Novembre 10, 2021
Par CQFD
189 visites



Photographie de Louis Witter

« Darmanin, on a faim,on va te bouffer si on a rien. Â» (Sur une pancarte en manif, Calais)

Ce samedi matin, il est 8 h 20 quand la cavalerie dĂ©boule par la rue des MarĂ©chaux. Le convoi habituel : quatre fourgons de gendarmerie mobile bleu nuit suivis de deux camions appartenant Ă  une sociĂ©tĂ© de nettoyage locale. AprĂšs un arrĂȘt de quelques minutes devant le commissariat, place de Lorraine, ils repartent, accompagnĂ©s d’un vĂ©hicule de la police nationale chargĂ© de superviser leur traque. Quinze minutes plus tard, le convoi s’arrĂȘte pour la premiĂšre Ă©tape de son destruction tour, Ă  cĂŽtĂ© du parking d’un hypermarchĂ©. LĂ , un petit chemin s’étire le long du magasin vers une lande pelĂ©e. Les nettoyeurs privĂ©s et la plupart des gendarmes stationnĂ©s Ă  l’intĂ©rieur des camions s’y engouffrent, pendant que d’autres barrent la route – pas de tĂ©moins, surtout. En compagnie de deux bĂ©nĂ©voles participant au projet Human Rights Observers (HRO), on les regarde s’éloigner le long de ce chemin qu’on avait parcouru plus tĂŽt dans la semaine, aux environs duquel sont dissĂ©minĂ©s quelques dĂ©risoires campements de fortune – bĂąches boueuses, foyers Ă©teints, couvertures dĂ©chirĂ©es. Ce que traquent les policiers aux visages dissimulĂ©s sous des passe-montagnes, pour certains armĂ©s de LBD, ce sont ceux qui y « habitent Â». Et surtout : leurs affaires, sordide butin qui finira dans le container pourrissant d’une proche ressourcerie, ultime Ă©tape de ce « vol systĂ©matisĂ© [1] Â». Ils n’ont rien ? Ils auront encore moins. Dix minutes plus tard, les pillards assermentĂ©s reviennent accompagnĂ©s des deux camions poubelles, sans que l’on puisse savoir ce qui a Ă©tĂ© dĂ©robĂ©. Et le convoi repart.

« Stupid police Â»

La deuxiĂšme Ă©tape se dĂ©roule prĂšs de cette zone dĂ©signĂ©e surnommĂ©e « Hospital Â», parce qu’elle s’étend devant le centre hospitalier de Calais. Jusqu’au 28 septembre dernier, il y avait un camp ici oĂč vivaient plusieurs centaines d’exilĂ©s, prĂšs d’un millier selon certains associatifs. Ce matin-lĂ , un Soudanais de 16 ans, Yasser, avait perdu la vie en tentant d’embarquer dans un camion pour l’Angleterre. En toute indĂ©cence, et sous les encouragements du ministre de l’IntĂ©rieur GĂ©rald Darmanin, une opĂ©ration d’expulsion Ă  grande Ă©chelle avait Ă©tĂ© lancĂ©e le jour mĂȘme – paye ton deuil. Pour bien enfoncer le clou, les terrains concernĂ©s ont ensuite Ă©tĂ© dĂ©boisĂ©s et scarifiĂ©s Ă  grands coups de bulldozer. Trois semaines plus tard, on observe les policiers s’éparpiller sur cette zone glauque, striĂ©e de rares bosquets, pour chasser les exilĂ©s qui y sont revenus – faute d’autre refuge – et confisquer les maigres biens de ceux qui n’ont pu les mettre Ă  l’abri ou les ont dĂ©laissĂ©s pour aller chercher de quoi manger [2]. En bordure de champ, un vieux panneau rouge pĂ©tant annonce « Chasse et recherche de gibier interdites Â».

« Every day, every day, everywhere, everywhere Â», lĂąche Ibrahim, qui a mis ses affaires Ă  l’abri en bordure de lande, bonnet enfoncĂ© sur les yeux. Le jeune Soudanais semble au-delĂ  du dĂ©sabusĂ© et ne s’anime qu’au moment d’évoquer son plan bancal pour rejoindre l’Angleterre. Les flics et leur petit jeu, il n’en peut plus : « Stupid police Â», dit-il, les yeux rivĂ©s sur les concernĂ©s. Quelques silhouettes en fuite galopent sur fond d’autoroute A16, tandis que d’autres, en uniforme, ramĂšnent des affaires vers les camions de nettoyage.

Plus prĂšs, une vingtaine d’exilĂ©s, des hommes uniquement comme sur tous ceux des quelques campements que nous visiterons, s’affairent Ă  construire un pont sommaire pour franchir le petit ruisseau qui bloque le passage. Deux- trois troncs d’arbre, un matelas, et voilĂ  que s’organise une chaĂźne pour faire transiter leurs affaires, sous le regard d’une poignĂ©e de flics. Une fois les sacs poubelles et couvertures dĂ»ment transbahutĂ©s sur l’autre rive, les traqueurs repartent – il leur reste quatre ou cinq lieux de vie Ă  dĂ©manteler. De quoi encore amĂ©liorer le score dĂ©nombrĂ© par HRO, soit 4 941 bĂąches et tentes confisquĂ©es depuis janvier 2021 [3]. Alors le manĂšge du passage de riviĂšre reprend, dans l’autre sens, afin de reconstituer les semblants d’abris. Jusqu’à la prochaine visite, demain ou aprĂšs-demain. Routine absurde, glaçante.

Visages de la guerre

Si ce sont les symptĂŽmes les plus criants de l’enlisement humain qui gangrĂšne la ville, les expulsions quasi quotidiennes [4], dites « de flagrance Â», lĂ©galement plus que contestables [5], ne forment pourtant qu’une facette de la guerre aux migrants menĂ©e Ă  Calais. Idem pour les « grosses Â» Ă©vacuations de campements, comme celle du 28 septembre ou du 13 octobre Ă  Grande-Synthe (prĂšs de Dunkerque), qui s’inscrivent dans une dĂ©marche juridique moins obscure et s’accompagnent d’une forme de prise en charge. C’est bien simple : tout est fait pour pourrir la vie des 1 500 Ă  2 000 personnes en transit Ă  la ronde (environ moitiĂ© moins selon une prĂ©fecture ayant tout intĂ©rĂȘt Ă  minorer le chiffre). « C’est une vĂ©ritable chasse Ă  l’homme au quotidien qui est menĂ©e par l’État Â», enrage Juliette, du Secours catholique. Â» Il s’agit d’assoiffer et affamer les exilĂ©s, de mener une guerre psychologique, en les plaçant dans une situation de constante instabilitĂ©. Je vois ça comme un siĂšge militaire, avec une ville devenue zone de guerre. Â»

Au menu des rĂ©jouissances, il y a par exemple les arrĂȘtĂ©s prĂ©fectoraux interdisant les distributions d’eau et de nourriture en centre-ville. Pris pour la premiĂšre fois en septembre 2020, ce type d’infamie lĂ©gale a Ă©tĂ© reconduit 15 fois [6], avec souvent de nouvelles zones concernĂ©es, afin de mettre des bĂątons dans les roues des associations non gouvernementales gĂ©rant des cantines gratuites, comme la Refugee Community Kitchen. Une illustration de ce que tous disent ici : quadrillĂ© nuit et jour par des forces de l’ordre omniprĂ©sentes, le centre-ville serait devenu un espace de non-droit pour les exilĂ©s, presque un repoussoir. Ainsi de ces grilles et barbelĂ©s installĂ©s sous de nombreux ponts, dont celui dit des bambinos, qui auparavant servait d’abri Ă  des mineurs non accompagnĂ©s. On ne fait pas meilleure illustration de l’urbanisme guerrier ici dĂ©ployĂ©. Quant aux nombreux terrains labourĂ©s aprĂšs expulsion pour empĂȘcher aux exilĂ©s de s’y rĂ©installer, ils dĂ©gagent une impression d’annihilation, la terre ayant Ă©tĂ© broyĂ©e avec les affaires des expulsĂ©s. Ici un gant dĂ©passe, lĂ  un bout de caleçon ; sous un arbuste, des boites de conserve rouillĂ©es. Enfouies, les preuves de leur existence tentent de tĂ©moigner : des ĂȘtres humains ont vĂ©cu ici.

Hors du centre-ville, une histoire rĂ©sume bien cette volontĂ© dĂ©libĂ©rĂ©e de saboter la vie des indĂ©sirables. En rĂ©ponse au manque de points d’eau si criant dans les environs, un collectif nommĂ© Calais Food Collective a mis Ă  disposition des exilĂ©s une citerne de 1 000 litres, prĂšs des lieux de vie de la zone commerciale de Coquelles. La suite est un condensĂ© d’acharnement cynique, en cinq Ă©tapes. 1‱ Des agents municipaux placent quatre grosses pierres sur le chemin pour empĂȘcher le camion du collectif de rĂ©approvisionner la citerne. 2‱ Les obstacles sont dĂ©placĂ©s par des exilĂ©s. 3‱ Plusieurs rochers encore plus massifs sont disposĂ©s. 4‱ un dĂ©blayage collectif, mĂȘlant exilĂ©s, soutiens, sangles et huile de coude, est organisĂ©. 5‱ Les amateurs de BTP guerrier optent pour un Ă©difice plus difficile Ă  dĂ©truire, fait de remblais et de massifs cailloux enfoncĂ©s dans la terre. Affaire Ă  suivre… Quant Ă  la cuve, elle a plusieurs fois Ă©tĂ© lacĂ©rĂ©e et percĂ©e de coups de lames, notamment lors d’une expulsion policiĂšre.

Se croisent ici deux formes de harcĂšlement. L’une, moins « dramatique Â», vise les collectifs venant en aide aux migrants – exemple entre cent, les activistes d’Utopia 56 expliquent que l’association a rĂ©coltĂ© la bagatelle de 96 amendes fantaisistes pour non-respect du confinement lors de maraudes. La seconde, confinant au criminel, frappe de plein fouet et en toute impunitĂ© des personnes dĂ©jĂ  dĂ©nuĂ©es de tout. Pas d’amendes pour elles, mais les orniĂšres d’une traque sans rĂ©pit.

« Ils nous prennent tout Â»

Un matin frigorifiant, dans le campement « Old Lidl Â», pas loin de cette zone logistique dĂ©diĂ©e au transport international appelĂ©e « Transmarck Â», oĂč ils risquent rĂ©guliĂšrement leur vie pour tenter de grimper dans un camion, une quinzaine d’exilĂ©s soudanais emmitouflĂ©s, qui dans un sac poubelle, qui dans une couverture trouĂ©e, se rĂ©chauffent auprĂšs d’un feu. Leur discours est sans appel, rĂ©sumĂ©, puisqu’on ne parle pas arabe, par celui du groupe qui se dĂ©brouille le mieux dans la langue de Shakespeare : « Qu’est-ce que vous voulez qu’on vous dise  ? Suffit de voir comment on vit. On n’a plus rien. Ils nous prennent tout, puis ils nous gazent. Â»

Plus loin, vers un bout de forĂȘt rescapĂ©e oĂč se terrent de petits groupes Ă©clatĂ©s, cinq hommes tentent de rĂ©chauffer leurs pieds auprĂšs d’un feu vacillant aprĂšs une nuit de froide pluie, leurs baskets humides posĂ©es au-dessus des maigres flammes. L’un d’eux explique qu’il a la jambe mal en point : il est rĂ©cemment tombĂ© d’un camion, pas loin, vers l’overdose de grillages et barbelĂ©s qui barrent la route Ă  leur espoir anglais. Un autre Ă©voque la brutalitĂ© des policiers et l’impasse dans laquelle tous se trouvent. Au moment de rajouter un gros bout de plastique dans le foyer, leur seul combustible, il fait ce commentaire : quand la police viendra, elle se fera un plaisir d’éteindre ce feu dĂ©risoire – une habitude.

Le coin oĂč ils (sur)vivent s’appelle officiellement Beau-Marais. La blague. Il y a bien quelques Ă©tendues d’eau croupie, mais tout sauf engageantes, hormis pour quelques mouettes criardes. Y repassant deux jours plus tard, on rencontre un autre exilĂ©, les yeux emplis de tristesse et de lassitude. Un de ses amis traduit ses propos, expliquant qu’il est question de « hard life Â» et de ses gouffres. Puis celui qui traduit dĂ©veloppe ses propres considĂ©rations. Il dit que les flics du coin l’ont plusieurs fois agressĂ©. Il dit aussi qu’il s’est fait voler sa tente avant-hier lors d’une expulsion. Que la nuit suivante il a partagĂ© celle d’un ami, elle aussi embarquĂ©e dans la foulĂ©e. Et que la nuit derniĂšre il n’a quasiment pas pu dormir parce qu’il est restĂ© dans le froid, sans refuge. Il ajoute qu’hier matin il a Ă©tĂ© rĂ©veillĂ© par l’intense brĂ»lure d’un spray lacrymogĂšne policier projetĂ© dans ses yeux, comme ça, gratuitement.

Au rendez-vous de l’inhumain

Ils sont nombreux Ă  avoir tirĂ© la sonnette d’alarme, dĂ©nonçant Ă  la fois les violences des forces de l’ordre et la dĂ©mission de l’État, qui n’assure selon les associations qu’une maigre partie de ses devoirs en matiĂšre d’accĂšs Ă  l’eau, Ă  la nourriture et aux douches, ou de prise en charge des mineurs isolĂ©s. Il y a eu la Commission nationale consultative des droits de l’homme dĂ©but 2021, estimant que l’État viole les « droits fondamentaux Â» des migrants Ă  Calais. Il y a eu la DĂ©fenseure des droits Claire HĂ©don dĂ©nonçant en 2020 les conditions de vie « inhumaines Â» des exilĂ©s sur place. Il y a eu plĂ©thore d’organisations internationales en pĂ©tard, dont Human Rights Watch, qui vient de sortir un rapport de 86 pages au vitriol : « Infliger la dĂ©tresse : le traitement dĂ©gradant des enfants et adultes migrants dans le nord de la France [7] Â». Il y a eu tout un tas de personnes connaissant le sujet sur le bout des doigts, pour qui la politique d’éradication des « points de fixation Â» et de l’effet « appel d’air Â» par le harcĂšlement est non seulement inhumaine, mais aussi inefficace, les personnes prĂ©sentes ici ne visant qu’une chose : se tailler en Angleterre, par camion ou bateau, ce dernier moyen de sauter la frontiĂšre Ă©tant de plus en plus plĂ©biscitĂ© (volet qui sera traitĂ© dans le prochain numĂ©ro de CQFD). Et il y a GĂ©rald Darmanin. Dans Nord Littoral du 22 octobre, on peut lire un long entretien avec lui, titrĂ© de la citation suivante : « Une amĂ©lioration profonde Ă  Calais Â». Il s’y dĂ©clare satisfait : « Jamais autant de moyens n’ont Ă©tĂ© mis pour accompagner les personnes migrantes. Â» Et de certifier, toute honte bue, que sur le plan humanitaire, « le gouvernement est au rendez-vous Â».

Le dĂ©calage entre ces dĂ©clarations et l’expĂ©rience du terrain est si grand que les locaux impliquĂ©s dans l’aide aux migrants ouvrent de grands yeux Ă  leur mention – Il a vraiment dit ça  ? Mais l’étonnement Ă©cƓurĂ© cĂšde vite la place Ă  des considĂ©rations plus prosaĂŻques. Oui la saloperie des politiques, oui la zone de nĂ©ant lĂ©gal, mais ce qui compte est ailleurs : comment inverser la tendance ? Alerter ? Trouver l’énergie de continuer la tĂąche alors que partout, ici, mais aussi dans les camps du Dunkerquois et d’ailleurs, comme Ă  Grande-Synthe oĂč vivent des centaines de Kurdes, on leur met des bĂątons dans les roues ? Pour le Secours catholique, il s’agit ainsi de concilier mesquines bisbilles administratives et poursuite de l’accueil de jour organisĂ© dans leur vaste espace de la rue de Moscou, seul lieu du centre-ville de Calais oĂč les exilĂ©s peuvent en nombre recharger les portables, boire un cafĂ© ou un thĂ©, s’informer ou juste se reposer. Pour des assos plus informelles, l’urgence prend d’autres formes. PrĂšs de Beau-Marais, dans le gigantesque entrepĂŽt qui regroupe la logistique de nombreux collectifs, on croise aussi bien les bĂ©nĂ©voles de Woodyard coupant du bois pour le distribuer aux mauvais jours que l’armĂ©e de stagiaires dĂ©ter’ d’Utopia 56 qui bataillent (entre autres) pour que les mineurs isolĂ©s soient pris en charge par les services d’accueil adĂ©quats. Il est aussi affaire de tentes Ă  trouver avant l’hiver, de caisses de « denrĂ©es sĂšches Â» Ă  livrer en brouette, de manifestations Ă  organiser avec les exilĂ©s souhaitant monter des actions… Une ruche trĂ©pidante, guidĂ©e par le sentiment de l’urgence, mais pas loin du burn-out collectif – « Jamais un rĂ©pit, on prend des claques tout le temps Â», tĂ©moigne une bĂ©nĂ©vole de la Cabane juridique.

Et puisque la stratĂ©gie de la rĂ©actionnaire maire LR Natacha Bouchart, comme celle de la prĂ©fecture et du gouvernement, est clairement d’invisibiliser au maximum la prĂ©sence et les souffrances des exilĂ©s tout en affichant une course sans fin Ă  la rĂ©pression, il s’agit plus que jamais de signaler au plus grand nombre le drame qui se joue. C’est le sens de la grĂšve de la faim lancĂ©e par trois militants estimant que la coupe est plus que pleine : AnaĂŻs, Ludovic et Philippe – ce dernier Ă©tant homme d’église, du genre prĂȘtre-ouvrier Ă  l’ancienne. Quand on passe les voir dans l’église Saint-Pierre, sur la place CrĂšvecƓur, ils en sont Ă  10 jours de jeĂ»ne, leurs lits installĂ©s dans un petit recoin Ă  l’écart [8]. Calmes et posĂ©s, ils affirment ne pas ĂȘtre guidĂ©s par le dĂ©sespoir, n’ayant en rien la vocation de martyrs. Pour eux, il s’agit juste d’ébranler l’indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale. Grande barbe Ă  la Raspoutine et voix douce, Ludovic, assis sur un banc face Ă  l’autel, raconte cet ami exilĂ© lui confiant « de toute façon, ici je suis dĂ©jĂ  mort Â» et lui contant son projet de prendre la mer avec un petit bateau rafistolĂ© de rustines. La parfaite illustration selon lui d’une situation si grave qu’elle pousse les premiers concernĂ©s aux plus dangereuses extrĂ©mitĂ©s. Quant au prĂȘtre Ă  capuche et verbe franc, 72 printemps, il s’anime dans le baptistĂšre en Ă©voquant la stupiditĂ© criminelle des pouvoirs publics : « Quelqu’un de sensĂ© qui n’a pas fait l’ENA comprend tout de suite que si on a essayĂ© quelque chose pendant vingt ou trente ans et que ça ne marche pas, il serait peut- ĂȘtre temps d’essayer autre chose. Mais apparemment, ce bon sens-lĂ  n’est pas partagĂ© partout. Â» Lui n’hĂ©site pas Ă  parler de « barbarie Â» et Ă  assĂ©ner qu’il a « honte d’ĂȘtre français Â». Il n’est pas le seul.

Vendredi 22 octobre. La nouvelle est tombĂ©e hier : encore un dĂ©cĂšs Ă  la frontiĂšre franco-anglaise, le 305e depuis 1999, trois semaines aprĂšs celui de Yasser et dans des circonstances similaires. En rĂ©action, il y a un rassemblement-hommage en bordure du parc Richelieu, Ă  cĂŽtĂ© de la gare. DerriĂšre le cercle d’environ 200 personnes, mĂȘlant famille, proches et soutiens, cinq grands drapeaux français font tache, dressĂ©s Ă  cĂŽtĂ© des statues de De Gaulle et Churchill, empĂȘtrĂ©s d’infamie tricolore. Un ami de la victime prend le mĂ©gaphone pour rappeler l’évidence bafouĂ©e : « Nous aussi, on est des ĂȘtres humains. Â» Ensuite il y a une minute de silence. Et l’inscription solennelle de ce 305e prĂ©nom sur une grande bĂąche : Mahamat. DĂ©risoire, mais puissant. Face au monstre froid, nommer ceux qu’il engloutit, contre l’oubli et le dĂ©ni.

Émilien Bernard

JPEG

- Ce reportage a Ă©tĂ© publiĂ© dans le numĂ©ro 203 de CQFD, en kiosque du 5 novembre au 2 dĂ©cembre 2021. Son sommaire peut se dĂ©vorer ici.

  • Ce numĂ©ro est disponible chez prĂšs de 3 000 marchands de journaux partout en France. Pour retrouver les points de vente prĂšs de chez vous, cliquez ici.
  • Pour recevoir les prochains numĂ©ros dans votre boĂźte aux lettres, vous avez la possibilitĂ© de vous abonner.



Source: Cqfd-journal.org