Paru début 2019 sur Internet et très récemment sur Infokiosques.net sous la forme d’une brochure : un manifeste de 269 Libération Animale sur la tactique du blocage d’abattoir. Pratiquée ces deux dernières années par le collectif, elle cherche à établir d’un véritable rapport de force contre l’industrie spéciste et une alternative à l’échec du mouvement antispéciste de ces 30 dernières années.

Les marches du dimanche, les happenings sanglants, mises en scènes dérisoires, le lobbying étatique n’ont rien changé à l’exploitation animale, pour les opprimé•e•s la situation s’est même aggravée. Pour 269 Libération Animale, le blocage d’abattoir a été pendant deux ans une tactique d’action directe contre l’industrie spéciste. Cette brochure en fait le manifeste et développe l’idée d’un « pragmatisme révolutionnaire ».

Quelques citations pour vous inviter à lire la brochure complète et à la diffuser si vous le souhaitez :

« 269 LIBÉRATION ANIMALE est l’étincelle qui a mis le feu aux poudres… »

(Dixit un procureur de la République lors d’un énième procès contre l’association)

La victoire d’un mouvement, c’est de construire pas à pas l’insurrection, pas d’obtenir sa réformette suite à un tour de prestidigitation électorale. Il y a deux ans, la tactique du blocage d’abattoir faisait irruption avec fracas. Elle a d’emblée donné au mouvement antispéciste une « perspective » révolutionnaire, l’a politisé et crédibilisé mais surtout cette tactique a largement encouragé une pratique autonome de l’action directe : revenons, en quelques points, sur son importance stratégique.

LE BLOCAGE, UN PRÉALABLE INDISPENSABLE

Nous avons entrevu dans le blocage de l’économie spéciste et l’anéantissement de la passivité dans laquelle l’activisme animaliste sommeillait depuis trop longtemps, l’étincelle d’une lutte prometteuse et surtout efficace à quoi rien ne nous fera renoncer, quoi qu’il advienne. Le blocage des abattoirs n’est pas seulement un moyen de PERTURBATION du système spéciste et une PRISE DE POSSESSION DE LIEUX D’OPPRESSION stratégiques : il est aussi un PRÉALABLE INDISPENSABLE, le moyen pour les bloqueurs.ses de se former, de se fédérer et s’organiser, d’ouvrir la porte à de nouvelles situations, d’engendrer le rapport de force et de défendre partout la pratique de l’action directe.

Dans un monde où la vie de chacun.e est régie par un cycle économique perpétuel, le parti de l’insurrection ne peut être que le parti du blocage, du BLOCAGE PHYSIQUE DE LA PRODUCTION (et spécifiquement pour la lutte antispéciste, du blocage des industries de mort que sont les abattoirs). Attaquer physiquement ces flux productifs pour couper les vannes de la « production », en n’importe quel point, c’est donc attaquer politiquement le système dans sa totalité. Le mouvement permanent, celui de la circulation de tout (y compris des corps opprimés), est la condition du maintien en l’état de la machinerie capitaliste : l’INTERRUPTION de son fonctionnement est la condition de tout début d’un réel bouleversement.

REDÉFINIR NOS OBJECTIFS : UNE NOUVELLE PENSÉE DE LA POLITIQUE

Aujourd’hui intéresser, affecter les médias est devenu le « ba-ba » de l’activisme : en espérant jouer « du bras de levier » et à dix ou quinze espérer toucher des millions – stratégies archimédiennes avec des effets très volatils. Toutes les causes luttent pour la CAPTATION DE L’ATTENTION et elles sont si nombreuses qu’elles se partagent des miettes.

Qu’il s’agisse de happenings, de manifestations ou autres : ces moyens visent avant tout l’OPINION PUBLIQUE, ciblent la demande, les individu.e.s et demeurent dans une logique de sensibilisation du public (par la pédagogie ou le choc) et/ou de lobbying vis à vis de l’Etat. Les premières interventions, les premiers happenings, certainement impressionnent et parviendront peut-être à engendrer le sursaut médiatique espéré, mais d’impressions qui, dans la compétition acharnée pour la capture de l’attention, s’évaporeront rapidement si elles ne sont pas renouvelées.

L’emploi de ces outils contestataires traduit une pensée extrêmement restrictive de la POLITIQUE où elle est « d’emblée en prise avec une ÉCONOMIE DE LA VISIBILITÉ, que chaque cause s’efforce de remanier ou de distordre à son profit pour rendre visible, ou plus visible, ce qui ne l’est pas ou pas assez » (Frédéric Lordon). En cela, ces modes militants nous semblent très insatisfaisants.

Nous ne devrions jamais oublier que « LA POLITIQUE EST UNE QUESTION DE VIE OU DE MORT » (Edouard Louis). Nous voulons ainsi nous opposer aux « imagistes » qui font de la politique par l’image ou le choc dans l’unique but de capter l’attention de l’opinion publique. L’opinion publique, qui oriente la façon dont ces dernier.e.s agissent, est une chimère. Notre champ de bataille à nous se situe dans les abattoirs, les élevages, les laboratoires, sur ces terres libérées que nous appelons « sanctuaires », pas dans les médias.

Lorsque la simple discussion ou expression du désaccord ne parvient plus à contribuer à la participation sociale, le passage à l’acte signifie qu’il y a un renoncement à poursuivre avec l’instrument du dialogue pour entrer dans une relation en acte. Il s’agit dès lors non plus de discuter pour participer à l’action collective, mais de s’opposer en acte concrètement.

LEVER LE TABOU DE LA VIOLENCE ETAFFIRMER QUE LA VIOLENCE EXERCÉE PAR OU POUR LES DOMINÉ.E.S N’EXISTE PAS

Alors qu’ils incarnent des actions non-violentes (puisque les dégradations de biens matériels ou la violation de domicile ne peuvent être considérées comme des gestes violents selon nous), les blocages ont permis de lever le tabou de la violence stratégique. Ils ont remis le sujet sur la table et petit à petit, la « question de la violence » apparaît pour ce qu’elle est : une diversion. Tant que nous continuons à parler de ça, et surtout à en parler en termes moraux ou idéologiques, nous n’affronterons pas les vrais problèmes stratégiques.

Il nous faut être capable de déconstruire la conception morale de la violence ou de la non-violence de notre pratique et lui rendre son caractère tactique. Quelle que soit notre pratique, ce qui importe pour des militant.e.s révolutionnaires, outre son critère d’efficacité, c’est la massification, l’entraînement des « masses » dans la lutte et la légitimation des moyens d’action par celles-ci. Discuter de la violence ou de la non-violence en soi, sans parler d’une pratique précise, déconnecté d’un contexte, c’est de l’idéalisme.

SE PLACER ENTRE LES COUTEAUX ET LES VICTIMES : UNE PRAXIS DE LA « FENSE POUR AUTRUI »

Intervenir pour perturber le massacre là où il se passe, là où il se décide, est un acte indispensable : il illustre réellement la détermination d’un mouvement à obtenir gain de cause. En s’interposant entre les couteaux et les victimes, 269 Libération Animale a inventé une praxis de la « défense pour autrui » et brisé cette ligne de partage spéciste opposant les corps dignes d’être défendus à ceux qui, désarmés et violentables, sont laissés sans défense.

La stratégie de la violence défensive s’apparente à une dynamique insurrectionnelle seule capable de modifier en profondeur les rapports de pouvoir. C’est la défense des personnes qui sont niées en tant que telles, en tant que sujets. Derniers obstacles entre les victimes et la mort, les corps des activistes deviennent des armes politiques et les révélateurs d’une guerre qui ne dit pas son nom : celle que l’espèce humaine mène contre toutes ses espèces soeurs.


Article publié le 17 Août 2019 sur Rebellyon.info