Septembre 5, 2022
Par Le Monde Libertaire
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TOXIQUE de Françoise SAGAN

Mise en scĂšne : CĂ©cile Camp
InterprĂšte(s) : Christine Culerier
Adaptation : Michelle Ruivo
Création lumiÚres : Dominique Fortin
Création musicale et sonore : Victor Paimblanc
Scénographie : Eric Den Hartog

Un article bien conçu de Wikipedia cite l’épitaphe qu’avait rĂ©digĂ©e Françoise SAGAN :
« Sagan, Françoise. Fit son apparition en 1954, avec un mince roman, Bonjour tristesse, qui fut un scandale mondial. Sa disparition, aprĂšs une vie et une Ɠuvre Ă©galement agrĂ©ables et bĂąclĂ©es, ne fut un scandale que pour elle-mĂȘme. »

Il serait injuste de limiter l’Ɠuvre de Françoise SAGAN Ă  Bonjour tristesse. Le spectacle TOXIQUE nous permet de dĂ©couvrir une personne particuliĂšrement attachante. N’oublions pas qu’en dĂ©pit de sa rĂ©putation de « futilitĂ© bien assise » Françoise SAGAN signa en 1960 en pleine guerre d’AlgĂ©rie la DĂ©claration sur les droits Ă  l’insoumission qui approuve l’insoumission des appelĂ©s en AlgĂ©rie [note] . Elle signa Ă©galement le Manifeste des 343 salopes en 1968 (Pour la lĂ©galisation de l’avortement).

Nous pénétrons comme par effraction dans le journal intime de Françoise SAGAN couvrant une courte période, celle de son séjour dans une clinique de désintoxication du palfium qui lui fut administré à haute dose, aprÚs un terrible accident de voiture.
Françoise SAGAN n’avait que 22 ans mais elle Ă©tait dĂ©jĂ  SAGAN avec bonheur celui de pouvoir jouir de sa drogue la plus dure, l’écriture.

Le journal est un “Ă  mi-chemin vers la littĂ©rature”. Beaucoup d’écrivains s’y sont exercĂ©s n’ignorant pas que leurs journaux pourraient ĂȘtre publiĂ©s.

Dans ce cahier, tĂ©moin de sa rĂ©clusion forcĂ©e dans une clinique, la jeune femme avait un Ă©trange interlocuteur, le temps celui qu’on ne pense pas mais qui s’impose naturellement dans la chambre de la solitude, une solitude qu’il faut s’employer Ă  distraire sans autres bĂ©quilles que celles de sa pensĂ©e, des objets qui flottent devant soi, des moindres Ă©vĂ©nements qui prennent des proportions incroyables parce qu’ils ne tiennent qu’au regard qu’on leur porte, suspendus en quelque sorte dans le temps intrigant, parfois mĂȘme insupportable lorsqu’il rime avec ennui, insomnie, angoisse ou souffrance.
L’esprit de la jeune femme se dĂ©ploie dans ce labyrinthe avec subtilitĂ©, curiositĂ© et un vague effroi comme si elle tournait les pages d’un abyme intĂ©rieur qui exigerait d’elle qu’elle se sonde, se regarde en face sĂ©rieusement.
Mais justement la jeune femme n’est pas sĂ©rieuse, elle se prĂ©occupe davantage de la lĂ©gĂšretĂ© au sens noble du terme, celui de la libertĂ©.
« Il y avait longtemps que je n’avais pas vĂ©cu avec moi-mĂȘme » se dit-elle. Elle s’épie, « elle est une bĂȘte au fond d’elle-mĂȘme ».
Mais étonnamment, ses notes impromptues ou plus réfléchies restent dominées par un insatiable désir de vivre expressément chaque minute, fût-elle douloureuse.
Elle est un animal Ă  l’affĂ»t de n’importe quelle surprise, bonheur, rĂ©jouissance des sens.

La fermetĂ© de la voix de la comĂ©dienne Christine CULERIER, son Ă©nergie et par moments quelques intonations enfantines, donnent la mesure de ce buisson ardent que constitue ce journal de l’écrivaine Ă  22 ans, un journal susceptible de toucher cette solitude que chacun porte en soi et qui regorge de ressources pour peu qu’on l’apprivoise.

La performance de Christine CULERIER ainsi que l’accompagnement musical de Victor PAIMBLANC qui accentue la dramaturgie de ce huis clos, offrent un prodigieux instant d’intimitĂ©, voire d’éternitĂ© avec cette grande artiste Françoise SAGAN.

Evelyne TrĂąn
Le 6 Septembre 2022

A La Folie Théùtre 6, rue de la Folie Méricourt 75011 PARIS
Du jeudi 8 septembre au jeudi 29 décembre 2022, jeudi à 21 Heures.




Source: Monde-libertaire.fr