Novembre 9, 2020
Par Le Monde Libertaire
141 visites


Qu’est devenue la belle colombe ? Et ton rire grassouillet, bel ange ? Vous avez voulu étreindre la liberté, la statue de la liberté dans un zoo mais la pauvre s’est écroulée à vos pieds, s’est agenouillée, a crié pitié aussi piteusement qu’une baudruche enflammée.

Ah si vous aviez pu tendre la main à cette liberté fantoche et tristounette, coincée en trois branches d’un arbre rachitique, vous l’auriez reconnue en lambeaux, en haillons, aussi pâle que la mort. Vous l’eussiez adoré plus que le saint suaire sans craindre le blasphème. Elle qui essuya les plâtres de votre soumission tel un drapeau sali, mais planqué à la cime.
La pauvre liberté, aussi égarée qu’un fantôme à poil, s’écrie :
« Justice, justice, au secours Baudelaire, venez à mon secours »
Alors Baudelaire remontant une à une les marches de sa tombe, ouvrant les fleurs du mal à la page folie, ressuscite cette fleur fanée, martyrisée qui sent le soufre. Pour avoir demandé à un mort comment s’écrit le mot liberté, d’un cerne, d’une supplique, tel un insecte bourdonnant sous une feuille, le poète ose danser à quatre pattes sur le fumier qui rêve : Polichinelles en plâtre, gargouilles de Notre-Dame, salières à la brocante, crottes de chien, enregistrent, sans détour, quelques conversations :
« J’ai cassé une potiche, la statue de la liberté, mais hier je l’ai rachetée au supermarché, avant d’écrire son nom sur son visage flétri à l’once d’une fleur fanée. Bof, bof, c’est ta faute, fallait la faire rire ta statue ! Pardon ? Oui, si un oiseau est capable de chier sur une belle sculpture, toi tu peux écrire sur un manche à balai le mot « liberté ». Baudelaire, bol d’air, ben voyons, pardon, je ne vous avais pas reconnu ! »

Eze, le 7 Novembre 2020

Evelyne Trân




Source: Monde-libertaire.fr