Octobre 3, 2022
Par Contre Attaque
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Le candidat de gauche Lula est en tête, mais c’est le fascisme et l’obscurantisme qui triomphent


Le Brésil est un pays de la démesure. Un territoire immense, grand comme 17 fois la France, deux fois plus vaste que l’Union Européenne. Une nation de 212 millions d’habitants, riche de ressources et couvert par l’Amazonie, la plus grande forêt tropicale du monde.

Si vous voulez un aperçu du chaos créé par le capitalisme, regardez le Brésil. Le pays concentre les inégalités les plus criantes. Il a été fondé dans le sang, par le vol de terres de la part des colons, par le viol et l’esclavage de masse. Le Brésil est le pays qui a importé le plus d’esclaves d’Afrique durant la traite, et celui qui fut le dernier à abolir l’esclavage en 1888. Les grand-parents de nombreux brésiliens afro-descendants sont nés esclaves !

Le Brésil est un pays de milices et de milliardaires, de favelas et de quartiers riches protégés par des militaires. Un pays de grands propriétaires terriens qui détruisent la forêt pour développer l’agriculture intensive. Le pays le plus métissé du monde, mais qui est gouverné depuis 4 ans par un fasciste. Car en 2018, c’est Jair Bolsonaro, ancien militaire, nostalgique de la dictature, grossier, raciste, sexiste qui a conquis le pouvoir. Sa devise ? Les «trois B» : Bible, Balles, Bœuf. La religion, la militarisation, l’agriculture industrielle.

Durant son mandat Bolsonaro a détruit tous les équilibres fragiles du Brésil. Il a, par exemple, littéralement supprimé les retraites et les minimas sociaux. Il a démantelé l’inspection du travail, provoquant le retour de formes d’esclavagisme et l’exploitation d’enfants. Cassé les maigres protections de l’environnement. Détruit le système de santé. 700.000 personnes sont mortes du Covid dans le pays, un tiers des habitants est en insécurité alimentaire, la mendicité explose. Bolsonaro a militarisé massivement la société, en autorisant largement le port d’arme, s’alignant sur le modèle Etats-Unien. Un chiffre vertigineux : 6.400 personnes tuées par la police brésilienne en 2020. Plus de 20 crimes d’État par jour, des massacres lors d’opérations spéciales des «troupes de choc» dans les favelas. Enfin, Bolsonaro a arrosé d’argent les églises évangélistes, qui organisent de grand shows religieux en diffusant des messages politiques réactionnaires.

Dans ce contexte, les observateurs considéraient Bolsonaro, ce président imbécile et grossier qui zozote et se filme en tongs sur Facebook, comme un «accident de l’histoire». Il avait gagné par défaut, en pleine crise politique et sur fond de scandales de corruption, alors que le leader de gauche, l’ancien président Lula, était en prison. La campagne de 2022, pensait-on, était jouée d’avance : Lula devait gagner dès le premier tour. Quant à Bolsonaro, les sondages le donnaient à moins de 20% des voix il y a encore quelques semaines.

La campagne fut ignoble, faite de diffamations, de fake news et de violences. Il y a un mois, un militant du Parti des Travailleurs de Lula était tué devant un bar par un policier pro-Bolsonaro. Le président d’extrême droite n’a pas cessé de menacer de ne pas reconnaître le résultat du scrutin et des rumeurs d’un coup d’État de l’armée soutenu par de grandes entreprises circulaient. Dimanche 2 octobre, Lula est arrivé à la porte du second tour, avec 48% des voix. Bolsonaro a remporté 43% des suffrages, 1,5 million de plus qu’en 2018. 20 points de plus que ne le mesuraient les sondages. C’est le choc.

Pourtant, le camp Lula avait fortement modéré son discours. Il avait même choisi un vice président, très religieux, proche de la droite et lié à l’Opus Dei, afin de séduire l’électorat conservateur. Lula avait négocié avec des centristes néolibéraux pour fabriquer un programme plus que timide. Son objectif affiché : «revenir à la normale», après Bolsonaro. Comme dans le reste du monde, le projet de la gauche n’est plus la transformation sociale et encore moins la révolution, c’est de revenir à une situation moins sauvage et fasciste qu’avant. Pas de quoi faire rêver.

Au Brésil, Lula fait l’objet d’un véritable culte de la personnalité. À gauche, cet ancien président âgé de 76 ans est vu comme un Dieu vivant. Ancien ouvrier, syndicaliste issu du peuple du Nordeste, une région pauvre, il a été massivement soutenu durant son incarcération. Et pourtant, ce dimanche, il est talonné de près par Bolsonaro qui vient de faire subir au Brésil quatre années d’horreur. Autrement dit : n’importe quel autre candidat de gauche que Lula aurait été balayé, et Bolsonaro aurait sans doute été réélu dès le premier tour. Au second tour, Lula va probablement l’emporter, mais pour l’instant c’est l’extrême droite qui triomphe. Car l’élection ne désigne pas que le président, mais aussi les députés, sénateurs et les gouverneurs qui dirigeront les États.

Le pays est coupé en deux : au Sud, où se concentrent les populations riches et blanches, c’est Bolsonaro qui domine. Au Nord, pauvre et noir ou métissé, on vote Lula. Mais globalement, les fascistes créent la surprise. Le candidat Claudio Castro, gouverneur d’extrême droite de Rio, accusé de corruption et de massacres dans les favelas, est vainqueur dès le premier tour. La ministre de l’agriculture de Bolsonaro est élue sénatrice du Mato Grosso. Le bolsonarisme va rester au cœur des institutions et s’ancrer durablement au Brésil.

Et maintenant ? C’est le scénario redouté qui s’annonce. Il reste un mois entre le premier et le second tour. Quatre semaines dans l’inconnu, un laps de temps très élevé, à cause de la taille du pays. C’est donc une nouvelle campagne qui commence, et Bolsonaro va y lancer toutes ses forces. Cela risque d’être extrêmement violent, dans les discours comme dans les actes. Les fanatiques de Bolsonaro, emmenés par les églises évangélistes illuminées qui répètent à leurs millions de fidèles que Lula est la réincarnation du diable, et Bolsonaro un envoyé de Dieu, risquent d’utiliser la violence. Le second tour aura lieu dimanche 30 octobre. Sauf séisme total, Lula devrait l’emporter. Mais le camp fasciste va-t-il laisser le pouvoir ? En cas de défaite, Bolsonaro risque la prison, car il est visé par de nombreuses affaires criminelles. Va-t-il tenter un coup d’État sur le modèle Trumpiste ? Ou provoquer des troubles qui permettrait un état d’urgence qui le maintiendrait au pouvoir ? Tout est possible, dans la folie ambiante.

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Source: Contre-attaque.net