Novembre 1, 2021
Par Mondialisme.org
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AVERTISSEMENT PRELIMINAIRE : ce texte ne vise nullement Ă  « flinguer Â» Philippe Corcuff au service de telle ou telle organisation, secte ou coterie concurrente. Il a simplement pour but de rĂ©affirmer certaines positions matĂ©rialistes qui me semblent toujours utiles aujourd’hui ; Ă  inciter les militants, s’ils le souhaitent, Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  la nocivitĂ© des discours identitaires postmodernes dominants Ă  gauche et Ă  l’extrĂȘme gauche et dans les milieux libertaires ou ceux qui se proclament « radicaux Â» aujourd’hui ; et Ă  rappeler que les Ă©crits d’un universitaire, fĂ»t-il partisan de causes qui sont aussi les nĂŽtres (la dĂ©fense des droits des sans-papiers , la lutte contre l’antisĂ©mitisme, le racisme antimusulmans et l’extrĂȘme droite, par exemple), doivent ĂȘtre soumis Ă  la critique et confrontĂ©s Ă  d’autres recherches, militantes ou pas, sans cĂ©der au copinage sans principes, ou Ă  pire Ă  l’omerta, si rĂ©pandus dans les milieux dits « radicaux Â».

SECONDE PRECISION : ayant publiĂ© un Inventaire de la confusion dans la revue Ni patrie ni frontiĂšres en 2011, il y a dix ans, je pense dĂ©sormais que les termes de « confusionnisme Â» et de « confusionnistes Â», utilisĂ©s pour saisir des rĂ©alitĂ©s mouvantes [A1] sont trĂšs insuffisants. En effet, si l’on en prend en compte l’histoire longue du mouvement ouvrier et de ses courants intellectuels, ou des courants qui l’ont influencĂ©, on ne peut se contenter de s’exclamer « Ah mais, c’est du confusionnisme ! Â», lorsque des militants ou des intellectuels de gauche, d’extrĂȘme gauche ou anarchistes, aujourd’hui, tiennent des discours nationalistes, populistes, complotistes et/ou antisĂ©mites.

Au sein mĂȘme des Ă©crits de la gauche (au sens large) depuis les origines du mouvement ouvrier (chez Marx, Proudhon, Bakounine, et leurs disciples, et chez les syndicalistes rĂ©volutionnaires) sont prĂ©sents de grosses scories, voire des Ă©lĂ©ments de virus mortels, nationalistes, conspirationnistes, antisĂ©mites, populistes, etc. Rien ne sert de se scandaliser parce que ces Ă©lĂ©ments rĂ©apparaissent aujourd’hui, sous de nouvelles formes.

Comme je l’écrivais en 2011, « Il ne s’agit pas ici de reprendre la thĂšse banale de “la convergence des extrĂȘmes”, mais plutĂŽt de souligner que, notamment depuis la disparition du camp des Etats staliniens, depuis la fin de la guerre froide, et grĂące Ă  l’usage intensif d’Internet par les militants et sympathisants d’extrĂȘme gauche s’est dĂ©veloppĂ©e une sous-“culture” anticapitaliste, antisioniste et anti-impĂ©rialiste rĂ©actionnaire, ou anti-impĂ©rialiste Ă  sens unique car dirigĂ©e contre un seul “impĂ©rialisme” ou une seule puissance (les Etats-Unis), et (presque) jamais contre sa propre bourgeoisie. Â»

Et je poursuivais : « On observe une porositĂ©, voire une interchangeabilitĂ©, croissante des concepts utilisĂ©s par l’extrĂȘme droite et l’extrĂȘme gauche. Cela est dĂ» en partie : Ă  l’abandon, par l’extrĂȘme gauche, de la rĂ©fĂ©rence au rĂŽle central du prolĂ©tariat dans les mouvements sociaux (et donc dans la future rĂ©volution sociale) ; Ă  l’abandon de la rĂ©fĂ©rence au communisme (sociĂ©tĂ© sans classes, sans salaires, sans propriĂ©tĂ© privĂ©e et sans Etat) ; et Ă  la disparition de toute rĂ©fĂ©rence Ă  la nĂ©cessitĂ© d’un affrontement violent avec l’Etat bourgeois . La disparition de ces trois points programmatiques (centralitĂ© du prolĂ©tariat mondial, usage stratĂ©gique de la violence contre l’Etat et projet communiste) ne s’est pas traduite par un approfondissement de la rĂ©flexion des “rĂ©volutionnaires”, mais par un formidable retour en arriĂšre, facilitĂ© par l’absence de connaissance de l’histoire du mouvement ouvrier chez les jeunes gĂ©nĂ©rations militantes. Â»

Et les camarades de Mouvement communiste ajoutaient, pour leur part : « L’abandon de ces trois points programmatiques ne peut tout expliquer ; en effet, des camarades ayant abandonnĂ© ces points programmatiques ne sont pas forcĂ©ment tombĂ©s dans la connivence confuse avec les idĂ©es d’extrĂȘme droite. Il faut donc identifier au moins une deuxiĂšme cause : les positions dĂ©jĂ  erronĂ©es dĂ©fendues par les groupes et courants d’extrĂȘme gauche aprĂšs 1968 (mais dont certaines viennent d’encore plus loin) et qui ont pu s’épanouir aprĂšs l’abandon de ces points programmatiques. Ces positions plus simplistes Ă©taient d’ailleurs partagĂ©es, en partie ou en totalitĂ©, par des courants plus proches de l’extrĂȘme droite. Il s’agit de : la caractĂ©risation des pays capitalistes comme impĂ©rialistes, suivant l’analyse de LĂ©nine ; l’opposition erronĂ©e entre un capitalisme financier “prĂ©dateur” et un capitalisme industriel “sain”, opposition implicite chez LĂ©nine, comme chez Hilferding, thĂ©oricien de la DeuxiĂšme Internationale ; l’incomprĂ©hension de ce que furent le fascisme et le nazisme. Â»

Le chantier est donc vaste et nous ne pourrons compter sur notre Candide pour nous aider Ă  y voir plus clair, bien au contraire….

Y.C., Ni patrie ni frontiĂšres, 1er novembre 2021




Source: Mondialisme.org