La rentrĂ©e au lycĂ©e a eu lieu dans de trĂšs mauvaises conditions, comme dans Ă  peu prĂšs tous les lycĂ©es du 93 (et sans doute d’ailleurs). L’application zĂ©lĂ©e de la rĂ©forme entraĂźne des emplois du temps impossibles pour les profs comme pour les Ă©lĂšves. Les classes Ă  35 se multiplient pendant que les dĂ©doublements se rarĂ©fient. Aucune heure n’a Ă©tĂ© attribuĂ©e pour de la remĂ©diation suite au confinement, et aucun allĂšgement de programme n’apparaĂźt Ă  l’horizon.

Visiblement, pendant les vacances, le ministĂšre a pris de bonnes vacances. Rien n’a Ă©tĂ© prĂ©vu pour une Ă©ventuelle reprise de l’épidĂ©mie. Le protocole sanitaire est indigent, entre mesures autoritaires, et mesures prĂ©conisĂ©es sauf si ce n’est pas possible, or gĂ©nĂ©ralement c’est impossible. La situation est ubuesque. Pendant que les rassemblements de plus de 10 personnes sont interdits, nous sommes enfermĂ©.e.s Ă  35 dans des salles non aĂ©rĂ©es sans distanciation possible. La seule protection possible est le masque, mais il n’en a pas Ă©tĂ© distribuĂ© Ă  tous les Ă©lĂšves et pour les enseignants c’est un masque grand public en tissu. Il y a un moment oĂč on a besoin de respirer (imaginez vous parler fort plusieurs heures avec un masque en tissu), et les Ă©lĂšves aussi. C’est donc la chasse aux masques, et bien sĂ»r les Ă©lĂšves les enlĂšvent souvent Ă  la rĂ©crĂ© dans les couloirs ou la cour. Pour respirer, ils sortent Ă  la rĂ©crĂ©. Imaginez-vous la tĂȘte de la distanciation sociale quand plusieurs centaines d’élĂšve se prĂ©cipitent sur une seule porte pour ne pas ĂȘtre en retard…. Ils sont censĂ©s se laver les mains mais il n’y a pas tant que ça de distributeurs de gel et bien sĂ»r les surveillants ne peuvent pas vĂ©rifier qu’ils se lavent tous les mains dans la cohue. Nous (les profs) disposons de lingettes pour nettoyer notre poste informatique, mais il n’y en a pas suffisamment pour que les Ă©lĂšves puissent nettoyer leurs tables. Et on a appris que les stocks sont financĂ©s par le budget des sorties scolaires qui n’ont pas eu lieu pendant le confinement…. Aucun agent n’a Ă©tĂ© embauchĂ© pour assurer le surcroĂźt de travail que reprĂ©sente la dĂ©sinfection quotidienne d’un lycĂ©e.

Plusieurs fois par semaine, on nous signale un nouveau cas, accompagnĂ© invariablement de ce commentaire : “Le signalement a Ă©tĂ© transmis Ă  la direction acadĂ©mique qui a saisi l’ARS. La prĂ©sence dans le strict respect du port du masque, des gestes barriĂšres et de la distanciation n’a pas entrainĂ© de nĂ©cessitĂ© d’une mesure d’éviction pour aucun Ă©lĂšve ni aucun adulte. Le mĂ©decin conseiller technique consultĂ© a confirmĂ© cette analyse.”, qui est Ă©videmment une sinistre farce. Pour le moment, une classe a Ă©tĂ© fermĂ©e pour une semaine.

Les enseignant.e.s rĂ©clament en vain depuis la prĂ©rentrĂ©e une rĂ©union pleiniĂšre profs surveillants agents de service pour discuter de comment en applique les consignes sanitaires, de comment on fait. La direction refuse. Il y a eu un premier dĂ©brayage vendredi aprĂšs midi, aprĂšs un incident (Ă©lĂšve qui vomit dans la classe) oĂč la direction a encore fait preuve de son incurie (plus d’un quart d’heure pour rĂ©agir, remarques humiliantes au collĂšgue en guise d’intervention).

Je vous livre un extrait du communiquĂ© :

Agiter un protocole fantoche ne suffit pas Ă  garantir la sĂ©curitĂ© des Ă©lĂšves. Depuis la rentrĂ©e le nombre de cas positifs augmente Ă  Mozart comme dans le reste de la France. A ce jour, au moins une classe complĂšte est tenue Ă  distance jusqu’au 2 octobre. Nous demandons, dans le respect du secret mĂ©dical, que les enseignants puissent ĂȘtre informĂ©s lorsqu’une de leur classe comporte une suspicion de COVID afin de prendre les mesures nĂ©cessaires vis-Ă -vis de leurs proches (test etc). Nous dĂ©plorons, de plus, la rĂ©pĂ©tition ad nauseam de la formule mensongĂšre selon laquelle « le strict respect du port du masque, des gestes barriĂšres et de la distanciation n’a pas entraĂźnĂ© de nĂ©cessitĂ© d’une mesure d’éviction Â». Cette affirmation, coquille vide qui ne sert qu’à couvrir la hiĂ©rarchie, est quotidiennement contredite par les faits, d’autant que la suppression du groupe classe en 1re et en terminale complique Ă  l’infini la traçabilitĂ© du virus. ParallĂšlement Ă  ce monde fictif oĂč le virus ne se propagerait pas, la fermeture annoncĂ©e des bars, restaurants, des Ă©quipements sportifs que nos Ă©lĂšves utilisent pourtant, rĂ©vĂšle en creux le danger auquel sont exposĂ©s ces derniers. A l’heure actuelle 32% des foyers de transmission sont en milieu scolaire ou universitaire.

Bricoler c’est mettre en danger, feindre de l’ignorer c’est s’en rendre complice. Alors que le lycĂ©e Mozart a pu faire figure, en mars, de bon Ă©lĂšve en matiĂšre de santĂ©, dĂ©cidant de la fermeture quand un certain ministre hors-sol s’y refusait, improvisant sur le tas un enseignement Ă  distance qui ne pouvait-ĂȘtre qu’un pis-aller, nous refusons de faire du bricolage pĂ©dagogique et sanitaire l’état normal de l’Éducation nationale. Ni les agents d’entretien, ni la vie scolaire, ni le personnel enseignant, ni le personnel administratif, ni la direction n’ont pour fonction de pallier l’incurie criminelle du ministĂšre. Face Ă  l’absence d’une vĂ©ritable politique sanitaire, il est dĂ©ontologiquement impossible de continuer Ă  jouer le jeu. Il est de notre devoir de porter ces faits Ă  la connaissance de notre direction, du rectorat de CrĂ©teil, de l’Agence RĂ©gionale de SantĂ© et du ministĂšre de l’Éducation nationale et nous invitons notre direction et les familles de nos Ă©lĂšves Ă  en faire de mĂȘme.”

Au stress de la pandĂ©mie et du manque de communication de la direction, s’ajoute celui de la rĂ©forme. Les Ă©lĂšves avaient boycottĂ© les Ă©preuves de bac en contrĂŽle continu l’annĂ©e derniĂšre. Il leur a Ă©tĂ© annoncĂ© sans plus de prĂ©cisions qu’il y aurait un rattrapage fin septembre. Nul n’en connaĂźt, et surtout pas les profs, ni les modalitĂ©s ni le contenu. Enfin, ils devront passer un grand oral auquel aucune heure de prĂ©paration n’est dĂ©diĂ©e et dont ils ne connaissent ni le contenu ni les exigences.

Vous trouverez ci-joint le tract des lycéen.ne.s.

Les enseignant.e.s ont fait un communiquĂ© de soutien qui se termine par les revendications suivantes :

  • la tenue urgente d’une rĂ©union plĂ©niĂšre rassemblant tous les personnels du lycĂ©e pour mettre Ă  plat toutes les interrogations lĂ©gitimes suscitĂ©es par cette rentrĂ©e hors-norme
  • Des dĂ©doublements accompagnĂ©s d’allĂšgements de programmes pourraient ĂȘtre appliquĂ©s pour attĂ©nuer la catastrophe sanitaire en cours.
  • A minima, nous rĂ©clamons la distribution de masques chirurgicaux aux Ă©lĂšves et aux enseignants (au vu de leur enfermement Ă  plus de 30 dans des salles non aĂ©rĂ©es), des lingettes en quantitĂ© suffisante pour que les Ă©lĂšves puissent nettoyer leurs tables, du gel en plus grande quantitĂ©, le tout sur un budget rĂ©gional spĂ©cifique et non celui des sorties scolaires comme actuellement.

Nous n’avons pas connaissance de blocus ailleurs, mais les problĂšmes que nous soulevons et la grogne qu’ils entraĂźnent sont gĂ©nĂ©ralisĂ©s Ă  la grande majoritĂ© des lycĂ©es du 93. Il y a eu des grĂšves et droits de retrait, dont Ă  Bondy et Ă  Villetaneuse.



Tract des lycéen.ne.s


Article publié le 29 Sep 2020 sur Paris-luttes.info