Novembre 14, 2021
Par Le Monde Libertaire
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TREWA. Spectacle de la metteuse en scĂšne et militante chilienne mapuche Paula Gonzalez Seguel

Flûte traversiÚre, cuatro venezolano, ron roco, cuenco, choriste : Evelyn Gonzalez
Actrice, chanteuse, percussions latino-américaines, productrice : Nicole Gutiérrez Perret
Régisseur son et vidéo : Roberto Collío
Violoniste, choriste : Sergio Ávila
Cordes latino-américaines : Juan Flores
Violoncelliste, choriste : Ángela Acuña
Régisseur son : Ivan Gonzålez / Régisseur lumiÚre : Francisco Herrera / Scénographie : Natalia Morales Tapia / Assistante à la mise en scÚne, production, surtitres : Andrea Osorio Barra
Metteure en scĂšne Paula GonzĂĄlez Seguel
Directrice musicale Evelyn GonzĂĄlez

Avec Amaro Espinoza, BenjamĂ­n Espinoza, Constanza Hueche, Norma Hueche, Juan Carlos Maldonado, Vicente Larenas, Francisca Maldonado, Hugo Medina, Rallen Montenegro, Elsa Quinchaleo y Paula ZĂșñiga.

SYPNOSIS :
En 2016, Yudith Macarena ValdĂšs Munoz, militante environnementale, est tuĂ©e dans des circonstances suspectes alors qu’elle rĂ©siste contre l’installation d’un barrage au sud du Chili, sur les terres mapuches : c’est le point de dĂ©part de Trewa, État nation ou le spectre de la trahison. Le spectacle explore les mĂ©canismes de la violence subie par le peuple Mapuche au Chili depuis le XVĂšme siĂšcle. RĂ©sultat d’un travail d’investigation de plusieurs annĂ©es, il mĂȘle perspectives historiques, ethnographiques et politiques grĂące Ă  une pratique multidisciplinaire qui rĂ©unit une trentaine de professionnels. À partir du dispositif de fiction documentaire, les musiciens, performeurs, Ă©crivains, cinĂ©astes qui ont participĂ© Ă  l’enquĂȘte donnent un aperçu de ce que provoque la violence dans leur quotidien et tĂ©moignent d’une culture et d’un mode de vie en lutte constante pour leur reconnaissance. Le geste de crĂ©ation, en soi rĂ©volutionnaire, confĂšre sa valeur Ă  la forme crĂ©Ă©e : pour ce peuple discriminĂ© et violentĂ©, ce qui Ă©tait un projet artistique est devenu une lutte sociale et politique contre l’injustice et l’invisibilitĂ© forcĂ©e.

Le spectacle actuellement en tournĂ©e constitue un Ă©vĂšnement aussi bien pour le public français que pour les communautĂ©s mapuches qui continuent Ă  lutter pour se faire entendre. FondĂ©e en 2008, par Paula GonzĂĄlez Seguel, d’origine mapuche, metteure en scĂšne, actrice, rĂ©alisatrice, la compagnie KIMVN Teatro a Ă  son actif une dizaine de mises en scĂšne.

L’équipe thĂ©Ăątrale s’est spĂ©cialement formĂ©e pour ce spectacle dans une dĂ©marche aussi bien politique qu’artistique. C’est dire que tous les artistes sont engagĂ©s et certains ont mĂȘme dĂ» faire face Ă  des intimidations et des persĂ©cutions pour avoir participĂ© aux mouvements sociaux au Chili.

Pour Paula GonzĂĄles Seguel, le thĂ©Ăątre est devenu un outil de lutte : « La compagnie explore une « dramaturgie de la rĂ©sistance » qui vise Ă  l’autodĂ©termination et la reconnaissance des Mapuches par la sociĂ©tĂ© chilienne. Venue pour la premiĂšre fois en 2011 Ă  Sens Interdits avec la crĂ©ation de Ñi pu tremen, elle poursuit ici son travail documentaire avec Trewa, spectacle issu d’un projet de recherche-crĂ©ation en collaboration avec le CIIR (Centro de Estudios Interculturales e IndĂ­genas). »
Nous avons Ă©tĂ© trĂšs sensibles Ă  l’orchestration musicale et aux chants qui ponctuent les scĂšnes du quotidien d’une famille Mapuche confrontĂ©e Ă  l’assassinat de Yudith Macarena ValdĂ©s Muñoz, militante Ă©cologiste. Le seul tĂ©moin Ă©tait un enfant en bas Ăąge et le meurtre maquillĂ© en suicide. Tandis que les proches discutent, l’on voit errer sur la scĂšne la militante. Pour les Mapuches, ceux qui pratiquent le culte des ancĂȘtres et aussi celui de la nature, les morts ne sont pas morts.
Mapuche signifie « Gens de la terre ». en amĂ©rindien. Encore nombreuses sont les communautĂ©s de paysans pĂȘcheurs attachĂ©s Ă  leurs traditions.
A l’issue de la reprĂ©sentation, des spectateurs Mapuches ont soulignĂ© que le spectacle Ă©tait le reflet de la force de leur peuple, la force de ce lien sacrĂ© qu’il a avec la terre et qui le dĂ©termine Ă  lutter contre ceux qui la saccagent et empoisonnent l’eau.
L’une des artistes a Ă©tĂ© choquĂ©e lors de son passage Ă  Paris par tout le luxe produit par notre pays. Pour produire tout ce luxe dit-elle, des peuples d’AmĂ©rique, Afrique, Asie et les communautĂ©s indigĂšnes sont en train de le payer. Des personnes comme Yudith Macarena ValdĂ©s Muñoz, ont sacrifiĂ© leur vie pour la dĂ©fense d’une riviĂšre. Elle a demandĂ© que l’on rĂ©flĂ©chisse Ă  propos de chaque privilĂšge qui coĂ»te seconde par seconde la vie Ă  « notre mĂšre terre, des gens de leurs peuples ».
La doyenne de la compagnie a clos cette belle rencontre avec le peuple Mapuche avec un chant ancestral de toute beauté.

Eze, le 15 Novembre 2021
Evelyne TrĂąn
Le 24 Octobre 2021 au ThĂ©Ăątre Jean Vilar 1, place Jean-Vilar – 94400 Vitry-sur-Seine – Spectacle en espagnol et mapudungun Surtitrages : Français.
TOURNÉE – ThĂ©Ăątre Durance (ChĂąteau-Arnoux-Saint-Auban) – 20 octobre
– ThĂ©Ăątre Vitry sur Seine – 24 octobre
– ThĂ©Ăątre National Populaire de Villeurbanne (dans le cadre du Festival Sens Interdits de Lyon) – 28, 29 octobre
– ScĂšne Nationale du grand Narbonne – 9 novembre
– L’Estive, ScĂšne Nationale (Foix) – 12 novembre
– ThĂ©Ăątre Michel Portal (Bayonne) – 16 novembre
– ThĂ©Ăątre MoliĂšre, ScĂšne Nationale de SĂšte – 19 novembre

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Horvath apatride de Matéo Troianovski

Photo Benjamin PAYET

« Je n’ai pas de pays natal et bien entendu je n’en souffre aucunement. Je me rĂ©jouis au contraire de ce manque d’enracinement, car il me libĂšre d’une sentimentalitĂ© inutile
 »
« Le concept de patrie, falsifiĂ© par le nationalisme, m’est Ă©tranger. Ma patrie c’est le peuple. »

Ainsi se prĂ©sente Ödön von HorvĂĄth, nĂ© Ă  Fiume le 9 dĂ©cembre 1901, prĂšs de Trieste sur l’Adriatique, dans l’empire austro-hongrois qui sera dĂ©membrĂ© en 1918. Son pĂšre Ă©tant diplomate, il grandit dans diffĂ©rentes villes : Belgrade, Budapest, Vienne, Presbourg, Munich.

BallotĂ© entre plusieurs pays et plusieurs langues, il se dĂ©clarera lui-mĂȘme comme un pur produit de l’empire Austro-Hongrois – qui avait rĂ©uni plus de 200 nations – Un commentateur dira de la patrie d’Horvath qu’elle est utopique. Elle s’appelle : libertĂ©.

Écrivain d’expression allemande (Il est auteur de 17 piĂšces et de quelques romans dont Jeunesse sans Dieu), il dĂ©cide d’écrire trĂšs tĂŽt, ses premiĂšres publications datent de 1922. En 1927, a lieu la crĂ©ation de RĂ©volte Ă  la cote 3018 Ă  Hambourg et une nouvelle version en 1928 sous le titre. Le Funiculaire (inspirĂ© d’un fait divers) Ă  Berlin. Une maison d’édition lui offre un contrat qui lui permet de vivre de sa plume. Il recevra le prix Kleist pour la piĂšce lĂ©gendes de la vie viennoise Ă  Berlin. Sa notoriĂ©tĂ© grandissante coĂŻncide avec l’avĂšnement du nazisme et l’arrivĂ©e d’Hitler au pouvoir. Ses Ă©crits font l’objet d’un autodafĂ© et il doit s’exiler.

C’est tout de mĂȘme une gageure que celle de mettre en scĂšne la vie d’un Ă©crivain tel qu’Horvath. Chez cet Ă©crivain, la vie et l’Ɠuvre sont Ă©troitement liĂ©es. C’est ce que met en Ă©vidence MatĂ©o Troianovski , l’auteur de la piĂšce Horvath l’apatride qui relate son parcours d’écrivain rĂ©sistant, parsemĂ© d’embĂ»ches, en y incluant sa relation amoureuse avec une comĂ©dienne Hertha Pauli. Un personnage qui est selon l’auteur, un lien entre le rĂȘve et la rĂ©alitĂ©, l’aspect conscience de la piĂšce.

InterprĂ©tĂ© par MatĂ©o Troianovski, Horvath apparait comme un jeune homme « bĂ©lier » consumĂ© par l’Ɠuvre qu’il est en train de crĂ©er. Du coup la personnalitĂ© d’Hertha Pauli par contraste ne diffĂšre pas de l’ordinaire et de cette fameuse rĂ©alitĂ© qui permet de garder les pieds sur terre.

Le spectateur reste suspendu aux paroles du jeune homme qui incarne la fĂ©brilitĂ© de la jeunesse, sa vitalitĂ©. Oui, dans Horvath coulait le sang d’un rĂ©volutionnaire !

Sans doute l’auteur veut-il aussi signifier qu’Horvath Ă©tait Ă©galement un jeune homme comme les autres qui n’entendait que vivre libre. Les circonstances seraient responsables de sa rĂ©volte et de ses combats d’écrivain dont les Ă©crits ont tout de mĂȘme fait l’objet d’un autodafĂ©, un Ă©vĂ©nement absolument choquant pour un jeune dramaturge.

Nous saluons le jeu des comĂ©diens, trĂšs justes et la mise en scĂšne d’Élie RofĂ©. Sobre et fluide, elle adoucit la perception du personnage d’Horvath. De sorte que la piĂšce ne revĂȘt pas un caractĂšre didactique, elle parle aussi Ă  l’imaginaire d’une Ă©poque rĂ©volue dont nous gardons des traces grĂące notamment Ă  la musique que l’on entend au gramophone.

Le dĂ©cor, celui d’une piĂšce de vie rĂ©duite Ă  son strict minimum, bureau et vieille machine Ă  Ă©crire reflĂšte la prĂ©caritĂ© matĂ©rielle de l’écrivain mais aussi sa seule prĂ©occupation, l’écriture.

Les circonstances de la mort d’Horvath survenue le 1er Juin 1938, ajoutent encore au caractĂšre romanesque de sa vie. Lors d’une escale Ă  Paris, venant d’assister Ă  une projection de Blanche-Neige de Walt Disney (nĂ© le 5.12.1901), il est fauchĂ© par la branche d’un marronnier foudroyĂ© devant le ThĂ©Ăątre de Marigny. Faut-il que le destin soit aveugle ou ironique ?

Par sa vibrante mise en scĂšne, le spectacle donne furieusement l’envie de dĂ©couvrir ou redĂ©couvrir Horvath l’apatride dont l’engagement contre le fascisme ne peut que nous interpeller hĂ©las de nos jours.

Paroles de jeune, paroles d’aujourd’hui :

« Je ne me soucie pas de ce qui peut arriver, je me soucie seulement de ce qui ne devrait pas ĂȘtre ». « Il ne se peut pas que l’individu ne joue aucun rĂŽle. »

Eze, le 13 novembre 2021

Evelyne TrĂąn

N.B : Elie ROFE, metteur en scĂšne Ă©tait l’invitĂ© de l’émission DEUX SOUS DE SCÈNE, sur RADIO LIBERTAIRE, en 2Ăšme partie, le samedi 13 Novembre 2021, en podcast sur le site de RADIO LIBERTAIRE.

à la Comédie nation 77 Rue de Montreuil 75011 PARIS du 12 au 20 Novembre 2021, les vendredis à 19 H, les samedis à 18 H 30.




Source: Monde-libertaire.fr