Janvier 12, 2023
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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Le groupe de l’UCL Fougères (Ille-et-Vilaine) à su créer une réelle dynamique militante et libertaire autour de locaux associatifs, et d’associations d’entraide et d’éducation populaire.

Constitué en 2016, le groupe UCL Fougères (Alternative libertaire au départ) n’a cessé de se développer pour atteindre une douzaine d’adhérent·es au niveau fédéral ainsi qu’une dizaine de sympathisants et sympathisantes actives localement.

Ce chiffre peut surprendre pour une agglomération de seulement 40 000 habitant·es, sans réelle présence étudiante et à proximité de Rennes, qui pourrait avoir tendance à « aspirer » les initiatives militantes.

Une des raisons de ce résultat s’explique sans doute en partie par certaines caractéristiques inhérentes : une ville historiquement ouvrière et qui demeure fortement marquée par la précarité.

Mais le contexte ne suffit pas, il nous faut analyser l’implantation locale et les modalités d’action du groupe pour identifier les ressorts d’un tel engouement local pour le communisme libertaire.

Une ville ouvrière historique

Dès sa constitution, le groupe local se coordonne avec d’autres libertaires pour créer une association : « Les Oiseaux de la Tempête » (« nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce » est une citation/avertissement de Voltairine de Cleyre pour le martyr August Spies, anarchiste exécuté en toute illégalité après les émeutes de Haymarket Square en 1887), qui se donne pour objectif l’ouverture du Centre Social Autogéré Fougerais (CSAF).

Le premier espace, un ancien local de restauration en location, ouvre le 1er mai 2017 après pas mal de réunions et une belle quantité de travaux. Situé en centre-ville, il devient rapidement un point de chute idéal pour se retrouver et s’organiser.


Manon et Pierre (CSAF)

Un réseau de solidarité qui fédère les contre-pouvoirs

Un second espace, « l’Atelier », est accessible depuis 2019. Plus excentré, il est aussi plus grand et peut accueillir des évènements publics (comme le Congrès de l’UCL).

D’autres espaces sont en cours de travaux : salle de réunion, jardin collectif. Avec l’Atelier, ils ont en commun d’être fournis par des adhérent·es propriétaires qui mettent une partie de leur bien à la disposition du collectif. Ce faisant l’association dispose d’un véritable maillage d’espaces sur le territoire qui lui permet de démultiplier ses champs d’intervention.

Ces lieux sont des espaces politiques, sociaux et culturels, de solidarité, de lutte contre les discriminations, de rencontres et d’échanges non marchands, mais aussi d’exercice de l’autogestion.

Ainsi le CSAF propose des actions culturelles et d’éducation populaire (colonies de vacances, activités autour du livre, conférences gesticulées, concerts, projections, ateliers artistiques, chorales, etc.).

L’association fournit également des espaces d’auto-organisation des luttes pour des groupe spécifiques : UCL, groupe LGBTI, groupe féministe, Crip cafés (espace de réflexions anti-validiste), mouvement kurde.

Enfin, elle sert de base pour la gestion collective de l’entraide et de la solidarité locale (récup’ et distrib’ alimentaire, cantine pop’, aide administrative, groupes de parole, échange de savoirs et mutualisation de matériel)

L’association fonctionne avec une Assemblée Générale mixte par mois, ouverte à toutes et tous, où l’on gère la vie de l’association, ses projets et où on participe aux mandats de fonctionnement. Il y a aussi une AG non mixte sans hommes cis. L’association ne touche aucune subvention et vit grâce au prix libre et aux cotisations.

Il y a aujourd’hui une centaine d’adhérent·es dont entre 20 et 30 présent·es en AG tous les mois.

Unir les contre-pouvoirs

Avec l’UCL nous diffusons notre projet de société, nos idées, nous animons des débats, nous participons à l’animation des campagnes fédérales, nous militons pour la mise en lien de chaque contre-pouvoir sur la ville, nous soutenons les luttes, nous défendons des causes internationales comme celle de la gauche kurde, notamment au sein du réseau Serhildan.

Nos militant·es s’impliquent dans le Groupe Féministe de Fougères (GFF), dans la CGT où nous avons créé un comité chômeurs, chômeuses et précaires, et dans le CSAF. Le fait que le groupe ait de multiples investissements est un atout, puisque dans ces espaces nous commençons à développer un véritable réseau local de solidarité, de résistance et d’expérimentation sociale avec comme perspective une fédéralisation des contre-pouvoirs et une émancipation collective.

Ainsi le CSAF a pu mettre en place des caisses de grèves distribuées aux enseignantes et enseignants, aux personnels de l’hôpital, aux postier et postières et dernièrement aux agents du service des eaux.

Le GFF cherche à coordonner un évènement commun avec les syndicats et les associations en vue du 8 mars (une première à Fougères).

Le comité chômeurs, chômeuses précaires de la CGT milite, au-delà de son action spécifique, pour développer les liens interprofessionnels, les pratiques autogestionnaires et de démocratie directe, avec une volonté d’activités sociales.

une centaine de personnes avec nos idées et pratiques

L’impact de notre action dans la ville est décuplé par le CSAF qui par son fonctionnement, ses pratiques, ses valeurs et son ouverture est une véritable caisse de résonance. C’est un soft power libertaire redoutablement efficace. Il permet d’impliquer des inorganisé·es rétifs aux cadres militants traditionnels, de conscientiser des individus à l’origine très éloignés de notre idéologie, de servir de base arrière d’organisation et d’élargir considérablement notre base de sympathisants et sympathisantes, notre influence, et par là de renforcer à terme l’organisation spécifique par l’apport de forces vives et de retours d’expériences.

Ce ne sont plus seulement douze militantes et militants UCL, mais une centaine de personnes qui diffusent les idées et pratiques communistes libertaires dans leurs réseaux (collègues, ami·es…). Les activités qui y sont développées permettent aussi de répondre aux besoins fondamentaux de notre classe et c’est désormais dans ce type d’espace que naît une solidarité de classe. Nous avons la volonté d’associer à cette dynamique l’union locale CGT, bien implantée, forte de 400 adhérentes et adhérents, et qui complète l’action du CSAF sur le volet de la lutte dans les entreprises.

On peut imaginer pour plus tard que n’importe lequel de ces locaux puisse être un lieu d’organisation des luttes syndicales et sociales, et surtout des lieux de vie sociale et démocratique. Et qui sait, au bout, peut-être, la Commune de Fougères  !

UCL Fougères




Source: Unioncommunistelibertaire.org