Mai 30, 2021
Par La Mouette Enragée
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Boulogne sur Mer : 

La Commune n’est pas morte,

Gare ! À la Revanche…

C’est l’artiste, c’est le bohème
Qui sans souffler rime rêveur,
Un sonnet à celle qu’il aime
Trompant l’estomac par le cœur.

C’est la Canaille, et bien j’en suis.*

Les artistes ce sont ceux du collectif Occupation Channel de Calais qui ont porté haut les faits et gestes de ceux pour qui tout était fini  le 29 mai 1871 après « la semaine sanglante » : les Communards.

Ce même 29 mai 1871 était le premier jour de déchaînement haineux de la bourgeoisie, des monarchistes, des bonapartistes, de l’Église ; de cette coalition  qui aujourd’hui encore mène la vie dure à un prolétariat à l’apparence domestiqué.

C’est ce qu’ont voulu rappeler les quelques dizaines de miltant-e-s à la manifestation de ce samedi matin. Qu’il s’agisse de syndicalistes, de membres de partis, d’individus concernés ou de La Mouette Enragée, le cortège se composait de mouvements se reconnaissant dans l’œuvre politique de La Commune.

40 personnes sur 40 000 Boulonnais en 2021, c’est cent fois moins que le ratio Communards/Parisiens en 1871. D‘un 29 mai l’autre, 150 ans d’occultation et le dénigrement ont fait leur œuvre ; raison de plus pour s’armer pour la revanche !

Une conquête sociale

Il n’était donc pas inutile de rappeler ici, dans la rue à Boulogne-sur-Mer, que bien des conquêtes sociales ultérieures ont été concrètement mises en œuvre à Paris au cours des soixante-douze jours de révolution sociale qu’a duré la Commune de Paris. Dans son programme daté du 19 avril 1871, le Conseil de la Commune déclare : « La Révolution communale, commencée par l’initiative populaire du 18 mars ( date de naissance de La Commune ),inaugure une ère nouvelle de politique expérimentale, positive, scientifique (…). » Dans les faits, la Commune crée une dispense du paiement des loyers entre octobre 1870 et avril 1871, une réquisition des logements vacants pour les sinistrés du siège de Paris par les Prussiens,  interdit le travail de nuit dans les boulangeries et instaure progressivement la journée de travail limitée à 10 heures  dans certains ateliers, elle interdit aussi les amendes patronales et retenues sur salaire dans les entreprises et les administrations publiques. Pour éviter « le dumping social », un salaire minimum est institué. Autre innovation : l’égalité hommes-femmes, légitimité des enfants reconnus, mixité dans écoles et la citoyenneté est ouverte aux étrangers…

La Commune c’est la séparation de l’Église et de l’État. Le gouvernement repose sur une forme d’autogestion de la société par 10 commissions ( exécutive, militaire ‒ eh oui !, Paris ne s’est pas couchée devant et avec l’envahisseur prussien  ‒,  subsistances, finances, justice, travail, sûreté, industrie et échanges, services publics et enseignement ). Ses membres sont élus sous mandat impératif et révocables à tout moment.

Toutes ces conquêtes ont été évoquées, vécues, chantées et réactualisées au travers des tableaux présentés par les comédiens, les musiciens et qui voulaient en être, du jardin ds la sous-préfecture au théâtre en passant par le crédit municipal et l’ incontournable rue Thiers.

Un bourreau

Non seulement Adolphe Thiers a aboli les avancées sociales de la Commune, mais il s’est ingénié à faire payer aux Communards survivants de la semaine sanglante le prix fort de leurs aspirations à la démocratie directe et leur esprit partageux.

C’est sous la forme d’une interview moderne que les intermittents d’Occupation Channel ont livré les pensées de Thiers, utilisant ses propres citations.

Et de rappeler que  de massacres en exécutions systématiques, la presque totalité des Communards, hommes, femmes, enfants… ont été massacrés.

Et puis rappelons aussi que des milliers de prisonniers fédérés furent transférés ‒ dans des wagons à bestiaux ‒ dans les ports de Brest, Lorient, Cherbourg  ou Rochefort pour être déportés en Nouvelle Calédonie notamment. La plupart y moururent, parfois même avant d’arriver au bagne, comme les esclaves sur les bateaux négriers auparavant.

Aucun remord et même de la suffisance, de l’arrogance et du mépris dans les propos de Thiers. Le ton normal de la classe dominante.

IndéBOULONNable ?

Le nom de Thiers a motivé l’UIL Solidaires Boulogne-sur-mer à intituler son appel**: « Adolphe Thiers était un boucher royaliste. Pourquoi la mairie de Boulogne-sur-mer refuse-telle de renommer cette rue ? »

Et de le terminer par : À  Boulogne-sur-mer, Thiers est encore une personnalité mise en valeur, tout comme un autre boucher, Bonaparte. Pourquoi ?

C’est précisément ce 5 mai que tombait le bicentenaire de la mort de Bonaparte. Celui-là même qui fait partie des héros du « roman national » et local… Les réponses sont souvent dans les questions qui ne se posent pas.

La Mouette enragée ne s’est pas associée à cette requête considérant que la décence exige qu’on ne demande pas, poliment et en se justifiant, à des édiles de choisir leur camp. Quand la colonne Vendôme a été abattue, voilà comment la Commune a exprimé sa décision :   « La Commune de Paris considère que la colonne impériale de la Place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République : la fraternité ! »

Qu’ajouter ?

En tout cas cette mémoire qui nous inspire, nous les quelques héritiers lucides de cette expérience in vivo d’une émancipation prolétarienne qui a su dépasser les partis et les chapelles, se débarrasser des carrières et de la gloriole, redonner sens à l’engagement politique dans le verbe et dans l’acte ; nous espérons que les quarante canailles que nous étions, retrouverons ce même état d’esprit et ce supplément d’âme « quand tous les pauvres s’y mettront ».

* tiré de La Canaille Paroles et musique de J. Darcier et J.B. Clément (1871).

** Co-signé par Occupation Channel, ATTAC du Boulonnais, LDH Boulogne, France Insoumise, Parti de Gauche, PCF.

Boulogne-sur-mer, le 30/05/2021



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Source: Lamouetteenragee.noblogs.org