Janvier 21, 2022
Par Le Monde Libertaire
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Il ne fait pas bon de blasphémer au Pakistan. Un tribunal de ce pays a condamné une jeune femme de 26 ans à la peine de mort parce qu’elle aurait partagé des images jugées insultantes pour le prophète Mahomet et l’une de ses épouses. On ne sait pas précisément en quoi consistaient ces images “insultantes”, mais le juge qui a prononcé la peine nous apprend que

Le matériel blasphématoire qui a été partagé/installé par l’accusée sur son statut [sur la plateforme de messagerie WhatsApp] et les messages ainsi que les caricatures qui ont été envoyés au plaignant sont totalement insupportables et non tolérables pour un musulman

Le “plaignant” est l’homme avec qui la jeune femme, Aneeqa Ateeq, aurait eu un échange sur WhatsApp. Elle a plaidé non coupable aux accusations, qui avaient été déposées pour la première fois en mai 2020.

Aneeqa Ateeq déclara au tribunal que son accusateur, Hasnat Farooq, l’avait piégée et délibérément entraîinée dans une discussion religieuse, parce qu’elle avait refusé “d’être amicale” avec lui. On croit comprendre ce qu’«être amicale» veut dire dans ce cas…
La condamnation à mort d’Aneeqa Ateeq doit être confirmée par la Haute Cour de Lahore, une instance devant laquelle elle a également le droit de faire appel.

L’accusation de blasphème est une affaire sérieuse dans ce pays. Non seulement les lois sont extrêmement strictes, mais la population elle-même en rajoute une louche. En effet, les allégations de blasphème ont donné lieu à des violences extrajudiciaires, à la justice populaire ou à des protestations violentes généralisées.
Depuis 1990, au moins 80 personnes ont été tuées en rapport avec des allégations de blasphème, selon un décompte d’Al Jazeera. Parmi les personnes tuées figurent des personnes accusées de blasphème, des membres de leur famille, leurs avocats et au moins un juge, selon les données.
Lors de la dernière attaque de ce type, un directeur d’usine textile sri-lankais a été battu à mort par une foule et son corps a été brûlé en public dans la ville de Sialkot en décembre, après avoir été accusé de blasphème par des collègues.
Dans un rapport de 2015, la Commission internationale des juristes (CIJ) a estimé que les procès pour blasphème au Pakistan étaient “fondamentalement inéquitables“, énumérant des préoccupations allant de l’intimidation et du harcèlement des juges, à “la partialité et les préjugés manifestes des juges à l’encontre des accusés“, en passant par des enquêtes et des poursuites qui ne répondent pas aux exigences de diligence raisonnable1.

On comprend que le Pakistan est un pays où il ne fait pas bon vivre si on est une femme. Une femme par jour est tuée pour avoir voulu s’affranchir de la tutelle de son père, frère ou mari. Une commission indépendante des droits du Pakistan a enregistré 423 viols et 304 viols collectifs en 2015, pour «punir» ces femmes qui mettent à mal l’honneur familial. Ces meurtres n’étant généralement pas punis, les Pakistanais restent persuadés de leur légitimité.

Ajoutons que si vous êtes une femme, que vous vous mariez et avez une dot, vous courez un sérieux risque car les décès liés à la dot sont fréquents: des femmes sont assassinées ou poussées au suicide par le harcèlement continu et la torture, par leur mari et leur belle-famille, dans le but d’extorquer leur dot. Le Pakistan, avec 2 000 décès de ce type par an, a le taux le plus élevé de décès liés à la dot, soit 2,45 pour 100 000 femmes.

E.V.




Source: Monde-libertaire.fr