qu’il y aurait des points accordés aux chômeurs et aux personnes ayant eu des « accidents de la vie », mais rien de concret pour l’instant, et tout en annonçant la fin de la pension de reversion (partie de la retraite d’une personne décédée revenant à son conjoint, très majoritairement aux femmes).

Voici pour la logique générale du texte de loi. Mais il est évident que nous ne savons pour ainsi dire rien de ce qui se trame. En effet, le gouvernement joue la montre. Peu d’infos précises ne filtrent. Et il y a fort à parier que nous découvrirons cette loi, qui a tout l’air d’être scandaleuse et évidemment anti prolétaire, au moment de la lecture à l’assemblée.

Il n’y a donc aucun cadeau à faire au patronat et au gouvernement et c’est à nous de construire d’emblé un mouvement fort pour dire non à l’imposition de ce nouveau système inégalitaire et injuste.


Article publié le 12 Sep 2019 sur Paris-luttes.info