Signe de l’explosivité du dossier, ce lundi, pas moins de deux ministres du gouvernement se sont déplacées à Béthune pour participer à deux réunions. L’une avec les élus de la région et la direction de Brigestone. L’autre ensuite avec les représentants des salariés. Quelques heures plus tôt, Élisabeth Borne et Agnès Pannier-Runacher avaient pondu un communiqué commun avec le président du Conseil régional des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, pour affirmer leur désaccord avec la décision du fabricant de pneumatiques et faire monter la pression. « L’État et la Région Hauts-de-France appellent le groupe Bridgestone à prendre ses responsabilités, alors qu’il a largement désinvesti l’usine de Béthune depuis de nombreuses années… »

Mais gonfler les pectoraux, sans avoir les moyens de sa politique, peut s’avérer risqué. Peu émue, la direction a confirmé ce soir la fermeture du site. Par voie de communiqué, alors que la deuxième réunion avec les syndicats n’était pas terminée, elle a annoncé que la cessation d’activité était la « seule option ». Une déclaration qui prend aussi à rebours l’intersyndicale de Bridgestone (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, SUD, UNSA et CFTC) qui avait signé vendredi un accord de méthode avec la direction. Celui-ci prévoyait un délai de cinq mois pour envisager des scénarios alternatifs à la fermeture. Un accord qui ressemble à une manœuvre de la part de la direction à la lecture de la communication du groupe ce soir.

En tout cas, un mépris total pour les 863 salariés menacés de perdre leur emploi, et en prime, un affront pour le gouvernement dont les marges de manœuvre sont assez réduites. En dehors d’essayer de faire émerger un repreneur, ou accompagner socialement la fermeture de l’usine, il ne reste guère d’options contraignantes. De la loi Travail à la fin de l’autorisation administrative de licenciement, les gouvernements n’ont eu de cesse de réduire les restrictions faites aux entreprises. Ce, afin de créer plus de flexibilité et d’agilité. Une agilité dont les ministres vont avoir grandement besoin pour ne pas perdre la face.


Article publié le 22 Sep 2020 sur Rapportsdeforce.fr