Décembre 31, 2021
Par Marseille Infos Autonomes
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Nous reproduisons dans une série d’articles la brochure Capitalisme + Came = Génocide dans sa version de 2017.

En 1969, l’ex-toxicomane et membre du Black Panther Party, Michael Cetewayo Tabor écrivait Capitalisme + Came = Génocide, un texte devenu depuis lors incontournable sur les ravages de la drogue, en particulier de l’héroïne, dans les ghettos noirs de New York.

En 2015, nous avions publié une première édition de ce texte inédit en France et relativement oublié même outre-Atlantique. L’intérêt provoqué par la redécouverte de ce texte a conduit des compas mexicains à le rééditer, en y ajoutant quelques nouveaux éléments sur la lutte menée durant ces années-là à New York contre le fléau de l’héroïne, notamment au sein de la communauté portoricaine. Au vu de la déferlante des drogues industrielles un peu partout dans le monde, et à l’heure où l’argent qu’elle génére graisse l’ensemble des rouages sociaux et économiques, les réflexions qui ont traversé les mouvements révolutionnaires portoricains et afro-américains dans les années soixante et soixante-dix restent plus que jamais d’actualité.

C’est la raison de cette nouvelle édition : réfléchir de nouveau sur cette contre-insurrection cachée, et pouvoir tirer du passé quelques outils pour comprendre et affronter la situation actuelle, en se réappropriant notamment les savoir-faire et les usages nécessaires à l’émancipation de nos corps et de nos esprits. Que ces textes, réunis au gré des amitiés et des solidarités internationales, puissent susciter de nouvelles idées et s’enrichir de nouveaux partages.

Sommaire :

Capitalisme + Came = Génocide par Michael Cetewayo Tabor

1.Le problème

Il y a peu de temps, dans la colonie noire d’Harlem, un jeune garçon noir de 12 ans était tué par une overdose d’héroïne. Moins de deux semaines plus tard, une jeune fille noire de 15 ans connaissait le même destin tragique. Au cours de l’année 1969, dans la seule ville de New York, on dénombra plus de 900 morts dues à la toxicomanie. Parmi elles, 210 étaient des jeunes entre 12 et 19 ans. Sur ces 900 morts, l’écrasante majorité était des Noirs ou des Portoricains. On estime qu’il y a au moins 25 000 jeunes toxicomanes à New York. Et c’est là une estimation prudente.

Depuis plus de 15 ans, la toxicomanie est un problème majeur dans les ghettos colonisés d’Amérique. Son usage s’est tellement répandu qu’on peut parler, sans avoir peur d’exagérer, d’une véritable « peste » (plague). Elle a atteint des proportions épidémiques et elle continue de se développer. Mais ce n’est que depuis quelques années que le gouvernement raciste des États-Unis en est venu à considérer la toxicomanie comme « une préoccupation majeure ». Il est intéressant de noter que cette préoccupation croissante de la part du gouvernement est proportionnelle à la propagation de la peste au sein des sanctuaires que sont les communautés des classes moyennes et supérieures blanches. Aussi longtemps que la peste était confinée aux ghettos, le gouvernement n’a pas jugé bon de la considérer comme un problème. Mais aussitôt que les professeurs d’université, les politiciens démagogiques, les financiers capitalistes fous d’argent et les industriels découvrirent que leurs propres enfants étaient victimes de la peste, un quasi « état d’urgence national » fut déclaré. C’est là un élément révélateur qui contribue à la compréhension de la peste s’agissant des Noirs.

Du Bureau fédéral des narcotiques, en passant par le clergé, des membres de professions médicales, soi-disant éducateurs, psychologues, jusqu’aux victimes de l’esclavage chimique des coins de rue, l’espoir d’une réelle résorption de l’expansion de la peste est désespérément faible. Malgré les sévères peines de prisons infligées à ceux que la loi définit comme des « profiteurs de la drogue » – un euphémisme pour désigner les « capitalistes illégaux » – il y a plus de dealers de drogue aujourd’hui qu’il n’y en a jamais eu. Malgré le nombre sans cesse croissant de programmes de prévention et de désintoxication, la peste prolifère ; elle menace de dévorer une génération de jeunes tout entière.

Si les programmes de prévention et de désintoxication ne peuvent enrayer la peste c’est principalement pour une raison : ces programmes, avec leur approche freudienne, bourgeoise et archaïque, et leurs illusoires communautés thérapeutiques, ne s’attaquent pas aux causes du problème. Ces programmes nient délibérément ou, au mieux, traitent négligemment les origines économiques et sociales de la toxicomanie. Ces programmes nient hypocritement que l’exploitation capitaliste et l’oppression raciale sont les principaux facteurs responsables de la toxicomanie parmi les Noirs. Ces programmes n’ont jamais été destinés à guérir les toxicomanes noirs. Ils n’arrivent même pas à guérir les toxicomanes blancs pour lesquels ils ont été conçus.

Ce gouvernement fasciste attribue la responsabilité de la toxicomanie aux trafiquants qui importent la peste dans le pays. Lui-même va jusqu’à admettre que stopper l’entrée de la peste est impossible. Pour chaque kilo d’héroïne intercepté, au moins 25 kilos franchissent la douane. Le gouvernement sait parfaitement que, même s’il était capable d’arrêter l’importation d’héroïne, dealers et toxicomanes trouveraient simplement une autre drogue pour la remplacer. Le gouvernement est totalement incapable de s’attaquer aux véritables causes de la toxicomanie, car cela exigerait une transformation radicale de cette société. La conscience sociale de cette société, ses valeurs, mœurs et traditions devraient être changées. Et cela sera impossible sans un changement total de la manière dont les moyens de production des richesses sont détenus et répartis. Seule une révolution peut éradiquer la peste.

La toxicomanie est un symptôme monstrueux du mal qui détruit le tissu social dans ce système capitaliste. La toxicomanie est un phénomène social que le système social développe organiquement.

Tout phénomène social émanant d’un système social qui se fonde et s’appuie sur d’implacables antagonismes de classe, résultant d’une exploitation de classe, doit être envisagé d’un point de vue de classe.

2. Échappatoire et autodestruction

En tant que Noirs, nos problèmes sont exacerbés et prennent des dimensions révoltantes, ils sont le résultat de la déshumanisation raciste à laquelle nous sommes soumis. Pour comprendre comment la peste affecte le peuple noir, il nous faut analyser les effets de l’exploitation économique capitaliste et de la déshumanisation raciste. Le programme haineux et sadique d’annihilation de l’humanité des Noirs, initié il y a plus de 400 ans par les esclavagistes cupides et qui s’est poursuivi jusqu’à aujourd’hui de manière tout aussi intense, est délibéré et systématique. Sa fonction est de justifier et de faciliter notre exploitation. Puisque la réalité de notre existence objective semblait confirmer les doctrines racistes de la supériorité blanche et de son antithèse, l’infériorité noire, et puisqu’il nous manquait la compréhension de notre condition, nous avons intériorisé la propagande raciste de nos oppresseurs. Nous avons commencé à croire que nous étions par essence inférieurs aux Blancs. Ces sentiments d’infériorité donnèrent naissance à une haine de soi qui trouve à s’exprimer à travers des comportements autodestructeurs. Notre situation désespérée et misérable, notre sentiment d’impuissance et de désespoir, ont créé dans notre esprit une prédisposition à user de n’importe quelle substance produisant des illusions euphoriques. Nous sommes prêts à prendre tout et n’importe quoi pour souffrir en paix. Nous avons développé un complexe de fuite. Et ce complexe de fuite est autodestructeur.

L’oppresseur pervers capitaliste-raciste exploite ces faiblesses psychologiques et émotionnelles pour en tirer tous les bénéfices possibles. L’oppresseur nous incite à nous engager dans tout ce qui est autodestructeur. Nos comportements autodestructeurs et nos penchants pour l’évasion constituent une source de profits pour les capitalistes. En nous affaiblissant, en nous divisant et en nous détruisant, ils renforcent également la puissance de l’oppresseur, lui permettant de perpétuer la domination qu’il exerce sur nous.

Les guerres fratricides des gangs de rue sont une manifestation directe de ce type de comportement autodestructeur. Elles constituent par ailleurs une forme d’échappatoire à travers laquelle les jeunes Noirs déchaînent leur rage, leur frustration et leur désespoir les uns contre les autres plutôt que contre leur véritable ennemi. L’attachement pathologique à la religion ou l’indulgence fanatique en religion sont, au fond, des façons de fuir parce qu’ils encouragent la victime à concentrer son attention, son énergie et son espoir de salut et de liberté sur une force mystique douteuse. Cela nous décourage de nous confronter aux véritables causes de notre misère et de nos privations. Cela encourage à focaliser son attention sur les promesses du ciel plutôt que sur des garanties ici sur terre. Et cela constitue également une source de profits pour ces religieux charlatans, prêtres et pasteurs qui l’exploitent.

L’alcoolisme est à la fois un comportement autodestructeur et une échappatoire. Il est aussi une source d’immenses profits pour les capitalistes. Le nombre incroyablement élevé de bars et de magasins d’alcools dans les communautés noires atteste de ce fait tragique. L’industrie capitaliste de l’alcool pourrait prospérer sur les seules affaires qu’elle fait dans les ghettos noirs.

3. L’héroïnomane

L’activité la plus autodestructrice et qui comble le plus le désir de fuite, l’une des plus rentables pour le capitaliste et par conséquent celle qu’il encourage le plus, est la toxicomanie, et spécialement l’héroïnomanie.

Vers 1898, un chimiste allemand découvrait la diacétylmorphine, l’héroïne. Elle fut acclamée comme le remède idéal pour soigner les personnes dépendantes à la morphine. Mais très vite, il apparut qu’elle était plus addictive encore que la morphine. Dès les années 1920, des toxicomanes s’injectaient l’héroïne directement dans les veines. La production d’héroïne aux États-Unis cessa et la drogue ne fut plus utilisée comme antidote à l’addiction à la morphine ou comme antalgique.

L’addiction à l’héroïne, la peste, le fléau des colonies noires de Babylone. Cette peste, dont les pouvoirs de destruction spirituelle, morale, psychologique, physique et sociale dépassent grandement ceux de n’importe quelle maladie connue à ce jour par l’homme. Cette peste, opium de Turquie, expédié à Marseille, converti en morphine- base, puis transformé en héroïne, est introduite clandestinement en Amérique, coupée, diluée, puis mise en circulation dans les ghettos noirs. La peste, substance poudreuse et blanche, toxique et létale, est vendue par des dépravés, des monstres cupides aux jeunes Noirs qui recherchent désespérément un shoot, une défonce, un moyen, tout ce qui leur permettra d’oublier la misère, l’abjecte pauvreté, la maladie et la déchéance qui les engloutissent dans leur existence quotidienne.

Au départ la peste sert à ça. Sous sa sinistre influence, le ghetto- prison oppressif et nauséeux devient un illusoire Valhalla [1] noir. On devient insensible à la puanteur rance de l’urine incrustée dans les cages d’escalier, indifférent aux cris perçants d’angoisse de ces Noirs conduits au bord de la folie par un système social sadique. Indifférent aux hurlements assourdissants des sirènes des voitures des porcs filant à travers les rues de l’Enfer noir, en route pour répondre à l’appel d’urgence code 1013 [2] reçu d’un autre porc dans un état de détresse bien mérité. Insensible aux poubelles dont la pourriture véhicule des maladies, aux ordures qui ont débordé, remplissant les rues du ghetto.

Oui, sous cette influence de l’extase, on devient aveugle à d’infâmes réalités. Mais il y a une escroquerie, une cruelle et monstrueuse escroquerie, une arnaque meurtrière guettant sa jeune et naïve victime : à mesure que l’illusoire beauté induite par la défonce à l’héroïne commence à se dissiper, parallèlement l’immunisation temporaire contre la réalité atteinte sous l’effet de cette transe chimique s’évanouit elle aussi. Cette réalité, que la pathétique victime cherchait désespérément à fuir, la rattrape, la submerge à nouveau. L’odeur rance de l’urine incrustée dans les cages d’escalier commence à attaquer ses narines. Ces cris d’angoisse noirs semblent se mêler aux hurlements des sirènes des voitures des porcs. Il les entend maintenant, très fort et très clairement, en stéréo. Il sent sous ses pieds ces ordures qui inondent la rue, débordant des poubelles non ramassées. La jeune victime ne met pas longtemps à découvrir que ce n’est qu’en prenant une autre dose qu’elle sera capable de trouver refuge face à cette hideuse réalité. Chaque dose de peste qu’elle s’injecte dans les veines le rapproche de la tombe. Très vite, elle est shootée, accro. Elle est physiologiquement et psychologiquement dépendante à la peste. Son corps et son esprit sont l’un et l’autre devenus dépendants à l’héroïne. Elle est maintenant devenue un membre, agréé et à temps plein du « Club du Paradis Artificiel » (Cloud9 Society). Son apparence physique commence à se dégrader. Elle affiche un désintérêt sans gêne vis-à-vis de ses vêtements. Que sa chemise soit sale et qu’il n’y ait plus de semelles à ses chaussures, l’obligeant quasiment à marcher pieds nus, n’a pas d’importance. Que son corps sale dégage maintenant l’odeur la plus fétide qui soit, la dérange à peine. Que ses amis non-accros l’évitent et la regardent avec mépris, la laisse indifférente car ces sentiments sont réciproques. Ils n’ont plus rien en commun. Plus rien n’a d’importance. Plus rien à l’exception de l’héroïne, la peste.

À mesure qu’il continue, son corps commence à développer une immunité contre la drogue. Désormais, pour atteindre un état euphorique, il doit augmenter sa dose. Il doit donc trouver plus d’argent. L’esclave qu’il est devenu fera n’importe quoi pour une dose, pour un shoot. Mentir, voler, tricher, arnaquer ne signifie plus rien pour lui. Quoiqu’il doive faire pour un fix, il le fera, il doit le faire car il est esclave de la peste.

Le cercle vicieux se referme. Afin de se procurer l’argent nécessaire pour alimenter ses maux, il viole ce que la classe dominante a défini comme étant la loi. Inévitablement, il sort des clous et se fait attraper. Il va en prison et une fois qu’il a purgé sa peine, il est relâché. La première chose qu’il veut, c’est un fix. Le cycle continue. Et il plonge de plus en plus profondément dans le gouffre de la déchéance. Et là, toujours présent et disponible, pour un certain prix bien entendu, disposé à répondre aux besoins en drogue des toxicomanes, il y a le dealer, le pourvoyeur de poison, le distributeur de mort, l’impitoyable pourriture assassine de la planète, le vil capitaliste, le vendeur de mort à crédit, le trafiquant de came, l’homme-peste.

4. Capitalisme et crime

La vente de drogue est sans aucun doute l’une des entreprises capitalistes les plus rentables. Les profits se comptent vite en milliards. Au niveau mondial et national, le commerce et la distribution d’héroïne sont au final contrôlés par la Cosa Nostra, la Mafia.

Une bonne partie des profits accumulés par le commerce de la drogue est utilisée pour financer les affaires dites légales. Ces dernières sont aussi utilisées par la Mafia pour faciliter leurs trafics de drogues. Le crime organisé étant un commerce en perpétuelle expansion, il recherche constamment de nouveaux domaines d’investissementpour augmenter ses profits. De sorte que de plus en plus de profits illégaux sont réinjectés dans des affaires légales. Les partenariats entre la Mafia et des « hommes d’affaires respectables » sont à l’ordre du jour. Il existe une relation directe entre les capitalistes légaux et illégaux.

Au fil des ans, de nombreux politiciens, ambassadeurs étrangers et riches hommes d’affaires ont été arrêtés dans ce pays pour des activités liées à la drogue. D’autres, grâce à leur richesse et leur influence ont pu éviter ces arrestations. À l’automne 1969, on découvrit qu’un groupe d’importants financiers new-yorkais finançait un réseau international de trafic de drogue. Aucune mise en examen n’a été ordonnée à leur encontre. Peu après, un groupe de riches hommes d’affaires sud-américains fut arrêté dans un luxueux hôtel de New York avec plus 10 millions de dollars de drogues.

Étant donné la nature vorace et prédatrice du capitaliste, cela ne devrait pas être une surprise que de soi-disant respectables hommes d’affaires soient largement impliqués dans le commerce de la drogue. Les capitalistes sont motivés par une insatiable soif de profits. Ils feraient n’importe quoi pour de l’argent. Les activités du crime organisé et celles des « capitalistes légaux » sont si inextricablement liées, si profondément entrelacées, que, de notre point de vue, toute distinction faite entre eux s’avère purement théorique.

La reconversion dans des activités légales de la Mafia, leur besoin accru d’investissements et de créations d’entreprises, a été accélérée par les lourdes peines de prisons infligées aux trafiquants de drogues. À New York, cela s’est traduit par le retrait progressif de la Mafia de sa position dominante sur le marché de la drogue new-yorkais. Ce marché de la drogue new-yorkais est désormais dominé par des exilés cubains, dont un grand nombre étaient des officiers militaires ou des agents de police sous le régime pré-révolutionnaire et répressif de Batista. Et ils sont tout aussi impitoyables et cupides que la Mafia.

Ces nouveaux barons locaux ont établi un vaste réseau de trafic de drogue international. Ils utilisent les voies du commerce traditionnel et en ouvrent de nouvelles, comme en témoigne le nombre croissant de saisies de drogues venant d’Amérique du Sud par le Bureau des Narcotiques.

Le concept de Pouvoir noir a influencé la pensée de chacune des composantes de la communauté noire. Il en est venu à signifier le contrôle par les Noirs des institutions et des activités implantéesau sein de la communauté noire. Les enseignants noirs exigent un contrôle de la communauté noire sur les écoles du ghetto. Les hommes d’affaires et les commerçants noirs préconisent l’expulsion des hommes d’affaires blancs du ghetto afin de maximiser leurs profits. Les Noirs qui organisent des jeux d’argents illégaux [numbers games] exigent le contrôle total des opérations de jeux dans le ghetto. Et les dealers noirs exigent le contrôle par la communauté de l’héroïne. Il est tragique de noter qu’à New York, les progrès les plus significatifs dans le domaine du contrôle communautaire noir, ont été réalisés par des racketteurs, des bookmakers et des dealers de drogues, par les capitalistes illégaux noirs. Avant 1967, il était rare de trouver un dealer noir gérant en permanence plus de 3 kilos d’héroïne. Les importateurs indépendants noirs étaient rarissimes. Aujourd’hui, il y a une classe entière de Noirs devenus importateurs et utilisant les listes de contacts européens fournies par la Mafia.

L’ampleur et le rythme effréné des profits générés par l’industrie de la drogue ont de quoi rendre jaloux US Steel, General Motors ou Standard Oil. À tous les échelons, du plus haut au plus bas, les profits sont énormes. Si l’on est suffisamment ambitieux, rusé, impitoyable et vicieux, on peut passer du statut de vendeur à la sauvette à celui de grossiste et distributeur de premier plan en un court laps de temps.

Un élément caractéristique de l’oppression de classe et de race tient dans la politique de la classe dirigeante de lavage de cerveaux des opprimés destinée à leur faire accepter leur oppression. Initialement, ce programme est mis à exécution en implantant vicieusement la peur dans les esprits et en semant les graines de l’infériorité dans l’âme des opprimés. Mais quand les conditions objectives et le rapport de forces deviennent plus favorables aux opprimés et plus défavorables à l’oppresseur, il devient nécessaire pour l’oppresseur de modifier son programme et d’adopter des méthodes plus subtiles et sournoises pour maintenir son joug. L’oppresseur tente alors de déstabiliser l’équilibre psychologique de l’opprimé en combinant une politique de répression vicieuse avec des démonstrations de bonne volonté et d’assistance.

Le peuple noir ayant abandonné les tactiques inefficaces et stériles de l’ère des « Droits civiques », et étant désormais résolu à arracher sa libération si longtemps attendue par tous les moyens nécessaires, il devient nécessaire pour l’oppresseur de déployer plus de forces d’occupation dans les colonies noires. L’oppresseur, particulièrementà New York, réalise que cela ne peut être fait ouvertement sans intensifier la ferveur révolutionnaire du peuple noir dans la colonie. Un prétexte lui est donc nécessaire pour déployer plus de porcs dans le ghetto.

Et quel est le prétexte ? Il se présente ainsi : des leaders responsables de la communauté noire nous ont informés, et ce qu’ils nous rapportent coïncide avec les enquêtes de police, que la communauté noire est ravagée par le crime, les agressions, les cambriolages, les meurtres et le désordre. Les rues sont dangereuses, les établissements commerciaux sont infestés de voleurs armés, le commerce ne peut pas fonctionner. La mairie et les résidents noirs s’accordent à dire que les principaux responsables de cette situation horrible sont les toxicomanes qui s’en prennent aux honnêtes gens. Oui, les toxicomanes sont à blâmer pour l’augmentation permanente du taux de criminalité. Et la mairie répondra aux cris désespérés des résidents noirs demandant une meilleure protection : « envoyez plus de policiers » !

Que les victimes de la peste soient responsables de la plupart des délits dans les ghettos noirs est un fait. Il est indéniable que les toxicomanes noirs opèrent la plupart de leurs braquages, cambriolages et vols dans la communauté noire et contre des Noirs. Mais avant que, par pur désespoir, nous ne bondissions et n’appelions à plus de protection de la police, nous ferions mieux de nous rappeler qui a introduit la peste à Harlem, à Bedford Stuyvesant et dans les autres communautés noires. Nous ferions mieux de nous rappeler qui, en définitive, tire profit de la toxicomanie des Noirs. Nous ferions mieux de nous rappeler que la police est une armée étrangère et hostile envoyée dans les colonies noires par la classe dirigeante, non pas pour protéger les vies du peuple noir, mais bien pour protéger les intérêts économiques et la propriété privée des capitalistes et pour s’assurer que le peuple noir reste à sa place. Rockfeller et Lindsay ne pourraient pas moins se soucier de la vie du peuple noir. Et si on ne sait toujours pas ce que la police pense de nous, alors on est vraiment en mauvaise posture.

5. Les Porcs

La peste n’aurait jamais pu se répandre dans les colonies noires sans le soutien actif des forces d’occupation, de la police. Le fait que les arrestations dues à la drogue aient augmenté n’atténue en rienle fait que la police accorde l’immunité en échange de pots-de-vin.

Une autre pratique des porcs, spécialement des agents des Stups, consiste à saisir une quantité de drogue à un dealer, de l’arrêter, mais de ne remettre comme preuve qu’une partie de la drogue confisquée. Le reste est donné à un autre dealer qui la vend et reverse un pourcentage des bénéfices aux agents des Stups. Les porcs utilisent aussi des dealers comme informateurs. En échange de leurs informations, ils reçoivent la garantie de ne pas être arrêtés. La police ne peut pas résoudre le problème car elle est une partie du problème. Quand on sait qu’un kilo d’héroïne, acheté 6 000 dollars par un importateur, peut rapporter, une fois coupé, emballé et distribué, 300 000 dollars en une semaine, il devient plus facile de comprendre que, même si la peine de mort était appliquée aux dealers, cela ne dissuaderait personne.

Les pantins perfides et menteurs de la classe bourgeoise dirigeante, ces politiciens démagogues du Congrès, viennent de faire passer une loi donnant aux agents des Stups le droit de rentrer chez quelqu’un, sans même frapper, sous le prétexte de chercher des drogues ou d’« autres preuves ». Cette loi a clairement été votée pour empêcher les dealers de détruire la drogue et « d’autres preuves ». Cependant, celui qui pense que cette loi ne sera appliquée qu’aux seuls suspects de trafic de drogue est victime d’une illusion tragique et potentiellement suicidaire. Supposer que seuls les suspects de trafic de drogues seront touchés par cette loi, c’est nier la réalité de l’Amérique de nos jours.

Se laisser aller à penser, ne serait-ce qu’un instant, que cette loi ne sera appliquée qu’à l’encontre des dealers présumés, revient à nier que les lois votées, les politiques mises en place et les méthodes et tactiques de la police, sont devenues ouvertement et impudemment fascistes. Cela ne sera pas une surprise lorsque les portes des révolutionnaires oud’autres progressistes épris de liberté, seront enfoncées par la police sous prétexte de chercher de la drogue ou « d’autres preuves ». De nombreux révolutionnaires ont déjà été emprisonnés suite à de fausses accusations liées aux stupéfiants. Lee Otis [3] a pris 30 ans et Martin Sostre [4] a été condamné à 41 ans sur de fausses accusations liées aux drogues. Soyez certains que cette politique sera intensifiée. On ferait mieux de se demander ce qu’enfoncer la porte de quelqu’un sous prétexte de rechercher de la drogue ou « d’autres preuves » signifie vraiment. Qu’est ce que sont ces « autres preuves » ? Les législateurs bourgeois et fascistes n’ont pas daigné préciser ce qui constitue d’« autres preuves ». La « No-Knock Law [5] » fait partie intégrante du délire fasciste dans lequel ce pays s’est embarqué.

Avant, quand la maison d’un Noir était cambriolée par un toxico ou qu’une sœur se faisait arracher son sac, la police prenait toute la nuit pour répondre à l’appel, où n’y répondait pas du tout. Le cambrioleur ou l’arracheur de sac à main n’étaient presque jamais arrêtés. Le plus souvent, lorsque quelqu’un était arrêté, c’était la mauvaise personne. Mais lorsqu’un établissement commercial dirigé par un capitaliste dans le même quartier, en particulier celui d’un Blanc, se fait dévaliser, il y a aussitôt quinze voitures de flics sur place, sirènes hurlantes et trois douzaines de porcs courant d’un bout à l’autre de la rue, braquant les visages de tout le monde avec leur flingue. Et on peut parier à 5 contre 1 que quelqu’un va aller en prison pour cela. Que la personne arrêtée ait commis cet acte ou non n’a aucune influence sur le point de vue des porcs. Ces porcs racistes utilisent les Noirs comme un exutoire à leurs pulsions sadiques, leur bassesse et leurs frustrations. Maintenant qu’encore plus de policiers ont été envoyés ici, la situation n’a fait qu’empirer.

6. Révolution

Les porcs racistes, les politiciens démagogues et les gros hommes d’affaires avares contrôlant les politiciens, sont ravis de voir les jeunes Noirs sombrer, victimes de la peste. Et ce pour deux raisons : d’abord c’est très profitable économiquement, et ensuite car ils réalisent qu’aussi longtemps qu’ils pourront garder les jeunes Noirs quémandant un shoot d’héroïne au coin des rues, ils n’auront aucun souci à se faire à propos de la lutte de libération que nous pourrions mener. Aussi longtemps que nos jeunes frères et sœurs noirs courront après leur dose, aussi longtemps qu’ils essayeront de se procurer un fix, le règne de nos oppresseurs est assuré et nos espoirs de liberté sont morts. C’est la jeunesse qui fait la révolution et c’est la jeunesse qui la mène. Sans nos jeunes, nous ne serons jamais capables de forger une force révolutionnaire.

Nous sommes les seuls capables d’éradiquer la peste de nos communautés. Ce ne sera pas une tâche facile. Cela va exiger d’immenses efforts. Cela passera par un programme révolutionnaire, un programme du peuple.

Le Black Panther Party est en train d’élaborer un programme pour combattre la peste. Il sera complètement contrôlé par le peuple. Nous, le peuple, devons éradiquer la peste, et nous le ferons. La drogue est une forme de génocide où les victimes paient pour être tuées.

Saisir et construire le moment

Intensifier la lutte

Détruire la peste

Tout le pouvoir au peuple



Retrouvez la brochure complète imprimable ici :



Traduit par les Éditions Premiers Matins de Novembre et le Collectif Angles Morts

[email protected] + [email protected]

« Capitalism plus dope equals genocide », 1969

Edition méxicaine : [email protected]

http://www.bboykonsian.com/palante/Capitalismo-Droga-Genocidio_a36.html

Des éditions dans d’autres langues et d’autres pays sont en discussion. N’hésitez pas à nous contacter.

Illustrations de couverture et d’intérieur : Helios Figuerola Garcia [email protected]




Source: Mars-infos.org