Dans un contexte d’agression turque au Rojava et de reprise en main de larges pans du territoire syrien par le régime de Bachar Al-Assad et son allié russe, nous avons publié une « Mise au point sur l’agression turque au Rojava », texte republié par Lundi Matin. L’article de réponse adressé par le Collectif des Combattantes et Combattants Francophones du Rojava a fait réagir plusieurs auteurs, ayant suivi de très près la situation en Syrie. Ils se sont réunis pour répondre à ce texte, à leurs yeux rempli de contre-vérités. Ils nous ont envoyé leur réaction, la voici.

Au printemps 2018, suite, d’une part, à l’attaque d’Afrin par l’armée turque et ses mercenaires et, d’autre part, à la chute de la Ghouta après les bombardements et massacres commis par le régime d’Assad, certains d’entre nous publiaient Le point d’explosion de l’idéologie au Kurdistan 1. Il s’agissait, entre autres, de revenir sur les dégâts sur les populations civiles (notamment de Deir-ez-zor et Raqqa) des différentes opérations menées par la coalition internationale au nom de « la lutte contre le terrorisme », sur le peu de critique au sein de la gauche de celles-ci, ainsi que sur le contexte qui a rendu possible une guerre fratricide entre rebelles syriens et forces kurdes du YPG au bénéfice des seuls dictateurs – les premiers dorénavant alliés à Erdogan, les seconds ayant noué une entente avec Poutine contre l’insurrection syrienne. Dans ce texte, était critiquée l’idéalisation du PYD (équivalent syrien du PKK) et du YPG (sa branche armée) par la gauche occidentale.

Ce texte insistait par ailleurs sur le fait que cet engouement s’était développé parallèlement aux évolutions diplomatiques des différentes chancelleries européennes et américaines, en miroir de leur alliance avec les Forces démocratiques syriennes (FDS, la milice arabo-kurde dominée par le YPG) contre Daech, au moment où l’Occident cessait peu à peu la politique de sanctions contre le régime syrien, pour aboutir à la réhabilitation en cours de ce dernier. Ce texte rappelait que l’État islamique n’est pas la seule force criminelle en Syrie, et que le régime et ses alliés étaient, de loin, responsables de la grande majorité des 500 000 morts du conflit – dont des dizaines de milliers de civils délibérément « disparus » ou pris pour cible par les bombardements.

Ce mois-ci, dans le triple contexte d’agression turque visant à mettre fin à l’existence de l’administration du Rojava par le PYD, de remise de territoires au régime de Damas par un PYD acculé, et en parallèle de siège et bombardements quotidiens sur la population d’Idlib par le régime et son allié russe, plusieurs d’entre nous ont publié une Mise au point sur l’agression turque au Rojava et la situation en Syrie, visant essentiellement à sortir des simplifications idéologiques. Ce texte explique notamment comment, au fur et à mesure des défaites de l’insurrection syrienne, un ensemble de brigades de l’Armée syrienne libre ont été transformées en mercenaires d’Erdogan, jusqu’à être enrôlées dans sa guerre contre les Kurdes. D’autre part, au moment où le PYD remettait de larges pans du territoire au régime, il était rappelé que l’entente du parti avec Assad et le combat du YPG contre les rebelles syriens ne datent pas de cette opération, mais que le YPG a été parti prenante de la répression de manifestations contre le régime en 2011-2012, et participait, dès 2015, à la reprise de zones rebelles au bénéfice du régime et avec le soutien aérien russe.

Aujourd’hui, nous devons refuser tout discours d’apologie de la « guerre contre le terrorisme », qui invisibilise les millions de civils subissant ces opérations militaires conduites par la Turquie, la Russie et le régime d’Assad, et appeler à un soutien franc et sans discrimination des peuples de Syrie, contre tous les crimes commis à l’encontre de civils, contre le maintien du régime criminel de Bachar Al-Assad, et pour l’autodétermination du peuple kurde.

Apparemment choqué par ces positions, le Collectif des Combattantes et Combattants Francophones du Rojava (CCFR) a fait parvenir un droit de réponse, que Lundi matin qualifie, dans un bel euphémisme, de « réponse incisive ». Si nous ne nous formalisons pas outre mesure du ton de la réponse, celle-ci apparaît comme fallacieuse à différents endroits. C’est pourquoi nous tenons à réaffirmer quelques principes, et notamment le refus de la désinformation. En effet, nous qui souhaitons appeler à soutenir tous les Syriens manifestant contre le retour du régime, et les Kurdes s’opposant à l’offensive turque, nous considérons que cela ne peut être fait abstraitement, et nécessite au contraire de comprendre comment nous en sommes arrivés là. Même quand le contexte est dramatique, nous ne pouvons accepter la propagande de guerre, et ce quelle que soit son origine. Nous répondrons donc, nous aussi, point par point aux affirmations du CCFR.

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Article publié le 31 Oct 2019 sur Bourrasque-info.org