Août 3, 2022
Par Campagne BDS France
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Des conventions politiques contractuelles obligent les réalisateurs à ignorer l’apartheid et le nettoyage ethnique.

Date d’origine : 01/08/2022
Auteur : Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel (PACBI)
Traduit par : CG

La Campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (PACBI) appelle toutes les institutions du cinéma, y compris les festivals, les cinémas et les distributeurs internationaux, à boycotter les films subventionnés à partir de 2022 par le projet Cinéma Israël de la Fondation Yehoshua Rabinovich pour les Arts.

Comme le révèle la fuite d’une copie de son contrat, le Projet Cinéma de Rabinovich, le plus large Fonds cinématographique de l’Israël de l’apartheid pratique la censure, attachant des conditions politiques flagrantes à ses subventions. Il oblige les producteurs de film à omettre dans leurs films toute mention du système d’apartheid d’Israël et du nettoyage ethnique inhérent à sa fondation.

Des organisations majeures de défense des droits humains incluant Amnesty International, Human Rights Watch, et la plus grande organisation de cette sorte en Israël, B’Tselem, ont confirmé l’analyse faite depuis longtemps par les Palestiniens, les Sud-Africains, les experts juridiques et beaucoup d’autres, à savoir qu’Israël est un régime d’apartheid.

Israël a été établi « comme un régime de suprématie juive du Jourdain à la Méditerranée », comme le décrit B’Tselem, grâce à une campagne déterminée de nettoyage ethnique connue comme la Nakba. Commençant en 1947, avec une escalade en 1948, des milices sonistes et plus tard l’Etat d’Israël, ont violemment détruit plus de cinq cents villes et villages palestiniens, forçant la plupart des Palestiniens autochtones à l’exil comme réfugiés et déniant leur droit, stipulé par les Nations Unies, au retour. 

En imposant qu’un producteur de cinéma israélien cherchant une subvention du Projet ne doit pas représenter sur l’écran la perpétration par Israël de l’apartheid et du nettoyage ethnique, la Fondation Rabinovich conditionne sa subvention à la protection d’Israël de tout examen international et de toute reddition de comptes. 

Les directives de BDS pour le boycott culturel international d’Israël – établies par PACBI et approuvées grâce à un consensus démocratique par la société civile palestinienne – rejettent la censure et soutiennent la liberté d’expression. BDS cible strictement des institutions, pas des individus, pour leur complicité avec le régime d’oppression contre les Palestiniens, vieux de plusieurs décennies, en Israël. Le contenu même d’un produit culturel, y compris d’un film, n’est pas pertinent pour déterminer s’il est ou non boycottable selon les directives de BDS.

En accord avec ces directives, les films israéliens qui reçoivent une subvention de l’Etat — telle que celle du Projet Cinéma de Rabinovich qui est soutenu par le ministre israélien de la culture — dans le cadre du droit de tout citoyen israélien individuel en tant que contribuable ne sont pas boycottables, sauf si cette subvention est « attachée à des cordes politiques ». Ces cordes « se réfèrent spécifiquement à des conditions qui obligent le récipiendaire d’une subvention à servir directement ou indirectement au changement d’image ou à des efforts de propagande du gouvernement d’Israël ou d’une institution complice ». Si de telles conditions politiques sont attachées à la subvention, le film en question devient clairement complice du blanchiment par l’art du système colonial et d’apartheid d’Israël, contribuant à ses tentatives pour obscurcir ou désinfecter cette réalité.

Dans le cas du Projet Cinéma Israël de la Fondation Yehoshua Rabinovich, ces cordes politiques sont maintenant une question de fait indéniable, au moins depuis 2022. Puisque des Palestiniens avec la citoyenneté israélienne cherchent aussi à obtenir une subvention du Fonds cinématographique le plus vaste de l’Etat pour leurs projets, comme ils ont le droit de le faire en tant que contribuables, ces conditions contractuelles sont aussi sans vergogne racistes. Forcer les récipiendaires palestiniens à prêter un serment de loyauté à un Etat suprémaciste juif qui dénie leur existence nationale même en tant que peuple autochtone est au-delà du racisme.

Des films produits avec le soutien d’autres fonds cinématographiques d’Etat israéliens majeurs doivent continuer à être considérés sur une base du cas par cas pour examiner soigneusement si des cordes politiques y sont attachées. Faire campagne ou non pour le boycott des films subventionnés par le Fonds Rabinovich est une question de stratégie et de sensibilité au contexte qui est distincte de celle de déterminer si de tels films sont boycottables. PACBI accueille les demandes de renseignement des partenaires et des supporters de BDS.

Un exemple supplémentaire de la complicité de la Fondation Rabinovich dans le régime d’occupation militaire, d’apartheid et de colonialisme de peuplement d’Israël est son soutien affiché au Festival cinématographique dit de Samarie. Selon les médias israéliens, les deux directeurs les plus importants de la fondation « ont mis un point d’honneur à assister » au festival à Ariel, une colonie illégale en Cisjordanie palestinienne occupée, provoquant un boycott du fonds de la part de plusieurs réalisateurs israéliens. D’autres figures majeures du secteur cinématographique et télévisuel complices d’Israël ont aussi rejoint le festival, comme l’a fait l’actuel ministre raciste de la culture.

Il y a un soutien croissant chez les professionnels du cinéma pour des mesures effectives afin d’imposer à l’Israël de l’apartheid contre les Palestiniens de rendre des comptes. Des stars d’Hollywood, des directeurs cinématographiques de premier plan, des réalisateurs queers et beaucoup d’autres ont pris des positions de principe en approuvant l’appel palestinien à des mesures effectives pour garantir que le régime d’apartheid d’Israël rende des comptes.

En réponse à l’invasion illégale de l’Ukraine par la Russie, alors vieille de quelques jours, l’Académie européenne du film a été l’une des nombreuses institutions cinématographiques d’Occident à boycotter tous les films russes sur la base fragile – et même xénophobe – de l’identité du réalisateur en tant que russe. Ces boycotts discriminatoires sont à l’opposé des directives nauancées et éthiques de BDS pour le boycott culturel international d’Israël. Les Palestiniens ne demandent pas à Israël à être traités comme un cas spécial. L’opposé est vrai. Israël ne devrait pas être exceptionalisé. Il faut mettre fin à ce double standard d’une hypocrisie flagrante.

Inspiré par la solidarité internationale qui a aidé à mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud et par les boycotts adoptés par le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, et enraciné dans des décennies de résistance populaire palestinienne, le mouvement non-violent BDS promeut des campagnes stratégiques pour contester la complicité internationale avec le régime d’apartheid d’Israël. Ses objectifs sont de mettre fin à l’occupation militaire d’Israël des terres palestiniennes (et syriennes) occupées depuis 1967, d’obtenir la pleine égalité pour les Palestiniens avec citoyenneté israélienne et le droit au retour pour les réfugiés palestiniens.

PACBI est membre fondateur du Comité national de Boycott, désinvestissement et sanctions (BNC), la plus grande coalition de la société palestinienne qui dirige le mouvement global BDS. Pour toute demande de renseignement, envoyez-nous un e-mail : [email protected] 

Rabinovich Foundation




Source: Bdsfrance.org