Novembre 11, 2020
Par Rebellyon
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Bonjour,

C’est la première fois que je prends la parole en public depuis un an, lorsque j’ai tenté de m’immoler par le feu devant le CROUS de Lyon.

Tout d’abord, je tenais à remercier les personnes qui se sont mobilisées suite à cela. En premier lieu, les personnes de mon entourage qui nous ont soutenu, moi et ma famille, puis les militants et militantes politiques et syndicaux, qui ont agi pour donner un sens à mon geste.

Je suis conscient de la gravité de mon acte désespéré, Je traversais une période difficile sans emploi stable, sans logement étudiant et sans bourse universitaire, je me réveille en constatant que cela aura au moins permis quelques avancées telles que les repas des Restau U à 1€, même s’ils ne s’adressent qu’aux boursiers et boursières.

Je remercie également toutes les personnes m’ayant soutenu, en m’envoyant lettres ou mails, ou ayant fait des œuvres comme des calligraphies, des morceaux de musique, des vidéos ou même celles ayant fait avancer les sciences sociales comme des articles universitaires, ainsi que celles et ceux qui m’ont soutenu financièrement.

Je suis brulé au troisième degré sur 75% du corps, avec des amputations aux doigts. Je suis resté 5 mois dans le coma au service des grands brûlés de l’hôpital Edouard Herriot, où j’ai subi 48 opérations, avec, au départ une estimation de mes chances de survie de 24 heures.

Je me trouve à l’heure actuelle au Centre Medical de l’Argentière pour ma rééducation, incluant entre autre de la kinésithérapie, de l’ergothérapie et de la psychomotricité.

Un an après, j’ai encore des plaies ouvertes et entame de nouvelles opérations.

Je gagne cependant de jour en jour en autonomie : je parle de nouveau depuis Mai, je marche très bien et j’arrive à écrire correctement des textes malgré mes amputations, par exemple.

J’essaie tous les jours de relever de nouveaux défis qui sembleraient anodins en cas de validité.

Pour ce qui est de la condition étudiante, je reprends mes études, toujours à Lyon 2 en distanciel ainsi que des activités liées au syndicalisme étudiant.

Je tiens à dire à toutes les personnes qui me liront de lutter pour leurs droits, car ce n’est pas dans la passivité qu’on arrive à défendre, et encore moins à gagner, de bonnes conditions de vie. Cela est encore plus vrai au temps où les populations les plus précaires sont bouleversées par la maladie du Coronavirus.

Il faut que nous, étudiantes et étudiants, salariés ou non, réussissons à unir nos forces, à travers des syndicats.

Il faut aussi que nous, grands et grandes brulés, amputés et autres accidentés de la vie et de sa précarité, prenons conscience que c’est vivants que nous pouvons améliorer notre quotidien, en se battant collectivement, sans perdre espoir, en la vie, au progrès de la science et en l’action collective.

Vive le socialisme, vive l’autogestion, vive la sécu

Anas Kournif




Source: Rebellyon.info