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Les mauvais jours finiront  !

Lors du premier confinement, les réflexions sur le monde d’après allaient bon train et l’avènement d’un monde nouveau suscitait des espoirs inédits. Pouvoir tout arrêter et reprendre sur de nouvelles bases moins consuméristes, moins polluantes … Le prolongement de la pandémie a douché cet optimisme. La crise “sanitaire” n’apparaît comme une aubaine, une possibilité de rebond, que pour un système capitaliste qui cherche à accélérer ses restructurations. Ceci avec l’accompagnement bienveillant d’un Etat. Une partie de plus en plus importante de la population constate le renforcement des positions réactionnaires, autoritaires et technocratiques car l’autoritarisme s’affiche sans fard  : le gouvernement en a les moyens, grâce à un état d’urgence sécuritaire qui court depuis 1995 (Vigipirate), auquel s’ajoute un état d’urgence sanitaire sans cesse prolongé  : cela lui permet de se passer de plus en plus des relais “démocratiques” habituels.

Les libertés publiques reculent, indubitablement. Des dispositions sécuritaires a priori exceptionnelles ne cessent de s’insinuer dans nos vies, quitte à ne plus devenir exceptionnelles du tout. Confinements, fermetures, limitations de déplacements et de rassemblements, obligation du port du masque, couvre-feu… En restreignant les libertés de s’exprimer, de bouger, en bloquant les moyens de se défendre, de revendiquer, ce gouvernement conduit le pays comme on conduit un troupeau sans pour autant briller d’efficacité dans la protection sanitaire justement. Mêlant confusion et incompétence, il ne fait qu’amplifier la défiance envers lui et ses « experts » privés.

Le pouvoir, même si les mouvements sociaux actuels ne l’inquiètent pas trop, craint cependant l’explosion possible d’une colère sociale à venir qu’il s’agit pour lui de contrôler et de réprimer. C’est sans doute une des raisons de l’inflation législative sécuritaire de la fin de l’année 2020 et du début 2021 : les projets de loi tels que celui de la sécurité globale, celui « confortant les principes républicains » (ex-contre les séparatismes), les trois décrets élargissant le fichage politique, le Livre blanc de la sécurité intérieure. Quant au « Beauvau de la Sécurité », énième pseudo débat public ouvert le 25 janvier, il est destiné à dégonfler les accusations contre la police et à allumer un contre-feu qui prenne en compte les colères des policiers, dont une frange de plus en plus importante se radicalise vers l’extrême droite. Macron déclarait, lors de l’annonce du « Beauvau », « la France tient par sa police et sa gendarmerie […] nous leur devons soutien et protection ». D’où une relative critique du bout des lèvres à l’encontre des violences policières et de leur généralisation -que la médiatisation rend plus palpables- par une aile “socialisante ou humaniste” qui souhaiterait une réforme et une normalisation de la police, parlant de “dérives”,”excès” ou “bavures sans remise en cause de la fonction de cette institution : réprimer et être, avec l’armée, un rempart essentiel pour protéger l’Etat, voué depuis toujours au service et à la défense des intérêts des classes dominantes.

Tandis que l’on nous prépare à un troisième confinement, il s’agit de ne pas laisser la sinistrose ambiante borner nos capacités à nous projeter dans l’avenir. Une piste est de tenter de nourrir et de stimuler les besoins d’échanges et d’actions collectives, d’activer les imaginations et les désirs de se réapproprier sa vie, qui non seulement ne sont pas éteints mais semblent au contraire rendus plus vivaces suite aux confinements et aux contraintes imposés. La politisation (en particulier, tenter de répondre aux questions de quel type de société on ne veut pas et quel type de société on veut) peut se jouer partout, dans des groupes formés sur les lieux d’études et de travail, et dans les quartiers ou villages, car il y a un besoin manifeste de rencontres, d’échanges et d’actions contre l’autoritarisme et le capitalisme. Il est important de retisser du lien entre les salarié.es et entre les habitant.es, de recréer du collectif pour dégager des perspectives de lutte, en insistant sur les repères fondamentaux que sont les questions de classe.

Ne laissons pas les rues et les places se covider

L’éparpillement des appels à mobilisation, sectoriels et pour une journée, par les centrales syndicales est plus que jamais à l’ordre du jour. Et l’éparpillement des forces aussi : petits commerçants et artisans de leur côté, professionnels et intermittent.es du spectacle du leur, défendant eux.elles aussi des intérêts particuliers sans mettre en avant une lutte de classes dans leur milieu…  ! Il faudra aller au-delà de quelques journées de grèves ou d’actions pour mettre en échec la politique du patronat et du gouvernement et plus largement pour en finir avec la mainmise des capitalistes sur la société. Certes, faire grève est et restera très difficile dans le contexte actuel, mais les manifestations reprennent et reprendront, la rue restant une solution.

Ce que nous pouvons espérer, c’est que dans la continuité des combats récents, de nombreuses personnes, dont des jeunes, ont acquis une expérience dans la lutte au-delà des seul.e.s militant.e.s : celles et ceux qui se mobilisent apprennent sur le terrain, par eux.elles-mêmes, à faire de la politique avec leurs propres armes sans rien attendre des appareils et des jeux parlementaires, des magouilles électorales politiciennes. Ces expériences de lutte sont comme des braises encore chaudes capables d’alimenter un nouveau feu.



CJ Sud-Ouest, 29 janvier 2021




Source: Oclibertaire.lautre.net