Un article de Martina Gomes paru sur le site Contretemps : Une vague de mobilisations éclate au milieu du chaos produit par
l’incapacité des gouvernants à arrêter le Covid-19. Le plus grand groupe
à risque est la population racialisée et, au sein de celle-ci, les
femmes et les LGBTI+. Ce «groupe à risque» est constitué chaque jour par
un système d’exclusion sociale qui trouve ses fondements dans une
logique raciste et misogyne.
La propagation du virus dans le monde
entier a entraîné le dévoilement des inégalités dans toute leur
complexité, en particulier le facteur qui détermine qui ne peut plus
respirer après la contagion : la couleur de
la peau ! Plus les idées des dirigeants sont fascistes, moins nous, les
Noirs et les gens de couleur, pouvons respirer ou, autrement dit,
survivre. La radicalité du projet qui se met en place dans des pays comme le Brésil et les États-Unis a provoqué en réaction la plus grande vague de lutte antiraciste des dernières décennies dans le monde.
Les dangers de l’irruption : le poids de la structure raciste et les privilèges de la blancheur!
Le
combat « justice pour George Floyd » est devenu un symbole mondial de
la résistance pour la vie au milieu de la pandémie et a fait reculer
Trump dans l’utilisation aveugle des forces de sécurité nationales,
l’isolant face aux autres institutions du pays. Cela fait déjà plus de 2
semaines de manifestations ininterrompues avec des millions de
personnes dans les rues de tous les États-Unis, défiant le couvre-feu et
le virus lui-même. Si le meurtre raciste de George Floyd a été la mèche
de la survie dans le monde entier, nous ne pouvons pas nous leurrer :
seul l’affrontement avec le racisme peut garantir une vie digne à tous :
Noirs et Blancs.
Nous devons porter cette déclaration jusqu’à ses
conséquences ultimes. Ce n’est pas seulement une lutte pour la prise de
parole, ou pour une meilleure image. C’est le combat pour la conscience
de ceux et celles qui se proposent courageusement d’affronter ces
gouvernements. Par conséquent, la capacité d’agir des Noirs dans les
manifestations doit être considérée par les organisations comme une
nécessité stratégique pour élargir nos mobilisations.
Il est
important de noter qu’une des conséquences de l’affirmation selon
laquelle le racisme est quelque chose de structurel, en particulier au
Brésil, le pays le plus noir en dehors de l’Afrique, c’est que les
structures de la blanchité sont à l’œuvre dans tous les aspects de la
vie sociale. Et, malheureusement, la lutte politique, même celle menée
par les organisations de gauche, est aussi sous la pression de ces
structures. Il n’y a pas de vaccins qui immunisent du racisme, mais il
est nécessaire de construire un programme et une pratique radicalement
anticapitalistes et antiracistes.
Ainsi, face à toutes les
contradictions existantes, nous ne pouvons pas courir le risque
d’escamoter la question raciale, une fois reconnu que l’antifascisme,
dans le pays du mythe de la démocratie raciale, comprend nécessairement
dans son programme la lutte antiraciste. En ce sens, nous ne devons pas
hésiter : nous devons accorder l’importance nécessaire et donner la
priorité à la lutte contre l’oppression raciale en ce moment historique.
Aucune vie n’aura de valeur tant que la valeur de la vie des Noirs sera
niée.
#VidasNegrasImportam en premier lieu !
Contrairement
à ce que la logique du racisme tente d’inculquer de tout temps aux
travailleurs et travailleuses, en intensifiant au maximum la lutte pour
la vie des Noirs, nous nous battons pour nous tous. Le capitalisme en
crise, qui tente une fois de plus de se réinventer, promet d’être encore
plus violent dans sa dynamique raciale de surexploitation et de
génocide des couches noires à travers le monde. Mais contrairement à ce
que certains peuvent penser, ce problème n’est pas l’apanage des Noirs :
ils tuent des Noirs et des gens de couleur à la pointe de leur fusil
par milliers chaque mois au Brésil [entre autres par l’action de la
police militaire et des milices dans les quartiers déshérités],
précisément pour maintenir le reste de la population dans un régime de
travail ultra-flexible. La mort de l’homme noir est une menace pour
l’homme blanc.
Le cri «A Vida dos Negros Importam» (« La vie des
Noirs compte ») s’affirme comme la lutte la plus cohérente pour la vie
et la démocratie au Brésil. Cette idée est-elle très puissante et
subversive ? Oui ! Au pays du mythe de la démocratie raciale, de
l’harmonie fallacieuse entre esclaves et maîtres, voir l’unification des
Blancs et des Noirs en faveur de la vie noire, c’est dire que nous ne
croyons plus à ce mensonge. Cette conclusion est urgente !
À
l’image des actions initiées aux Etats-Unis, des manifestants ont
renversé samedi dernier, 6 juin, à Bristol, en Angleterre, la statue
d’Edward Colston (1636-1721), largement responsable de la traite des
Africains réduits en esclavage et déplacés aux Amériques. Ce fait est
emblématique du potentiel de mobilisation des Noirs. Ce sont des
manifestants multiraciaux qui se dirigent vers le renversement d’une des
bases matérielles du capitalisme dans toutes les parties du monde. Il y
a encore beaucoup de statues de cette société raciste à renverser !
L’élimination
du racisme est l’une des dimensions fondamentales de l’antifascisme.
Dans le pays qui tue le plus de Noirs au monde, donner toute sa place à
la lutte antiraciste c’est manifester une intransigeance antifasciste.
Martina Gomes
Article publié sur le site Esquerda online, le 8 juin 2020; traduction par A l’Encontre, révisée par Contretemps.

Article publié le 12 Juin 2020 sur Ucl-saguenay.blogspot.com