Peu après sa réélection, le président socialiste bolivien Evo Morales vient d’être chassé du pouvoir après un embrasement des contestations et ce qui s’apparente à un coup d’État. Critiqué pour son autoritarisme, il pourrait laisser le champ libre aux forces les plus conservatrices du pays.

Depuis des semaines, impossible de circuler à La Paz, Santa Cruz ou encore Cochabamba sans faire d’innombrables détours pour éviter les barrages de manifestantes et manifestants. La circulation est tellement perturbée dans les grandes villes du pays que les premières pénuries des biens de première nécessité ont commencé à se faire sentir.

L’élément déclencheur : le président Evo Morales, une des figures d’espoir du socialisme latino-américain, avait été réélu le 20 octobre dernier, après quatorze ans passés au pouvoir. Les tensions croissantes dans le pays ont éclaté au lendemain du scrutin, lequel a été immédiatement contesté : l’Organisation des États américains (OEA), autorisée par le gouvernement à examiner la légitimité du processus électoral, a annoncé avant la fin de l’enquête une fraude informatique massive en faveur du président – OEA dont l’impartialité a été contestée alors que les résultats finaux correspondaient aux sondages pré-élection, lesquels donnaient tous Morales vainqueur.

Les affrontements ont déjà fait plus d’une vingtaine de morts. Fin novembre, le président a finalement trouvé refuge au Mexique, alors que la vice-présidente du Sénat Jeanine Añez prenait sa succession pour assurer la tenue prochaine de nouvelles élections.

Deux récits antagonistes des événements circulent dans la presse : la révolte démocratique contre un régime autoritaire à bout de souffle d’un côté ; de l’autre, le coup d’État mené par les élites économiques du pays et soutenu par les États-Unis. On peut voir dans ces événements la tendance caractéristique des régimes socialistes ayant émergé au cours des deux dernières décennies en Amérique du Sud à réagir de manière très autoritaire aux contestations internes (ici indigènes, syndicales, au sein du même du mouvement socialiste).

Racisme décomplexé

Ce manque de démocratie ne doit cependant pas éclipser le conflit de classe qui participe largement de ce qui s’apparente à un coup d’État, comme le souligne un réseau d’organisations libertaires sud-américaines dans un récent communiqué [1]. La présidente par intérim est parvenue au pouvoir portée par la police et l’armée qui hérite en partie héritière de la dictature d’Hugo Banzer, et ce avant toute validation législative. Souvent critiquée pour son racisme décomplexé, elle est entrée au gouvernement une Bible à la main, en louant la gloire de Dieu, là où Morales avait établit une constitution laïque, reconnaissant la diversité des cultures du pays et accordant une place significative aux indigènes.

À ses côtés, le très charismatique et décomplexé Luis Fernando Camacho, principal initiateur des blocages avant la publication des résultats électoraux, est un chef d’entreprise d’extrême droite et évangélique ultra-conservateur ; auparavant membre d’un groupe paramilitaire anti-indigènes, il célèbre la « justice divine » qui a chassé le dirigeant socialiste. Difficile de ne pas craindre pour la Bolivie un virage comme celui qu’a connu le Brésil de Bolsonaro.

Marco (UCL Indre)


Article publié le 12 Déc 2019 sur Unioncommunistelibertaire.org