Vendredi 24 ,nous étions quelques motivé.e.s à nous rassembler, à 4h15 du matin dans un des trois points de covoiturages prévus pour procéder à une action de blocage économique. N’ayant pas participé aux dernières AG, j’apprends sur place qu’il s’agit de bloquer la SCAOUEST. On n’est qu’une vingtaines, réparti.e.s sur les différents points de départ, mais heureusement, on est motivé comme cent ! On part donc en voiture vers Saint-Étienne de Mont-Luc. Là-bas, les gendarmes patrouillent et semblent nous attendre. L’info ne devait circuler que par téléphone, tracts et par bouche à oreille, mais on est pas étonné que l’info ait fuité (écoute téléphonique, indics aux ags, publication sur facebook malgré les consignes de prudences…)

Feu-medium

On arrive pas tou.te.s en même temps devant les grilles de la SCAOUEST, une voiture cherche une place pour se garer, deux voitures n’osent pas s’arrêter car elles sont suivie par les gendarmes … Finalement on se trouve 6 devant les grilles avec un camion pick-up chargé de palettes pour bloquer. Les gendarmes arrivent rapidement, ils demandent ce qu’on fait ici et réclament les papiers du véhicule. Pendant que le chauffeur du camion se dépatouille avec eux, on commence à décharger les palettes. Deux gendarmes essaient d’empêcher les gens d’entasser les palettes devant la grille. On se retrouve vite avec ce qui semble être la totalité des effectifs de nuit de la gendarmerie de Saint-Étienne de Mont-Luc : 6 gendarmes. L’un d’entre eux semble vraiment décidé à nous empêcher de bloquer, il monte le ton et se fait menaçant. Pas de bol pour lui, de notre côté, on est aussi très déter, et des gens continuent à arriver. On est déjà 12 et d’autres voitures arrivent. Au centre ville de Nantes, quand les flics sont 6 et qu’on est « seulement » 12, on se sent souvent assez impuissant. Je pense qu’on a en permanence à l’esprit que les renforts policiers ne sont pas loin. Là, c’était le contraire, on savait que c’étaient nos camarades et complices qui étaient sur le point d’arriver. Les flics on rapidement battu en retraite. C’était chouette de les entendre en rendre compte à leur hiérarchie « on a fait tout ce qu’on a pu »

Tout le monde n’était pas présent aux points de covoiturage, au final, on était presque 40 à alimenter les deux feux de palettes bloquant l’accès à l’entrepôt, sous les regards vexés des gendarmes. Pendant que quelques-un.e.s chantaient des chansons révolutionnaires, d’autres sont parti.e.s chercher d’autres palettes dans la zone industrielle. Illes sont revenu.e.s les mains vides, suite à un désaccord avec les forces réactionnaires répressives. Au début du blocage, on a laisser sortir un ou deux camions de routiers qui avaient finis leur journée de travail et qui rentraient à vide. Plus tard, d’autres routiers sont venus discuter avec nous. Certain.e.s exprimaient des doutes sur la pertinence des blocages économiques, d’autres nous disaient qu’illes avaient aussi fini leur journée et souhaitais rentrer chez eux. Assez vite, on s’est trouvé avec plusieurs questions à trancher. Est-ce qu’on laisse passer les camions vides ? Si oui, est-ce qu’on vérifie qu’ils sont vraiment vides ? Bien sûr, on était pas très à l’aise avec l’idée de créer un comité révolutionnaire pour inspecter le contenu des camions. Pourtant, certain routier nous y encourageait. «  Mon camion est vide, ça me dérange pas d’ouvrir les portes pour vous montrer ». Comme souvent dans ce genre de situation, c’est l’inertie qui gagne, on savait vraiment pas quoi décider, alors on décidait rien du tout, alors on continuait à bloquer tout le monde, ce qui finalement était aussi simple. Mais après, ça s’est compliqué. Plusieurs routiers ont voulu intercéder pour un de leur collègue qui avait fini son taf et devait retourner en Normandie. S’il ne pars pas bientôt, il aura terminé son amplitude de travail maximum de 12h avant d’arriver chez lui et il n’aura plus le droit de conduire. Il ne travaille pas ce week-end. S’il n’arrive pas chez lui ce soir, il ne pourra pas rester le week-end chez lui et restera tout le week-end en déplacement. On rediscute de cette situation. Est-ce qu’on doit vraiment examiner, au cas par cas, quelles sont les camions qu’on bloque et quelles sont les camions qu’on laisse passer ? Selon quels critères ? Est-ce qu’on vérifie que les camions sont vides ? Que le disque du chauffeur indique vraiment qu’il a fini sa journée de travail ? Le chauffeur normand nous montre sont ticket de disque et nous explique ce qu’il veut dire. « Là, c’est mon nom et là mon matricule. Vous voyez, là, le symbole volant, ça veut dire que je conduisais, ya l’heure qui est marqué en face. L’autre symbole, c’est le temps de déchargement … ». D’autres routiers commencent à faire des plaisanteries nous assimilant à la police. C’était pas très agréable. Nous, on ne travaille pas pour le patronat.

Finalement, on décide de laisser passer le camion. Plus tôt dans la matinée, une partie des gendarmes sont partis faire une ronde. On en a profité pour reprendre une palette qu’ils nous avaient empêchée de prendre un peu plus tôt. Les deux gendarmes restant n’avaient pas l’air content. Mais qu’est ce qu’ils pouvaient bien faire, à deux contre quarante ? Ils ont juste regardé ailleurs pour se donner une contenance. Un routier nous a conseillé de plutôt bloquer l’entrepôt un lundi qu’un vendredi. Les magasins fonctionnent à fond le week-end et ils ont vraiment besoin d’être ravitaillé le lundi matin.

Conclusion, on a quand même réussi un beau blocage en étant à peine une quarantaine. On a passé plutôt un bon moment et on a sans doute bien désorganisé le ravitaillement des magasins Leclerc. Si chaque manifestant.e.s à la réforme des retraites avait participé à une action comme ça, le gouvernement aurait probablement retiré sa réforme en moins de trois jours.


Article publié le 28 Jan 2020 sur Nantes.indymedia.org