À l’appel d’une vingtaine d’organisations de gauche, une conférence de presse s’est tenue ce mardi 15 janvier devant la préfecture de Montpellier pour dénoncer la répression contre les gilets jaunes. Les signataires de l’appel réclament notamment « l’amnistie pour toutes les victimes de la répression policière et judiciaire », « la levée de toutes les mesures portant atteinte au droit de manifester », « l’abandon du projet de loi anticasseurs » et « l’abandon et l’interdiction de toutes les armes dites non-létales mais dont l’utilisation conduit à des mutilations ou à des morts, telles que les flash-balls et les grenades de désencerclement ».

« Plus de 5339 gardes à vue depuis le 17 novembre »

Après la lecture par une gilet jaune d’une lettre poignante, une représentante de la section montpelliéraine de la Ligue des droits de l’Homme a dressé un état des lieux alarmant de la répression judiciaire : « Du 17 novembre au 6 janvier, selon le ministère de la justice, 5339 personnes ont été placées en garde à vue, 519 personnes ont reçu des convocations par un officier de police judiciaire, 372 personnes ont reçu des convocations par procès-verbal, 1234 procédures ont été classées sans suite, 815 personnes sont passées en comparution immédiate, 216 en comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, 152 personnes ont été placées sous mandats de dépôt [c’est-à-dire en prison, ndlr], on compte 171 procédures devant le juge des enfants, 639 mesures alternatives [bracelet électronique, placement en semi-liberté, etc, ndlr] et, à jour du 11 janvier, on compte plus de 200 saisines de l’IGPN [inspection générale de la police nationale, ndlr] et 68 enquêtes ont été ouvertes. »

« Je suis traumatisé juste à la vue des policiers »

Deux personnes blessées à Montpellier lors de l’acte VII, Yvan et Kaïna, étaient présents lors de la conférence de presse. Leurs témoignages sont édifiants. « J’ai pris un tir de flashball [de LBD plus précisément, ndlr] à l’arcade rappelle Yvan. À la base, le tir était destiné à l’œil mais ma casquette a dévié le tir. Résultat : huit points de suture et un traumatisme crânien. J’ai été touché alors que je sortais de la gare alors que j’allais là où les policiers nous disaient d’aller. Quand j’ai pris le tir, je suis tombé et tout le monde s’est mis autour de moi pour me protéger, mais ça a continué à tirer des flashballs et des gaz lacrymogènes. J’ai reçu un palet de lacrymo dans ma veste alors que j’étais au sol. Des gens sont partis prévenir une première fois les policiers qu’il y avait un blessé au sol et qu’il fallait donc arrêter de tirer. Les policiers ont dit ‘‘ok, on arrête de tirer’’ mais juste après, ils ont retiré. Les gens ont dû mettre une banderole devant moi pour protéger les médics et me protéger. Au bout d’un moment, les gaz lacrymogènes et les tirs de flashball étaient tellement insupportables que les médics ont dû m’évacuer de force parce qu’eux mêmes commençaient à être blessés. […] Je suis passé chez un médecin légiste, mais je n’ai toujours pas récupéré mon dossier médical, je n’ai toujours pas de certificat médical du médecin urgentiste, je n’ai toujours pas d’ITT [interruption temporaire de travail, ndlr] de l’hôpital, mais mon médecin traitant m’en a prescrit cinq jours. J’ai des traumatismes juste à la vue des policiers, j’ai des grosses difficultés à dormir, beaucoup de cauchemars, des maux de tête récurrents, des fortes douleurs qui arrivent instantanément, des pressions internes dans l’œil et toutes les questions qu’on peut se poser : pourquoi ? Mais on ne lâchera pas. »

Kaïna aussi a été blessée en sortant de la gare : « Il restait cinq gilets jaunes dans la gare, je les ai fait sortir, et on m’a tiré dessus. J’ai eu sept points de suture au crâne, et le trou continue à se creuser. Je suis sorti sans papier de l’hôpital, sans jour d’ITT, j’ai dû aller voir mon médecin traitant pour avoir des ITT. J’ai voulu porter plainte, mais je ne voulais pas être seul avec des policiers, j’avais trop peur. J’ai appelé la Ligue des droits de l’Homme devant le commissariat, et la police m’a proposé de déposer ma plainte avec un avocat commis d’office en guise de témoin. Mais j’ai refusé car je veux un avocat de confiance, avec qui je me sens protégé. J’ai rencontré un avocat parisien, et on va déposer plainte au procureur de la République. Cette blessure a traumatisé ma fille, et moi aussi je fais des crises d’angoisse. Pleurs, mal de tête continue, douleurs abominables, œil gauche voilé… On va essayer d’aller voir les blessés qui sont dans les campagnes. C’est dur psychologiquement, on ne peut pas laisser les gens tout seul. »

« Pourquoi eux sont incarcérés et pas moi ? »

Des gilets jaunes de Bessan étaient aussi présents pour dénoncer l’incarcération de leurs proches. Le 8 janvier, 46 personnes ont été arrêtées dans l’Hérault par 160 gendarmes dans le cadre d’une enquête sur l’incendie à la mi-décembre d’un local de Vinci au péage d’Agde-Bessan. Une vingtaine de personnes ont été mises en examen, et douze personnes ont été placées en détention provisoire. Ils seraient accusés de « groupe en bande organisée en vue de commettre des destructions matérielles publiques et mise en danger de la vie d’autrui » et risqueraient de passer aux assises. « Ce qu’on reproche à ces gens, c’est de s’être réuni pour discuter des actions à mener. Mais c’était une réunion ouverte, on était plus de deux-cents et moi aussi j’y étais, alors pourquoi eux et pas moi ? » s’interroge une Bessanaise. « Parmi les prisonniers, il y a un handicapé s’indigne Sonia, elle aussi Bessanaise. Une personne a été incarcérée juste pour avoir fait une quête pour les défunts du mouvement. La justice lui reproche d’être la trésorière d’une association de malfaiteurs ! Mais n’importe qui aurait pu prendre cette cagnotte. Le soir on se dit : ‘‘j’aurais mieux fait de la faire moi-même cette quête… ’’ Je ne crois plus en la justice, mais j’ai confiance en la fraternité humaine. »

Source: http://www.lepoing.net/blesses-a-montpellier-et-proches-dincarceres-de-bessan-des-gilets-jaunes-temoignent/ -