Bolivie – « Un regard anarchiste sur les mouvements de protestation et la démission du président indigène Evo Morales en Bolivie. »

La fin d’un leadership …
Dans les mouvements de protestations de Bolivie, beaucoup d’attention est accordée à la défaite d’Evo Morales et du gouvernement du MAS [Mouvement vers le Socialisme], au pouvoir depuis 13 ans. Une défaite qui s’annonçait depuis le référendum du 21 février 20161 Et qui ne se limite pas aux votes. L’incendie de la Chiquitania a été d’une grande importance contre le gouvernement antérieur, car il a mis en évidence les alliances d’Evo avec éleveurs de Santa Cruz pour honorer des contrats sur des millions avec les Chinois2, ses alliés anti-impérialistes. L’assaut contre le TIPNIS3 a aussi joué en sa défaveur. Mais en définitive, c’est l’insistance d’Evo à continuer à gouverner à tout prix qui a fini par le mettre en déroute de la pire manière pour celui qui se dit révolutionnaire, par des mouvements de protestation dans les rues.
Premier Moment des protestations.
Mais partons d’un début partiel de ces journées de conflit. La sensation de tromperie par une fraude, ou la décision peu avisée d’interrompre la transmission du comptage des voix a déchaîné des protestations croissantes jusqu’à aujourd’hui. Au début, les jeunes démocrates, pacifistes, citoyennistes, circassiens et manquant de discernement quant aux commentaires racistes, réclamaient un second tour, mais ils ont été tournés en ridicule (les rubans de couleurs donnaient de bonnes raisons). Ensuite, plus de gens, dont les universitaires et les mineurs, sont venus grossir les mouvements de protestation, demandant de « nouvelles élections », ce qui a aussi été refusé, jusqu’à ce que, finalement, les rues réclament à grands cris la démission d’Evo Morales, les comités civiques se rendant maîtres et profitant du moment.
Si d’un côté certains tendront à expliquer cela à partir des forces internationales de l’impérialisme qui ont mené les personnes contre le MAS, d’un autre côté nous n’oublions pas que dans ces protestations et dans la défaite d’Evo, il y a quelque chose de très basique pour n’importe quelle collectivité: ne plus vouloir celui qui gouverne. Malgré cela, rien n’appelait les anarchistes dans les protestations, car celles-ci, en plus de défendre un système démocratique, n’avaient pas le moindre critère anti-raciste. Les anarchistes, pour cela, ont profité du moment en répondant par l’internationalisme et la solidarité et en allant protester devant le consulat du Chili4, région où les compagnons encapuchonnés continuent en guerre contre le système.
Mais hormis tout le citoyennisme et les institutions qui tentent de gouverner la vie, lorsque nous parlons d’un endroit comme la Bolivie, avec une population majoritairement racialisée en tant qu’indigène, certaines choses méritent plus d’attention. En premier lieu, ce gouvernant dont on ne voulait plus, représentait davantage que juste un président. Evo Morales a été construit comme le symbole de l’indigène andin, presque comme une image d’exportation acceptée avec avidité par toute la gamme des alternatifs de gauche. Et même s’il est certain que son gouvernement a permis à un grand nombre de personnes venant des peuples originaires de rentrer dans des hôtels, des bâtiments publics, des fauteuils et des postes de pouvoir politiques auxquels beaucoup n’avaient jamais accédé à part pour faire le ménage ou vendre quelque chose, il n’a absolument pas inventé la lutte des peuples originaires, ni même les recherches de reconnaissance officielle par l’État Bolivien. L’Éducation « formelle » était un sentier battu depuis longtemps, de Warisata aux universités, tant et si bien qu’à l’heure actuelle il y a déjà trois générations d' »intellectuels aymaras » et une Université Publique de El Alto, ouverte sur la base de protestations et d’occupations de bâtiments abandonnés. La santé traditionnelle est reconnue, y compris comme patrimoine de l’humanité, et a pris part à de célèbres rencontres de médecine internationale5, cette santé non occidentale est celle qui survit à tous les états et les pouvoirs. Le « chemin parlementaire indigène »6 a encore moins été une réalisation du MAS, pour ne donner que deux exemples importants, le MITKA (Mouvement Indien Tupak Katari) a été l’un des premiers partis indiens, fondé en 1978 et participant aux élections après la dictature en revendiquant un pays indien7. Et la Comadre Remedios, première femme chola à être présentatrice de télévision, a été la première chola à occuper une charge publique en étant élue députée pour le département de La Paz, et la première candidate chola à la présidence. Ce chemin politique s’est en plus joint à l’anarco-syndicalisme à partir des années 20 et 30 avec les cuisinières, les artisans et les vendeuses de fleurs Et dans une perspective anarchiste, il faut souligner que c’est justement cette inclusion qui a fait, et continue à faire dégénérer la lutte autonome en l’obligeant à se légaliser, à s’institutionaliser et à rentrer dans le projet civilisateur.
C’est pourquoi il est urgent de rappeler que nous n’avons jamais eu besoin d’un président, d’une constitution, ni d’un état plurinational pour exister avec la joie d’être ce que nous sommes et pour résister à des siècles de colonialisme. Les peuples natifs existent malgré les états. La relation profonde que nous avons avec la terre, avec la pacha, avec les achachilas, les illas, les apachetas et tout ce qui nous entoure, ce n’est pas le MAS qui l’a inventée. En revanche ce qu’a fait ce parti, c’est lier ce qui est indigène avec un fort discours de gauche étatique8, l’autre face de la monnaie du MAS, orquestrée par Álvaro García Linera, qui a remplacé les monuments des colonisateurs par ceux de Che Guevara ou d’d’Hugo Chávez. Ce qu’a fait la gestion du MAS, dans cette soif de construire un état indigène, ça a été de voler les symboles de la résistance et de le mettre sur l’État et les uniformes des forces répressives, historiquement et aujourd’hui encore les bourreaux de tous les peuples originaires.
Ironiquement, le rôle des forces armées a été déterminant pour qu’Evo démissionne. Disons clairement qu’il ne s’agissait pas de bons flics qui ne voulaient pas massacrer le peuple. Rien à voir avec ce délire de policiers du peuple ou antifascistes. La police s’est mutinée pour réclamer une série d’avantages économiques, en profitant de l’occasion9. Et quand elle est revenue dans les rues, elle l’a fait pour défendre ses patrons de toujours, les riches qui se prennent pour des blancs occidentaux. La police ne sera jamais une amie, c’est la force de répression. Certains ne l’oublient pas et c’est ce que nous applaudissons dans les dizaines de postes de police incendiés, le pillage de la douane et la mort du colonel de l’UTOP qui, effrayé par les dynamites a fini par rentrer avec sa voiture dans un minibus, bien-sûr aucun média ne parle du minibus. Les vandalismes ne sont pas que des actions téléguidées pour le retour du MAS, elles sont aussi la reprise de la vie en attaquant ceux qui la réprime. Et c’est certainement un horizon anarchique que cette reprise de la vie soit débarrassée de tous les partis.
Et la droite ?
L’apparition d’un caudillo fasciste du plus gros calibre, Camacho, fils de la bourgeoisie des propriétaires terriens, ex-militant de l’Unión Juvenil Cruceñista10, groupe de choc et notoirement raciste, et chef du Comité Cívico Pro Santa Cruz11, défend les intérêts de la partie « riche » de la Bolivie, riche en terres, en soja, en bétail, mais apparemment moins riche en pensée vu que Camacho a demandé de l’aide pour comprendre la constitution politique de l’État, à rien de moins qu’au Chancelier du Brésil, fameux pour ses discours où il mêle jusqu’à l’ésotérisme à la littérature raciste12. Ainsi aidé pour comprendre sa propre Constitution, Camacho s’est rallié et a profité du mécontentement contre Evo pour prendre la direction des protestations, et après la démission entrer au palais gouvernemental en brûlant la Wiphala13, le drapeau de la Bolivie et la bible à la main. La même bible avec laquelle la flambante présidente, Jeanine, est aussi entrée, entourée de militaires. L’attitude de la droite est empreinte de la réaction et de la persistance des vieilles valeurs de la domination: le nationalisme, le caudillisme, le patriarcat, la colonisation, la suprématie d’une idée criolla de ce qui est blanc et l’insistance sur le pouvoir de dieu, cet éternel dictateur qui depuis des siècles tente de dominer toute sorte de rebelles et d’extirper les « idolâtries » de tous les peuples originaires. Dans leurs appels à l’unité nationale et à une seule Bolivie, réside l’imposition d’un État sur toutes les autres collectivités et la volonté d’une normalité citoyenne qui leur garantisse de continuer à dominer après le cauchemar de 13 années passées en dehors du pouvoir politique. Ces actes, qui s’ajoutent aux policiers de Santa Cruz enlevant la Wiphala de leurs uniformes, seront les gestes qui réveilleront les tensions camouflées. Parce que ce qu’ils ont fait avec la Wiphala, ils veulent le faire avec les peuples originaires. Parce que rejeter la Wiphala contient tout le colonialisme qui existe en Bolivie, où les gens se regardent dans le miroir et se voient blancs du fait d’être plus éduqués, plus civilisés. Parce qu’entrer la bible et le drapeau à la main en expulsant la Wiphala exprime le nettoyage ethnique dont la domination a toujours rêvé en Bolivie.
Un autre moment.
C’est dans ce deuxième temps que, désormais sans le Leader Evo Morales, la protestation a continué à déborder. Pillages et vandalismes se poursuivent de tous les côtés. Au départ sans police ni président, les « hordes » provoquent la panique citoyenne, une panique historique de la vengeance des racialisés en tant qu’indigènes. Au final ceux qui dominent savent qu’ils mangent, achètent, sont servis, transportés, et y compris vivent dans des maisons construites par ce qu’ils appellent les indigènes. Mais les pillages, tout comme les attaques, sont beaucoup plus que l’action d’un parti. Penser seulement en termes de partis nous éloigne de la complexité de nos tensions et de nos visées anarchiques. Les pillages et les attaques sont aussi le résultat d’une exclusion et d’une servitude séculaires.
Si nous élargissons notre champ de vision au-delà des frontières des partis de gauche et de droite, et que nous regardons en direction de la belle et urgente destruction de la domination, nous pouvons sentir les tensions irrésolues en Bolivie. Le fait de brûler la Wiphala, comme les ponchos à Sucre en 200814, sont des actes qui viennent régulièrement nous rappeler la face de la domination, du projet civilisateur, duquel l’État est une partie vitale, et de tous ceux qui y rentrent. Pourquoi ? Parce que sur ce continent l’État a été le résultat d’une imposition coloniale, qui a pris la forme de guerres et de « révolutions » entre élites criollas. Parce que l’État est le bras qui légalise la dévastation de la terre, à travers ses politiques de développement et de progrès. Parce que l’État c’est le Pouvoir et le pouvoir se sert de la force répressive pour anéantir toute liberté et corrompt qui que ce soit. En Conséquence, et bien que cela soit une évidence pour un anarchiste de dire cela, ce n’est ni par l’État ni par des partis (qu’ils soient de gauche ou pas) que l’on détruit la domination. On détruit la domination en détruisant l’État et ses faux critiques. Voilà l’horizon qui inspire la lutte anarchique, antagonique au pouvoir d’où qu’il vienne, un horizon qui nous amène à voir la possibilité d’une liberté absolue Pour tout cela, lorsqu’anarchistes nous disons que nous voulons la destruction de l’État, nous parlons très sérieusement.
Mais cet horizon, nous l’avons aussi appris des peuples desquels nous avons hérité nos racines natives et qui depuis des siècles n’ont pas besoin de l’État. C’est pourquoi nous avons de nouveau entendu dans les rues le cri – Maintenant oui, Guerre Civile!! 15 Cri ancien que nous avons déjà entendu lors de la Guerre du Gaz et de l’Eau16, qui rappelle que la guerre sur ces terres n’a jamais eu lieu entre les peuples originaires et les colonisateurs, mais plutôt entre élites criollas. Cri aujourd’hui à nouveau lancé par une communauté en apparence située sur le territoire de El Alto, mais qui est bien plus grande, la collectivité racialisée en tant qu’indigène, à partir de laquelle nous rappelons que la tension contre le projet civilisateur n’est pas résolue, car elle s’exprime au quotidien dans les exclusions les plus variées. Et c’est quelque chose qu’aucun gouvernant ne peut résoudre.
Sur les Constituantes et la Constitution.
La fausse résolution de ces tensions par la Constituante impulsée par le MAS entre 2006 et 200817a été une solution sur papier légal (logique occidentale) à des problèmes qui reposent sur la chair et sur une vision du monde antagonique à l’État Capital. Une constituante et la constitution qui en résulte sont les instruments du pacte social entre la société et l’État. Elles sont le sceau de la soumission des collectivités à un État et la défaite de toute lutte autonome. Et c’est tellement vrai que la nouvelle Constitution Plurinationale de Bolivie a signifié un enclos institutionnel qui a détaché les gens de la manière autonome de faire de la politique et de lutter : dans la rue et par la protestation. La Constituante a réduit des luttes millénaires à un parti, le MAS, et a permis que le racisme et le colonialisme se déguisent en opposition politique. Dans ce sens, cela leur a facilité, à eux les dominateurs de toujours, le fait d’insulter un indien en l’appelant masiste [du parti MAS], plutôt qu’en le traitant du classique indien de merde, politiquement très incorrect.
La Nouvelle Constitution et la figure indigène d’Evo l’ont tellement confondu avec son inclusion, qu’elles ont embrouillé jusqu’à ceux qui, auparavant antagoniques à l’État, se sont soudain vus à la fois comme faisant partie d’un groupe indigène et d’un ministère, d’un groupe de contrebande et d’une autorité publique. Des collectivités fortes et combatives sont devenues gouvernement et avec cette inclusion se sont leurrées et conformées, perdant de vue que les hiérarchie, non seulement de classe, mais aussi de culture et de couleur de peau étaient à peine cachées. Beaucoup d' »acrates » et de libertaires se sont aussi sévèrement trompés (comme cela s’est passé au Venezuela avec les anarco-chavistes et au Mexique avec les anarco-zapatistes, ainsi qu’au Brésil avec les pro Lula), probablement parce qu’ils ne faisaient qu’accompagner les mouvements sociaux au lieu de faire de l’anarchie une recherche individuelle qui ne se perde pas dans la première tempête18. Cette confusion, s’ajoutant au rejet (avec une forte répression en jeu) d’une pratique anarchiste radicale, ont fini par réduire l’anarchisme quasiment au silence en Bolivie19.
C’est pourquoi à l’heure actuelle il est important de dire quelque chose, à partir de l’anarchie, lorsqu’un président démissionne, pour que ces confus n’en arrivent pas à éprouver de la peine pour un Président, ou à croire que lutter contre la droite revient au même que de faire baisser le pari de la liberté pour des alliances avec des partis de gauche. Que le président qui gouverne ait plus ou moins de sympathie pour les visions du monde inclusives est un débat plus profond, malgré lequel nous ne pouvons oublier qu’un Président, qu’il soit indigène, femme, noir, ou libertaire, est le gardien de l’État, du Capital et de la dévastation de la Terre parce qu’il décide de diriger les autres et de disposer de la vie et des personnes comme de ressources.
Nous sommes anarchistes et parler de coup d’état ne fait que légitimer la logique étatique et enfermer la pensée dans le cadre des partis et du parlement. Le débat sur le fait qu’il s’agisse ou pas d’un coup d’état renforce juste le caractère intangible de l’État, de ses lois et de ses fonctionnaires. La logique étatiste a tant lavé le cerveau des personnes qu’elles ne parviennent pas à voir que nous sommes nous-mêmes chargés de résoudre nos problèmes et qu’aucun sauveur ne nous ouvre aucune porte. Réduire la lutte à des partis, tout comme la pensée binaire entre gauche et droite, rend impossible de chercher des horizons de lutte radicaux qui construisent l’autonomie et visent à la destruction totale de l’État.
C’est toujours le moment.
Voilà pourquoi je veux souligner que nous les anarchistes avons été les premiers à lutter contre le gouvernement d’Evo Morales, avec l’action offensive, en parole et par la propagande par le fait, contre la macabre intervention sur le TIPNIS. Alors nous demandons maintenant, si en ce moment il s’agit de perdre face à la droite ? Quiconque a fait de la lutte une habitude de vie sait que nous n’avons rien perdu, que tout continue.
Qu’Evo ait perdu ne signifie pas que la droite ait gagné. Et qu’Evo reste au pouvoir ne veut pas dire que la domination soit finie. Pour ceux qui l’oublient, ni le congrès, ni le gouvernement ne sont un triomphe pour aucun acrate amant de la liberté. La lutte contre la droite a toujours été la lutte contre la domination, contre la dévastation, contre le dieu tyran, contre le racisme et bien-sûr contre l’État. Nous avons toujours lutté contre elle, et c’est précisément du fait de lutter contre cette droite, que nous combattrons toujours, que proviennent beaucoup des confusions mentionnées. La meilleure réponse est celle que donnent de El Alto, ceux qui répètent avec insistance -Nous ne sommes pas du MAS, nous sommes de El Alto20, et protestent fortement et violemment en criant -La Wiphala se respecte nom de dieu!, cri chargé du refus, depuis le premier jour, de cette droite, la domination qui entre au gouvernement.
L’appel est maintenant à attaquer, mais jamais pour défendre une option moins pire, ni un parti, ni des « alliances » qui nous détournent du désir de vivre libres, tels que nous sommes, et sans être dirigés. Attaquer chaque force répressive, chaque institution étatique, chaque représentation de l’État bolivien, de n’importe quel état, inspirés par la haine de la domination. Au final, nous avons toujours été contre l’État et nous avons toujours résisté à tous les pouvoirs, étant racialisés comme indigènes, et tendant vers l’anarchie. Que nous devions maintenant expliquer de manière didactique pourquoi ne pas éprouver de peine pour un parti ou un gouvernant doit nous amener à une critique sévère.
Tandis que j’écris ces lignes, les protestations21 sont fortes, les prisonniers du Pénitentier de San Pedro sont en train de se mutiner et le directeur du Régime Pénitentiaire a démissioné, les forces armées, avec la police (cette même police qui a refusé de réprimer les jeunes civilisés et démocrates), ont tué au moins dix personnes à La Paz et Cochabamba, dix personnes aux yeux bridés, à la peau brune et aux langues ancestrales qu’ils appellent « masistes ». Il y a des centaines de personnes arrêtées, accusées de la même chose, mais qui ne sont pas que ça, mais des cultivateurs de coca, des aymaras, des quechuas, des guaranis, des personnes insultées durant des siècles … On pourchasse de manière surréaliste toute personne, médecins inclus, originaire de Cuba et du Venezuela, tout comme quiconque considéré comme « une menace communiste » est expulsé, et le pouvoir centralisé n’établit aucun dialogue avec les secteurs sociaux sans la médiation de l’ONU, de l’UE et de l’Église.
Les choses sont claires et la meilleure réponse aux peurs de l' »ascension du fascisme sur cette partie du continent », aux préoccupations géopolitiques de gauche et de droite, est de ne pas s’accorder un jour de repos. Seule la fin de l’État permet de créer de l’autonomie et de poursuivre l’autonomie déjà vécue dans tant de collectivités depuis des millénaires. Au-delà de la bagarre de partis qui convoitent uniquement le pouvoir, nous sommes de joyeux guerriers défenseurs de ce que nous sommes, des amants de la liberté, résistance vive à la colonisation depuis des siècles. Que le drapeau noir et la Wiphala se rencontrent de nouveau dans tant de rues, dans tant de luttes, la mèche prête pour le conflit, libérés de l’État.
La fin d’un leadership, c’est le début de la liberté
Pour ceux qui luttent contre tout tyran, que les vents des achachilas soufflent la résistance !
Pour que la révolte soit contagieuse !
Ni Gauche ni Droite ! Mort à l’État et Que vive l’Anarchie !
PS. 1. Aux compas de Cochabamba, Santa Cruz, La Paz, El Alto, et à ceux qui de l’ internationalisme ont nourri ce texte avec des récits de ce qui se passe à chaque endroit et surtout avec leur insistance à lutter.
PS. 2. Avec la mémoire des anarchistes qui ont su critiquer tous les totalitarismes qui détournent de l’horizon de la lutte radicale pour la liberté.

Le 21 février 2016 a eu lieu le Référendum sur la modification de la Constitution pour que le président et le vice-président de l’État puissent être réélus deux fois à la suite (OUI ou NON). Malgré les résultats, 51% pour le NON et 49% pour le OUI, en novembre 2017, le Tribunal Constitutionnel a provoqué la surprise en annonçant que le président Evo Morales et d’autres autorités pouvaient chercher à se faire réélire sans limites, car la constitution garantit le droit humain de poser sa candidature à la présidence. www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-46450251.
En août de cette année, plus de 2 millions d’hectares de la région connue sous le nom de Chiquitania ont brûlé « accidentellement ». Peu avant avait été annoncée comme une réussite économique l’exportation de bétail et de soja vers la Chine: « Le travail coordonné et intense mené par le Ministère du Développement Rural et des Terres de l’État de Bolivie, a rendu possible la signature de ce protocole important qui a pour objectif de faciliter l’exportation de la viande de bœuf de mon pays vers la Chine » chancelier Diego Pary en avril 2019, http://www.la-razon.com/economia/bolivia-protocolo-mercado-chino-carne-boliviana-exportacion_0_3137086262.html. https://dialogochino.net/28642-will-exporting-beef-to-china-cause-deforestation-in-bolivia/?lang=pt-br.
TIPNIS, est l’abréviation de Territoire Indigène Isiboro Sécure, Réserve Naturelle et Indigène, dont Evo Morales a autorisé la traversée par une route faisant partie de l’IIRSA (Initiative pour l’Intégration Régionale Sud-Américaine). Cette tentative a été mise en échec par des manifestations et des conflits successifs entre 2007 et 2011, date à laquelle le TIPNIS a finalement été déclaré intangible, tandis que l’on continuait d’essayer d’acheter les peuples de cette région par des cadeaux, dans l’espoir de pouvoir poursuivre la route. https://tipnisbolivia.org/tag/iirsa/, https://operamundi.uol.com.br/politica-e-economia/16585/evo-se-curvou-ao-39-novo-imperialismo-brasileiro-39-diz-lider-indigena-da-bolivia https://www.lostiempos.com/actualidad/pais/20181215/fallece-69-anos-comadre-remedios-loza.
La police a demandé l’égalité de salaire avec les Forces Armées, des logements pour tous et d’autres avantages économiques les éloignant encore plus de toute idée de peuple privé de ces avantages . https://www.la-razon.com/nacional/Motin-policial-capitales-presion-policiales_0_3254074615.html
L’unión Juvenil Cruceñista est un groupe régionaliste, d’extrême-droite, qui s’auto-définit comme Groupe de Choc du Comité Civique Pour Santa Cruz. Certains de ses membres ont été jugés pour des faits de violence raciste, comme Jorge Holberg. Innoubliables sont leurs fameuses actions consistant à sortir dans les rues avec des battes de baseball, des boucliers avec une croix verte, des gants et le même uniforme : chemises blanches, jeans et cheveux courts, pour taper des indiens. https://www.indios.org.br/pt/Not%C3%ADcias?id=15921
Le Comité Civique Pro Santa Cruz a été fondé en 1950, dans l’Université Gabriel René Moreno de la ville de Santa Cruz, à l’instigation de Hernando García Vespa, secrétaire de Gouvernement de la Fédération Universitaire Locale. À cette époque, quelques décennies après la Guerre du Chaco (1932-1935), et deux ans avant la Révolution de 1952, débutait une série d’ouvertures économiques, comme les voies ferrées et les routes, vers la zone de Santa Cruz dont ils voulaient profiter pour sortir du tiers-monde. Le CCpSC défend les intérêts de la région d’élevage, de culture de soja, de l’agrobusiness en Bolivie. https://www.comiteprosantacruz.org.bo.
https://www.brasildefato.com.br/2019/11/11/saiba-quem-e-macho-camacho-lider-do-golpe-na-bolivia-e-aliado-de-ernesto-araujo/
La Wiphala est un symbole pour divers peuples qui rappellent le Tawaintinsuyo, nom donné à l’espace contrôlé par les incas dans lequel existaient beaucoup de peuples. Si son origine n’est pas claire, car elle semble avoir été plutôt multiple et pris diverses apparences, « la grande explosion de la Wiphala surtout dans la partie andine se produit avec les mobilisations du syndicalisme paysan dans les années 70 en Bolivie ». Le fait qu’elle ait été reprise comme symbole de lutte en fait quelque chose de plus qu’un simple drapeau, l’emblème de diverses collectivités natives et la représentation de la philosophie andine. https://pueblosoriginarios.com/sur/andina/aymara/whipala.html
Référence à l’humiliation que des membres du Comité Inter-institutionnel et des étudiants de l’Université San Francisco Xavier ont fait subir à des personnes identifiées comme « masistes » et habillées avec les vêtements traditionnels de leurs peuples originaires, qu’ils ont obligées à se mettre à genoux et à embrasser les drapeaux de Sucre et de Bolivie, en même temps qu’ils brûlaient leurs habits typiques. Cf le documentaire de Cesar Brie Humillados y Ofendidos https://www.youtube.com/watch?v=my_dfXXaLTI.
https://www.youtube.com/watch?v=eHPSspeM_NI,
La Guerre de l’eau (2000) a été un conflit entre la population de Cochabamba et l’intention de privatiser l’eau au profit d’une entreprise nord-américaine, finalement mise en échec https://www.youtube.com/watch?v=jqj4MHjBh6A. La guerre du Gaz, 2003, à La Paz, a compté plusieurs jours de conflit, en encerclant la ville de La Paz, d’abord en demandant du gaz pour la Bolivie et pas pour l’exportation et ensuite en protestation pour l’assassinat par balles de 80 personnes par l’armée pour débloquer les rues et approvisionner la ville de La Paz en essence.
L’Assemblée Constituante a commencé le 6 août 2006 à Sucre, en vue de rédiger une nouvelle constitution, approuvée le 10 décembre 2007 par l’Assemblée et par référendum, elle est en vigueur depuis le 7 février 2009.
La recherche individuelle de l’anarchie est une partie indispensable de n’importe quelle recherche de l’anarchie. Si nous sommes anarchistes à cause d’un collectif, nous limitons nos capacités de déploiement à ce collectif, or anarchistes, nous sommes en cavale, en prison, en exil, nous sommes des immigrants, nous n’avons pas de patrie (mais des racines et nous aimons la terre), nous nous battons; c’est à dire que nous restons seuls et que nous nous désagrégeons, mais à chaque instant nous restons anarchistes pour l’anarchie. La recherche individuelle de l’anarchie, par ailleurs, ne représente pas un obstacle à la construction collective, au contraire elle l’impulse parce qu’une individualité qui cherche l’anarchie, cherchera toujours des complices et des espaces pour la vivre.
Il est exagéré de dire que l’offensive s’est poursuivie en Bolivie. Mais il est aussi exagéré de dire que rien ne s’y passe. Des actions précises et ponctuelles comme les molotovs contre le consulat d’Argentine pour la Disparition de Santiago Maldonado; ou la propagande et la solidarité, comme la dernière foire du livre anarchiste, laissent un certain goût et des envies de plus.
L’Université Publique de El Alto, Les kataristes et certaines figures comme Felipe Quispe, el Mallku, ainsi que beaucoup de personnes expriment clairement que leurs protestations sont une réponse d’indignation contre la Wiphala brûlée et l’emploi de la bible pour délégitimer ce qui est andin. « Écoutez. Ce n’est pas le masiste qui bloque, ce n’est pas le masiste qui est rendu furieux par son symbole brûlé, par l’offense raciste, par l’indifférence, par l’hypocrisie, par le paternalisme, non, non et mille fois non. Vous comprenez, ce n’est pas le masiste qui est dans les rues, c’est toute une société, c’est toute une ville de migrants à l’intérieur de son territoire aymara qui se mobilise. C’est la ville aymara. Ce sont les vétérans de 2003, ce sont les orphelins qui ont perdu leurs parents à cause des balles du gouvernement de ceux qui maintenant défendent la démocratie. Ce n’est pas le masiste, messieurs, c’est celui de El Alto qui est en lutte. C’est le aymara ». http://jichha.blogspot.com/2019/11/no-son-masistas-son-altenos-carajo.html, el blog citado es una referencia para seguir y conocer el pensamiento katarista actual.
https://www.youtube.com/watch?v=NKlFybQYhqY

Traduit de l’espagnol de https://anarquia.info/bolivia-una-mirada-anarquica-sobre-las-protestas-y-la-renuncia-del-presidente-indigena-evo-morales/


Article publié le 04 Déc 2019 sur Nantes.indymedia.org