Nous relayons cet appel singulier de Bure à un week-end contre le nucléaire (tout le temps) et la mixité (cette fois-là). Cela se passera les 21 et 22 septembre et le programme se trouve là, la liste des invités est à découvrir ci-dessous.

[Il y a normalement un teaser musical qui accompagne l’invitation mais pour des raisons techniques nous n’avons pas été en mesure de l’intégrer à l’article. Vous le retrouverez de toutes façons ici.]

tu habites en Meuse

tu en as marre de recevoir le journal de l’ANDRA qui essaye de te faire accepter son projet

mortifère

tu fais des cauchemars de catastrophe meurtrière

tu as peur d’avoir des enfants à cause de la radioactivité dans l’air

tu n’as pas envie que des trains de cargaison toxique passent à côté de chez toi

tu te sens impuissant.e face à cette industrie

tu te sentirais plus fort.e en luttant contre elle à plusieurs

tu penses que mettre les déchets sous terre ça n’est pas une solution

tu penses qu’il faudrait déjà arrêter d’en produire

tu n’habites pas en Meuse, mais tu es en guerre contre un État qui sacrifie des territoires et

les personnes qui les peuplent

tu habites très loin d’ici mais tu sens que ce qui s’y joue passe par ton corps aussi

tu ne comprends rien aux discours politiques

tu n’as jamais entendu parler du projet Cigéo d’enfouissement des déchets nucléaires

tu n’as jamais participé à un rassemblement, ça te fait flipper

tu ne te sens chez toi nulle part

tu es fatigué.e qu’on ne t’écoute pas

tu en as marre de ne pas oser prendre la parole

tu as déjà été agressé.e, rabaissé.e, humilié.e

tu n’en peux plus qu’on te ramène constamment à ton corps, à tes vêtements

tu veux pouvoir aller mal ou aller bien mais qu’on ne te dise pas que c’est à cause de tes

hormones

tu as un nom et tu n’es pas juste « la copine de »

tu es une femme

tu es trans

tu es non-binaire

tu es queer

tu n’es pas sûr.e de savoir ni de vouloir définir ton identité de genre

tu ne t’es jamais organisé.e sans hommes cis

tu as envie d’essayer pour voir

tu as envie de croire qu’on peut être puissant.es si l’on est ensemble

tu souhaites expérimenter d’autres manières de manifester tes peines et tes rages

tu voudrais juste pouvoir rire, danser, et chanter quand tu luttes

tu voudrais juste pouvoir participer à un mouvement qui ne fonctionne pas sur des normes

validistes

tu ne trouves pas ta place dans le milieu militant parce que tu y subis les mêmes

dominations que dans la société

tu en as marre d’être assigné.e seulement à certains rôles

tu n’es pas hétéro

tu n’en peux plus d’être stigmatisé.e à cause de ton genre

tu as déjà eu besoin d’aller en hôpital psy

tu as envie de vomir quand tu penses au système carcéral du pays dans lequel tu vis

tu es un.e malfaiteur.euse

tu as tellement la rage quand tu penses aux essais nucléaires que l’État français a fait en

Polynésie française ou en Algérie, et aux liens entre les désastres environnementaux, le colonialisme et les injustices sociales

tu subis et tu luttes contre le racisme d’État

tu as grandi dans un territoire relégué

tu es stigmatisée tous les jours parce que tu portes un voile

tu n’en peux plus de te sentir mourir, d’être déconnecté.e de ce qui est beau dans le vivant

tu es en colère

tu as honte

tu es fièr.e

tu en chies

tu pleures en silence

tu rêves de ne plus subir de violences gynécologiques

tu rêves même d’expérimenter l’auto-gynécologie

tu es inquiète pour tes soeurs, ta mère, ta grand-mère

tu es terrorisé.e pour tes enfants, tes petits-enfants

tu te bats pour le droit à l’avortement

tu es féministe matérialiste

tu te bats pour un féminisme décolonial

tu es écoféministe

tu es une sorcière

tu es mal à l’aise avec ces trucs

tu ne te dis pas féministe mais tu crois en la sororité

tu as fait la grève pour le climat dans ton lycée

tu es précaire

tu as peur d’être licencié.e

tu es une femme gilet jaune

tu veux soutenir les personnes visées par la répression d’État, à Bure et ailleurs

tu sens la pollution assécher ta gorge lorsque tu te promènes en ville

tu es dévasté.e par le dérèglement climatique

tu as mal au ventre quand tu penses aux violences policières qui tuent tes frères

tu voudrais juste avoir le droit de vivre

VIENS


Article publié le 16 Sep 2019 sur Lundi.am