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L’utilité du travail


L’I.N.S.E.E. s’est posé la question de savoir qui étaient les « travailleurs essentiels ». Cette question a été posée pendant le covid, mais elle se posait déjà avant pour les pouvoirs publics, d’un autre point de vue que nous bien sûr, dans le cadre de l’aménagement du territoire. Au point que la question a atterri dans une loi de février 2022 dont l’article 78 évoque « un objectif d’attributions aux demandeurs de logement exerçant une activité professionnelle qui ne peut être assurée en télétravail dans un secteur essentiel pour la continuité de la vie de la Nation ». Comme quoi cette définition qui semble théorique, qui sont les travailleurs essentiels, peut avoir des conséquences très concrètes. En Ile de France, les travailleurs et travailleuses identifié·e·s comme « clés » exercent leurs missions dans l’éducation, la santé, les transports, la sécurité ou la propreté, toutes considérées comme essentielles au bon fonctionnement du territoire. Pendant le covid, on y a inclus les travailleur·se·s du commerce alimentaire, mais exclu les enseignant·e·s, et fait d’autres aménagements. Comme quoi la question de l’utilité du travail, même sous un angle plus restreint, se pose aussi pour les gestionnaires de notre société capitaliste. L’I.N.S.E.E. a analysé leur situation. Les travailleuses et travailleurs-clés sont majoritairement des femmes. En moyenne moins bien rémunéré·e·s que l’ensemble des salarié·e·s, elles et ils sont davantage concerné·e·s par les contrats de travail à durée déterminée et les temps partiels. En particulier, en Île-de-France, le salaire médian des travailleurs et travailleuses-clés (23500 euros bruts annuels) est inférieur de 22% à celui de l’ensemble des salarié·e·s francilien·ne·s. Par ailleurs, les emplois de travailleuses et travailleurs-clés sont, en Île-de-France comme en France, davantage occupés par des personnes immigrées. Les conditions d’emploi moins favorables de ces personnes posent, dans les grandes métropoles plus qu’ailleurs, la question de l’accès au logement et des distances domicile-travail. En Île-de-France, près de 800000 actifs ou actives sont des travailleuses ou des travailleurs-clés, soit un emploi francilien sur sept. Parmi eux et elles, 29 % occupent un logement social. À l’exception de certaines professions comme médecin ou pharmacien, les travailleurs et travailleuses-clés sont globalement sur-représenté·e·s, du point de vue de leur lieu de résidence, en périphérie de Paris, en particulier en Seine-Saint-Denis et en grande couronne.

Source : blog.insee.fr, Qui sont les travailleurs essentiels ? Un enjeu en temps de crise sanitaire mais aussi pour les politiques de logement, Marie Acs, Clotilde Sarron et Mustapha Touahir, 17 mars 2022

Indépendants et pauvreté

Indépendant ne signifie rien en fait, ce sont juste des gens qui travaillent sans avoir le statut de salarié, depuis le patron d’une boîte prospère jusqu’au coursier de deliveroo. Donc, leurs revenus et conditions de vie sont très disparates. Ils et elles étaient 3 millions en 2019 (derniers chiffres exploités). Un quart d’entre eux et elles gagnait moins du SMIC annuel (au prorata du temps de travail), un peu plus d’un·e indépendant·e sur dix gagnait moins de la moitié du Smic annuel et vivait sous le seuil de pauvreté. Ce qui est un peu compliqué, c’est que les situations vont être différentes suivant la situation familiale, les allocations perçues ou non, les modes de déclaration fiscale, etc. Donc finalement, si le taux de pauvreté monétaire des indépendant·e·s est nettement plus élevé que celui des salarié·e·s, dans leur ensemble ils et elles ne sont pas plus confronté·e·s que les salarié·e·s aux privations matérielles et sociales. Comme on peut l’imaginer, la situation est plus contrastée que chez les salarié·e·s : 13% d’entre eux et elles font partie des 10% des ménages les plus pauvres contre 5% des salarié·e·s, et 25% appartiennent aux 10% des ménages les plus aisés contre 12% des salarié·e·s. Vous comprendrez donc que ça n’a aucun sens de calculer des moyennes dans cette catégorie. Les indépendant·e·s exerçant une profession de l’information des arts et des spectacles ne représentent que 3% de l’ensemble des indépendant·e·s, et ils comptent à la fois la plus forte proportion de personnes gagnant très peu (51% ont un revenu annuel inférieur à la moitié d’un Smic annuel) et de personnes vivant dans un ménage en dessous du seuil de pauvreté (28%). Les agriculteurs et agricultrices sont également très nombreux et nombreuses à avoir des revenus d’activité très bas. Rassurez-vous, les chef·fe·s d’entreprises de 10 salarié·e·s ou plus ainsi que les professions libérales perçoivent moins souvent que l’ensemble des indépendant·e·s des revenus d’activité très bas. Les femmes exerçant leur activité sous le statut d’indépendant perçoivent plus souvent de faibles revenus d’activité que les hommes (30% gagnent moins que la moitié du Smic annuel contre 26% pour les hommes). Parmi elles, 12% exercent sous le statut d’aide familial d’exploitant agricole ou de conjoint collaborateur d’artisan, de commerçant ou de professionnel libéral. En contrepartie de leur collaboration, les aides familiaux ne perçoivent aucune rémunération. Plus du tiers des indépendant·e·s de moins de 30 ans perçoivent de faibles revenus d’activité.

Source : Insee Première • n° 1884 • Janvier 2022

Les étudiant·e·s d’origine maghrébine discriminé·e·s à l’entrée de certains masters

Lorsque les étudiant·e·s en licence contactent des enseignant·e·s responsables de master pour leur demander comment candidater, ceux et celles qui portent un nom d’origine maghrébine ont 13 % moins de chances d’obtenir une réponse. Les étudiant·e·s à mobilité réduite, en revanche, ne sont pas discriminé·e·s. Pour la première fois en France, des chercheurs et chercheuses du CNRS ont mené une étude sur la discrimination au sein de l’université. Ils et elles ont envoyé par e-mail à 600 masters d’universités publiques trois demandes d’informations similaires de la part d’étudiants imaginaires. Le premier candidat porte un nom d’origine nord-africaine, le deuxième a un nom français et précise qu’il est en fauteuil roulant, le troisième porte un nom d’origine française et ne mentionne pas de handicap. Le candidat d’origine française non handicapé reçoit une réponse de la part de 70 % des responsables de masters, tandis que le candidat au nom à consonance maghrébine reçoit une réponse dans seulement 61 % des cas. Le candidat à mobilité réduite, quant à lui, reçoit 68 % de réponses, un écart avec le candidat de référence (nom français, sans handicap) jugé non significatif par les chercheurs. Une discrimination est constatée uniquement à l’entrée des masters les plus sélectifs. En droit, économie, gestion ou dans les filières scientifiques, un candidat d’origine immigrée a environ 20 % de chances en moins d’y obtenir une réponse qu’un candidat apparemment d’origine française. La fréquence maximale de traitement différencié est atteinte dans les filières juridiques. Pour comprendre les ressorts de la discrimination dans certains masters, les chercheurs et chercheuses ont mené une enquête auprès des responsables de formation sollicitées. Les discriminations ethniques sont d’autant plus fréquentes que ces dernier·e·s estiment n’avoir pas assez d’informations sur le niveau des étudiant·e·s. À défaut d’éléments suffisants pour sélectionner les meilleur·e·s, certain·e·s responsables de la sélection partent du principe que les candidat·e·s d’origine nord-africaine ont en moyenne de moins bons résultats, et se comportent comme si c’était le cas de toutes et tous.

Source : Observatoire des inégalités, 15 mars 2022




Source: Oclibertaire.lautre.net