Janvier 18, 2018
Par Squat.net
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Communiqué reçu par des personnes solidaires qui habitent cette ville.

Communiqué des ami.es des habitant.es du 63 rue Georges Maquer à Calais

De plus en plus régulièrement à Calais des lieux de vie sont illégalement expulsés.

Le détournement et le non respect des lois ici à Calais mènent a des dérives et des violences régulières et intolérables. De telles violations de la loi dans un Etat de droit sont particulièrement inadmissibles surtout quand elles sont le fait de la force publique. Elles sont d’autant plus insupportables qu’elles visent des personnes déjà en très grande vulnérabilité.

Mercredi 17 janvier, vers midi des policiers sont arrivés au domicile de notre amie Camille, 63 rue Georges Maquer à Calais. On était plusieurs ami.es réunies pour fêter son nouveau domicile, qu’elle habitait déjà depuis quelques jours, ce dont elle possède les éléments de preuves.

Pour respecter la loi, un huissier doit venir constater l’occupation, et en règle générale le propriétaire de l’immeuble doit porter plainte avant qu’une expulsion ne puisse être ordonnée par un juge puis exécutée.

Mais ce jour-là, à Calais, le droit n’a pas été respecté.

Vers midi des policiers sont venus interrompre notre moment joyeux. Puis, un représentant de Terre d’Opale Habitat, office HLM propriétaire du bâtiment, est arrivé avec un huissier.

Peu avant 17h, des policiers ont forcé la porte de la maison à coups de bélier et ont arrêté tou.tes les ami.es convié.es sur place, se trouvant à l’intérieur comme à l’extérieur de la maison.

Ce 17 janvier 2018, des ami.es ont été expulsé.es sans aucune décision de justice préalable, et donc illégalement, de leur logement.

Cette situation n’est malheureusement pas inhabituelle. Alors qu’il y a de nombreuses personnes sans logement et de nombreux logements inhabités, la police expulse régulièrement hors de tout cadre légal des habitant.es, augmentant la précarité de leur situation.

Camille et ces ami.es ont déjà été les victimes d’une expulsion illégale la semaine dernière (86 rue Massena, Calais), où deux amies avaient déjà été interpellées.

Nos ami.es, interpellé.es et placé.es en garde à vue cette semaine comme la précédente, l’ont été pour dégradation en réunion. Il fallait bien trouver une justification car habiter une maison vide ou partager un café en face de celle-ci, ne sont pas des infractions.

Aujourd’hui, la porte de la maison est condamnée, l’accès est donc interdit. Toutes les affaires personnelles de nos ami.es, qui habitaient cette maison, sont définitivement enfermées à l’intérieur, nous ignorons si nos copains et copines pourront y accéder de nouveau.

C’est une chose que nous ne souhaitons à personne.

Mais malheureusement Camille et ses ami.es ne sont pas seul.es. A Calais, cette nouvelle expulsion s’inscrit dans une politique générale de répression. D’après le rapport de la mission IGA/IGPN/IGGN [1], il y aurait, toutes les semaines, deux à trois évacuations illégales de lieux de vie, y compris pendant l’hiver.

Ces expulsions visent en particulier des personnes en grande vulnérabilité et augmentent ainsi tristement leur précarité.

Pendant le Plan Grand Froid, de grands hangars ont été mis à disposition mais ils sont encore trop rarement ouverts, le service du SAMU social est toujours insuffisant et de nombreuses personnes sont encore trop souvent contraintes à dormir dehors.

Les solutions restent inappropriées, cela malgré le discours de notre président du 27 juillet 2017 [2] déclarant que « la première bataille » était de loger « tout le monde dignement », et qu’il ne voulait, d’ici la fin de l’année dernière, « personne dans les rues ou dans les bois ».

Malgré cela, beaucoup de logements restent résolument vides, la ville gagne chaque jour de nouvelles maisons désertées, murées ou abandonnées. La force publique réprime toujours plus, férocement, hors de la légalité et en toute impunité, celles et ceux qui osent faire revivre ces maisons en y trouvant refuge.

Le logement est un droit, non un privilège, chacun.e mérite un endroit chaud, sec, et sûr pour vivre quel que soit son âge, son origine, son genre, sa sexualité, ou sa classe sociale…

Nous voulons dénoncer, le refus systématique de nos politiques d’accueillir les personnes, dans la dignité, le mépris des personnes les plus pauvres et le dédain face aux lois censées les protéger.

Nous nous voyons obligé.es de rappeler que priver des personnes de leur domicile n’est possible en France que après la décision d’un tribunal, dans le cadre d’une procédure notifiée aux habitant.es.

Nous confirmons que le 63 rue Georges Maquer, à Calais, c’est l’habitation de Camille et nous demandons le respect des lois, pour nous et pour toutes les autres personnes qui habitent cette ville.

Des ami.es de Camille, pour elle et pour tou.tes

Notes:
[1] « Évaluation de l’action des forces de l’ordre à Calais et dans le Dunkerquois », p.32, octobre 2017.
[2] Voir Le Parisien du 27 juillet 2017.

[Publié le 17 janvier 2018 sur Calais Migrant Solidarity.]




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