Décembre 23, 2020
Par Attaque
294 visites


Indymedia Bruxsel / lundi 22 décembre 2020

You know ? I don’t believe there’s such
A thing as TV. I mean –
They just keep showing you
The same pictures over and over

Laurie Anderson – Language Is A Virus (From Outer Space)

Le 16 décembre, en fin de l’après-midi, une quarantaine d’écrans publicitaires dans les rues de Bruxelles ont cessés d’inciter à la consommation ; les dispositifs ont été piratés. Les rues de la ville ont été éclairées par une lumière différente.

Avec une haine mal dissimulée, nous nous sommes habitués à l’apparition de toutes sortes d’appareils publicitaires dans les rues de nos villes, en essayant d’ignorer leur présence, leur éclat se jette sur nous alors que nous essayons d’échapper à leur demande d’attention.
Nous avons appris à limiter leur impact toxique sur notre propre perception individuelle, à filtrer le langage de manipulation qu’ils utilisent pour seduire les gens de consommer.
Néanmois, leurs mécanismes malades nous affectent tous, ils affectent nos villes et ils affectent nos vies ; la publicité est l’un des principaux piliers de le capitalisme de platforme, qui alimentant les empires de google, de facebook et toutes les autres entreprises de médias sociaux.

Bien entendu, leur nocivité en tant que force globale va de pair avec leur toxicité individuelle. La publicité étudie et exploite les comportements et les faiblesses de ses « cibles » potentielles, en se nourrissant et en contribuant à d’autres structures merdiques de la société, du renforcement de l’oppression systématique et du sexisme à l’exploitation des addictions, des obsessions et des traumatismes, le tout au nom du profit.

Ce cocktail de violence visuelle atteint aujourd’hui un nouveau niveau d’intensité, les écrans éclairés occupant de plus en plus d’espace dans la ville. Avec leurs méthodes sournoises, le duo-poly de ClearChannel et JCDecaux a facilement convaincu les responsables politiques de la ville de leur permettre de vomir toute l’industrie pourrie de la publicité devant des millions d’habitants chaque jour, en échange d’un abribus « gratuit » ou d’un point de location de vélos.
La publicité défini comme « digital out of home (DOOH) » amène des ordinateurs dans tous les coins de nos rues afin qu’ils puissent participer au virage général vers la surveillance commerciale, ce qu’ils appellent « smart-city ».
Alors que les caméras internes des écrans ont dû être retirées. Ils envisagent maintenant d’inclure un système pour suivre les smartphones des passants, pour étudier leurs comportements autour des écrans et leur filer des publicités ciblées. Les écrans publicitaires deviennent littéralement la façade d’un réseau de données et d’argent qui circule dans les poches et les désirs.

Il est désormais impossible de les ignorer. Contre cette occupation militaire de nos espaces visuels et imaginaires, une action a été menée mercredi dernier dans l’après-midi, au cours de laquelle 45 des écrans ClearChannel ont été subvertis, leur stock d’images envoyé en arrière-plan jusqu’à l’intervention de l’entreprise le lendemain.

Les auteurs ont décidé de ne pas imiter le langage de la publicité et, au lieu d’échanger leurs propres cris contre ceux des annonceurs, ils ont transformé ces écrans en surfaces d’écriture collaborative (etherpad).
Sur chaque de ces surface d’écriture, les différents participants et passants ont pu jusqu’à la nuit, laisser un texte sur les écrans pour que d’autres puissent le lire (ou l’ignorer !), et brouiller le texte des autres.
Plusieurs personnes se sont jointes à la réappropriation festive de ces portions d’espace public occupées, en jouant avec les écrits, en se répondant avec des segments de texte, en écrivant des slogans et des citations.

Cette action joyeuse nous rappelle que nous pouvons toujours prendre des initiatives contre les infrastructures de l’oppression qui semblent parfois intouchables et hors de portée. Et que dans chaque dispositif black-box se trouve un ordinateur qui peut être profané, dont le fonctionnement normal suspendu et ses interconnexions converties pour étendre son inopérabilité aux autres nœuds du réseau.
Et aussi, que notre imagination peut percer et aller contre le présent dans lequel nous vivons et le futur qu’ils construisent dessus.


Language ! It’s a virus !
Language ! It’s a virus !
Language ! It’s a virus !




Source: Attaque.noblogs.org