La première ministre néozélandaise, Jacinda Ardern (travailliste) s’est exprimée en faveur du vote très attendu sur un projet de loi porté par son gouvernement, visant à légaliser l’avortement jusqu’à la vingtième semaine de grossesse, approuvé par 94 voix pour et 23 contre. Un processus législatif qui vise à ce que sa pratique sorte du code pénal d’ici six mois. En effet, une loi remontant aux années 1970 qualifiai l’avortement de crime, la pratique n’est légale à ce jour qu’en cas d’inceste, d’« anomalie mentale », d’anomalie fœtale, ou de risque pour la santé physique ou mentale de la femme enceinte. Or, c’est ce dernier argument qui est invoqué dans 97 % des cas. « Il faut mentir à un docteur pour avoir accès à un soin médical », dénonce Terry Bellamak, présidente et porte-parole de l’association pour le droit à l’avortement Abortion Law Reform Association of New Zealand (Alranz). L’Organisation des nations unies (ONU) a d’ailleurs dénoncé à plusieurs reprises la législation néo-zélandaise « alambiquée », rendant les femmes « dépendantes de l’interprétation bienveillante d’une règle qui annule leur autonomie ». En Nouvelle-Zélande, environ 13 000 femmes ont été autorisées à pratiquer un avortement en 2017, soit 13,7 avortements pour 1 000 naissances – une proportion similaire à la France (14,4 pour 1000 en 2017, selon l’Institut national d’études démographiques).

En Argentine à présent, « Une enfant a été torturée. Et nous, les seuls à l’avoir aidée, nous risquons la prison » dénonce une gynécologue qui est poursuivie pour homicide pour avoir opéré l’enfant en question, qui réclamait un avortement. La fillette, enceinte à 11 ans à la suite de viols commis par le compagnon de sa grand-mère, a suscité en février dernier une indignation internationale. Elle illustre les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes dans certaines régions d’Argentine pour avoir accès à une « interruption légale de grossesse » (ILG), c’est-à-dire dans des cas très rares permis par la loi actuelle (à différencier de l’interruption volontaire de grossesse, l’IVG). En Argentine, la loi de 1921 permet l’avortement en cas de viol ou de danger pour la santé de la femme enceinte. Selon l’Organisation mondiale de la santé, une enfant de moins de 14 ans a quatre fois plus de risques de mourir des suites d’une grossesse qu’une adulte. Mais, dans un rapport, douze médecins de la province de Tucuman, où est née la fillette établissent qu’avec des contrôles adéquats les risques de complications de la grossesse de vingt semaines ne sont pas plus élevés que pour la population en général. En revanche, assurent-ils, elle risque de perdre l’utérus en cas d’avortement ou de césarienne, ou même la vie… Il faut dire que la provice de Tucuman est encore sous l’influence d’une Église toute-puissante. Les images religieuses sont partout. A l’hôpital Eva-Peron, un tableau de Jésus et une statue de la Vierge accueillent les patients. Les églises sont bondées tous les soirs. Les cours de religion sont obligatoires dans les écoles publiques. En 2018, le Parlement local a déclaré Tucuman « province provie », ce qui n’a aucune valeur juridique, mais « est une façon de discipliner les gens », dénonce Soledad Deza, avocate et militante féministe. Ici, tous les ans, 135 fillettes de moins de 15 ans deviennent mères. C’est aussi dans cette province que Belén, une jeune femme de 26 ans, a été condamnée à huit ans de prison pour homicide, alors qu’elle avait fait une fausse couche – elle a été acquittée après trois ans d’enfermement…

Il reste encore beaucoup à faire pour légaliser l’avortement, notamment dans ces deux pays et plus particulièrement en Argentine…


Article publié le 11 Août 2019 sur Monde-libertaire.fr