Ces deux derniĂšres annĂ©es ont Ă©tĂ© riches d’enseignements.

On a pu constater Ă  quel point une bonne part du monde syndical Ă©tait lepĂ©nisĂ© Ă  stalinien, en s’engageant massivement aux cĂŽtĂ©s de ce mouvement d’extrĂȘme droite, notamment avec le syndicat de droite lepĂ©nisĂ©e FO et les catholiques de Sud Solidaires mais aussi une partie, relative, de la CGT.

On a pu constater comment le collectif pouvait ĂȘtre convoquĂ© pour la dĂ©fense d’intĂ©rĂȘts corporatistes, notamment avec la RATP qui hurlait un “tous ensemble” pour dĂ©fendre ses petits intĂ©rĂȘts personnels. Mais Ă©galement le corps professoral, qui lui aussi a convoquĂ© le collectif, le “tous ensemble”, pour dĂ©fendre ses intĂ©rĂȘts catĂ©goriels.

On a vu Ă  quel point tout ce beau monde Ă©tait totalement indiffĂ©rent au sort de ceux qui ont des carriĂšres Ă  trous, bĂ©nĂ©ficiaires d’une retraite universelle mal ficelĂ©e mais parlant de millions de cas particuliers bien rĂ©els.

On a vu des pompiers chouardiens et lepénistes lutter pour leur minuscule corporation.

On a vu finalement le Public mépriser le sort du Privé et celui des femmes peu diplÎmées.

On a vu la rĂ©pĂ©tition d’une Ă©niĂšme dĂ©faite collective convoquĂ©e sous le sceau du collectif pour des intĂ©rĂȘts particuliers.

On a assistĂ© finalement Ă  une implosion du salariat en deux camps bien distincts. Ceux aux carriĂšres sĂ©curisĂ©es et ceux dont l’existence n’est qu’insĂ©curitĂ©.

On a vu la question de la retraite, qui fut un Ă©lĂ©ment d’union trĂšs large en 2010, signer une dĂ©faite majeure noyĂ©e sous la division.

On a vu une indifférence de tous cÎtés, aux millions de chÎmeurs et de précaires, aux neufs millions de pauvres comptabilisés officiellement.

On a vu les couches religieuses en Gilet aggraver encore l’écart entre les travailleurs pauvres avec emploi et les travailleurs pauvres sans emploi, rĂ©alisant ainsi Ă  la perfection une sociĂ©tĂ© Ă©tirĂ©e Ă  son maximum dans sa verticalitĂ© tel que Dieu en avait rĂȘvĂ©.

On a vu aussi à quel point la question du logement et de son accÚs était totalement évacuée par nos valeureux lutteurs du public, qui sont beaucoup moins frappés par la violence de la bulle immobiliÚre et la ghettoïsation sociale et spatiale.

On a compris Ă  quel point l’idĂ©e de retraite qui fut un acquis majeur au milieu du 20e siĂšcle Ă©tait devenu un facteur majeur de division et de dĂ©faite.

On a vu tout ce petit monde totalement incapable de rĂ©clamer, d’exiger et d’imposer des revenus pour tous et toutes tout au long de son existence, quel que puisse ĂȘtre son parcours personnel.

On a vu finalement la défaite définitive du principe de cotisation, qui exclue de fait les millions qui ne peuvent cotiser.

On a vu Ă  quel point l’idĂ©e de Retraite Ă©tait canonisĂ©e et mythifiĂ©e Ă  la maniĂšre d’un petit paradis illusoire Ă  la suite d’une vie de souffrance au travail.

On a compris que le monde syndical, travailliste et si raisonnable, jouait clairement dans le camp du patronat par sa nullité sincÚre.

On a compris que les 32 heures réclamées par la CGT sont une éniÚme défense de la bureaucratie au but de conserver en place les structures.

On a compris que le syndicat pourtant le plus combattif, se situait beaucoup plus Ă  droite que le programme d’un Hamon, pourtant loin d’ĂȘtre rĂ©volutionnaire.

On a compris que la Retraite ne pourra plus mettre dans la rue des millions de travailleurs et qu’il va falloir trouver autre chose.

On a compris que ceux qui crient unité ne jouent que dans le camp de la désunion. On a compris à quel point cette société avait exacerbé les individualismes et surtout les égoïsmes, à quel point la 5e République si corporatiste en avait eu pour son argent.

On a compris que la défaite en chantant se fredonne désormais avec une chanson à boire imaginée par des pochtrons en jaune.

On a compris que tous les syndicats jouent pour la conservation des structures et qu’ils ne pourront plus mobiliser en masse.

On a enfin compris, en creusant un trou puis en touchant le fond et en creusant de nouveau un trou, pour toucher Ă  nouveau le fond, qu’il va falloir trouver autre chose sous peine de continuer Ă  dĂ©visser et Ă  dĂ©visser encore en chantant “On est là”.

Tous les pauvres et les prĂ©caires ont compris que jamais ils n’iront se mĂȘler Ă  ces luttes de fonctionnaires et de la gauche syndicale tant que tout ce beau monde fera comme si les neuf millions de pauvres n’existaient pas, comme si les banlieues n’existaient pas.

Vous avez tous Ă©tĂ© rĂ©pugnants, bravo Ă  tout le monde, c’est une opĂ©ration parfaitement rĂ©ussie
 pour le patronat.


Article publié le 29 Sep 2020 sur Lesenrages-antifa.fr