Juin 1, 2021
Par Paris Luttes
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Le 1er février 2021, une junte militaire prenait le pouvoir en Birmanie/Myanmar, orchestrant un véritable coup d’État. Depuis, la résistance populaire et la répression n’ont fait que croître, et des centaines de personnes sont mortes dans les rues. Nous appelons aujourd’hui à cibler le régime militaire en place et tous ses soutiens, en particulier les entreprises françaises et étrangères qui arrosent financièrement le régime.

Les affrontements et bombardements ont tué plus de 800 personnes dans le pays. À la suite de plusieurs semaines de manifestations et d’affrontements dans les rues, la KIA a lancé une vague d’attaques ciblées contre la junte dans l’État du Kachin et ailleurs : embuscades, attaques de bases…

Note importante : cet article est écrit par des personnes résidant en France et qui n’ont pas de lien particulier avec le Myanmar/Birmanie. Nous n’avons aucun attachement spécifique à cette terre et à ses ethnies et cultures, et écrivons ces lignes sans intérêt matériel, financier ou politique, mais parce que la rage de la liberté et de l’égalité brûle dans nos cœurs contre tous les États et leurs pratiques répressives. Solidarité avec tous les peuples opprimés ! Et si nous manquons, de notre perspective, d’information et de recul, n’hésitez pas à répondre à cet article.

Contexte historique

L’empire birman s’étend jusqu’en 1824 où il menace les intérêts britanniques. Trois guerres s’ensuivent, à la suite de quoi la Birmanie est intégralement conquise par l’empire britannique en 1885. Comme partout ailleurs, la colonisation ne profite qu’aux riches, et la grande majorité de la population birmane s’appauvrit considérablement.

Malgré quelques réformes de surface, la Birmanie reste une colonie britannique. Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, l’Armée pour l’Indépendance Birmane s’allie avec le Japon qui lui promet l’indépendance. Mais les promesses sont fausses et une partie du gouvernement se rallie aux Britanniques pour chasser l’occupant japonais en juillet 1945.

En 1947, un traité est négocié avec l’Angleterre pour obtenir l’indépendance. Malgré le mécontentement à gauche comme à droite, et une vague d’assassinats orchestrée par un ex-ministre conservateur, la Birmanie devient une République électorale indépendante en 1948. Si les mouvements indépendantistes dans certaines régions gagnent du terrain (notamment chez les ethnies Shan et Kachin), c’est un coup d’État orchestré par l’armée en 1962 qui met fin à la social-démocratie birmane. Les partis politiques sont interdits complètement en 1964 au profit du parti unique, le Burma Socialist Programme Party.

Transition démocratique ?

Au cours des années de capitalisme d’État qui suivent, la misère est rampante et la répression sanglante. Le gouvernement militaire est pris entre les grèves et les manifestations, mais ne lâche rien. Comme en URSS, la dictature du prolétariat va main dans la main avec l’oppression ethnique, et l’armée lance en 1978 une opération contre les Rohingyas (ethnique musulmane de Birmanie) qui expatrie des centaines de milliers d’entre elleux.

Au cours des années 80, le gouvernement retourne sa chemise et libéralise petit à petit l’économie, sans régler les problèmes de fond. En 1990, l’élection d’une assemblée constituante pour réviser la constitution donne la National League for Democracy gagnante. L’armée refuse les résultats des élections, empêche l’assemblée de se réunir, et les deux dirigeantEs de la NLD restent assignéEs à résidence.

Si les militaires annoncent en 2003 une feuille de route vers la « démocratie », rien ne se produit immédiatement. En 2007, la levée des subventions étatiques sur l’essence provoque un immense mouvement de protestation, à nouveau réprimé dans le sang. L’année suivante, un cyclone ravage le pays. C’est finalement en 2011 que les réformes sont mises en marche, dont la légalisation des syndicats et des grèves, l’amnistie de plusieurs centaines de détenuEs politiques, et la fameuse libération d’Aung San Suu Kyi (dirigeante du NLD).

Sur le papier, la transition vers la « démocratie » est achevée. En pratique, l’armée reste en position de pouvoir. Elle orchestre une nouvelle campagne de déplacement et d’extermination contre les Rohingyas à partir de fin 2016. Ce génocide est d’ailleurs [défendu internationalement] par Aung San Suu Kyi.

Coup d’État et autodéfense populaire

Le NLD remporte haut la main les élections d’octobre 2020 (396/476 sièges). Quelques centaines de personnes issues de groupes fascistes, réactionnaires, et pro-militaires organisent des manifestations dénonçant les résultats des élections. Le 30 janvier 2021, leur manifestation tourne à l’émeute à Rangoun. Deux jour plus tard, le 1er février, l’armée dirigée par le général Ming Aung Hlaing (accusé par l’ONU d’avoir orchestré le génocide Rohingya) fait arrêter des membres du gouvernements et déclare l’état d’urgence pour un an. Dès le lendemain, le pays se lève contre le coup d’État et déclenche un mouvement de luttes et de résistances variée :

Des manifestations ont lieu durant plusieurs jours dans le pays, notamment à Rangoun. Les manifestations sont organisées malgrés les coupures d’internet, et la mise en place d’un couvre feu nocturne. Le 8 février, la police déploie flashball, canons à eau, et gaz lacrymogènes pour réprimer les manifestations. Le 9 février, elle ouvre le feu à balles réelles sur les manifestantEs.

À partir du 26 février, des affrontements ont lieu à Rangoun, entre la police (appuyée par l’armée) et des manifestantEs qui érigent des barricades. Pendant plusieurs semaines les manifestant se defendent avec des armes artisanales (lance-pierre, cocktail molotov) contre des armes de guerre. Mais le 17 mars l’armée reprend les rues avec une offensive a balles réelles, detruisant les barricades et emprisonnant qui elle peut. Au moment ou nous ecrivons cet article, au moins 800 personnes sont mortes (dont 50 enfants) depuis le début des manifestations, et il y a 3 000 arrestations rencensées, d’autant de disparitions, et de personnes en exil (notamment en Thailande).

Pour autant la lutte continue et s’intensifie dans certains coins du pays. Des manifestations ont lieu a Waimaw, a Naypyidaw et d’autres villes. Dans les regions du nord et de l’est du pays, qui luttent pour leur independance, des combats armés reprennent entre groupes et la junte.

Au Nord, le groupe KIA, branche armée d’un groupe politique qui lutte pour l’indépendance de la minorité kachin (KIO), lance une vague d’attaque ciblées dans la région du Kachin : embuscades de convois militaires, attaques de bases militaires et attaques contre des compagnies et bureaux liés à la junte.

https://myanmar-now.org/en/news/kia-has-seized-10-myanmar-military-bases-since-coup-locals-estimate

https://www.irrawaddy.com/news/burma/bomb-blasts-injure-least-three-myanmar-regime-troops-yangon.html

À l’Est aussi, l’armée birmane subit des attaques. Le 27 et 28 mars, l’armée lance une offensive et bombarde dans la région du Karen, qui fera nombre personnes blessées et déplacées (le 27 mars a été la plus forte journée de répression à travers toute la Birmanie). Le groupe KNLA, branche armée de l’Union Nationale Karen (KNU), lance le 2 mai un appel pour unifier les différentes factions de la guérilla karen contre le gouvernement militaire.

(https://www.lemonde.fr/international/article/2021/03/27/journee-des-forces-armees-de-nouvelles-manifestations-reprimees-en-birmanie_6074648_3210.html)

Appel à action

Nous relayons donc cet appel a mobilisations et actions partout où cela est possible. Organisons-nous en comités locaux de solidarité internationale. Que ce soit des rassemblements devant des ambassades, des manifestations, récolte de fonds ou des actions directes, il est temps de soutenir les peuples de Birmanie et tous les peuples en lutte à travers la planète.

Dans la mesure où nous résidons en France, nous appelons aussi à cibler les compagnies francaises (et au-delà) qui collaborent avec la junte en Birmanie. Parmi ces entreprises, on retrouve Total, ACCOR Hotels, L’Oréal, ou encore Bolloré… autant dire que leur malfaisance ne s’arrête pas aux frontières de la Birmanie.

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/05/04/birmanie-comment-total-finance-les-generaux-a-travers-des-comptes-offshore_6078990_3210.html

Nous sommes au coeur de la bête, où toutes ces entités qui nous entourent sont responsables pour l’assujettissement et le massacre de millions de personnes à travers la planète. Amesys a servi des armes de guerre numériques (surveillance) à Kadhafi. Lafarge a amplement financé Daech pour développer ses intérêts sur le territoire du caliphat. Dassault, Vernay Carron, Alsetex et Thalès continuent de fabriquer et d’exporter des armes de guerre (récemment en Égypte) qui servent à éborgner les gosses dans nos quartiers et fusiller les insurgéEs d’ailleurs.

https://en.wikipedia.org/wiki/Groupe_Bull#Amesys_controversy

Un groupe de personnes qui se sentent concernées par la situation…

Solidarité antifasciste et internationaliste !

Vive la commune, mort aux États !

Notes :

  • on est pas là pour défendre le gouvernement « légitime » de qui que ce soit, et encore moins d’Aung San Suu Kyi qui défend le génocide des rohingyas
  • on est pas là pour défendre le KNO ou une autre milice armée accusée de crimes de guerre ; on ne connaît ni ces personnes, ni leur programme, ni leurs actions
  • le gouvernement français appelle à la libération des détenuEs politiques au Myanmar, mais il ferait bien de goûter à son propre remède au lieu de construire des dizaines de nouvelles prisons !

English version :

On February 1st 2021, a military junta seized power in Burma/Myanmar, orchestrating a proper coup d’État. Since then, popular resistance and repression have only grown, and hundreds of people have died in the streets. We call today to target the military regime in place and all its supports, including french and foreign companies financing the regime.

Important note : this article is written by persons residing in France who have no specific link to Myanmar/Burma. We have no legitimate attachment to this land and its ethnicities/cultures, and write these lines without any material, financial or political interests, but because the rage for freedom and equality burns in our hearts against all states and their repressive practices. Solidarity with all oppressed peoples ! And if we lack information and perspective from our viewpoint, don’t hesitate to reply to this article.

Historic context

The burmese empire grows until 1824 when it starts to threaten the British interests. Three wars follow, after which Burma is entirely conquered by the British empire in 1885. Like anywhere else, colonization only profits the rich, and the great majority of burmese population gets considerably poorer.

Despite superficial reforms, Burma remains a british colony. During the Second World War, the Army for Burmese Independance allies with Japan who promises independance. But the promises are fake and part of the government rejoins the British to chase the Japanese occupier away in july 1945.

In 1947, a treaty is negociated with England to obtain independance. Despite dissatisfaction on the left and right, and a wave of assassinations orchestrated by a conservative ex-ministry, Burma becomes an independant electoralist republic in 1948. Despite the independantist movements gain ground in certain regions (notably with the Shan and Kachin ethnicities), a coup d’État orchestrated by the army ends the burmese social-democracy in 1962. Political parties are outlawed entirely in 1964, and only the Burma Socialist Programme Party remains.

Democratic transition ?

During the years of State capitalism that follow, misery is rampant and repression bloody. The military governemnt is stuck between strikes and demonstrations, but doesn’t give way. Like in the USSR, the dictatorship of the proletariat goes hand in hand with ethnic oppression, and the army starts in 1978 an operation against Rohingyas (muslim ethnicity of Burma) which expatriates hundreds of thousands of them.

In the 80s, the government does a U-turn and slowly liberalises the economy, without fixing deeper problems. In 1990, the election for a constituent assembly to revise the constitution results in the National League for Democracy winning. The army refutes the results of the elections, prevents the assembly from gathering, and keeps the two leaders of the NLD under house-arrest.

Despite the military announcing in 2003 a roadmap for « democracy », nothing happens immediately. In 2007, the removal of fuel subsidies provokes an immense protest movement, once again repressed in blood. The following year, a cyclone ravages the country. Finally in 2011, the reforms are started, including the legalization of unions and strikes, the amnesty of hundreds of political prisoners, and the famous liberation of Aung San Suu Kyi (NLD leader).

On paper, the transition to « democracy » is achieved. In practice, the army stays in positions of power. It orchestrates a new campaign of displacement and extermination against the Rohingyas since the end of 2016. This genocide is by the way [internationally defended](https://www.nytimes.com/2019/12/11/world/asia/aung-san-suu-kyi-rohingya-myanmar-genocide-hague.html) by Aung San Suu Kyi.

Coup d’État and popular self-defense

The NLD won by far the elections of october 2020 (396/476 seats). Hundreds of persons from fascist, reactionary and pro-military group organize demonstrations denouncing the results of the election. On January 1st 2021, their demo turns to riot in Rangoun. Two days later, on February 1st, the army led by general Ming Aung Hlaing (accused by the UN to have orchestrated the Rohingya genocide) has members of the government arrested, and declares the state of emergency for a year. The next day, the country rises against the coup d’État and starts a movement of varied struggles and resistance :

  • non-violent protests and acts of disobedience
  • a health workers strike, that expands to other sectors of industry and public services
  • a boycott campaign of brands and companies tied to the military regime
  • pot-banging protests

Demonstrations take place for many days across the country, notably in Rangoun. They are organized despite the Internet shutdown and a nightly curfew. On February 8th, police deploys rubber bullets, water cannons, and teargas to repress the demonstrations. On February 9th, they shoot through the crowd with live bullets.

After February 26th, there are clashes in Rangoun between the police (helped by the army) and protesters who build barricades. For a few weeks, protesters defend themselves with home-made weapons (slingshot, molotov cocktail) against weapons of war. But on March 17th the army takes back the street in a live-bullet offensive, destroying the barricades and imprisoning who they can. At the time we write this article, more than 800 people have died (including 50 children) since the start of the demonstrations, et there are even more arrests, disappearances, and persons in exile (notably in Thailand).

Still the stuggle continues and intensifies in certain parts of the country. Demonstrations take place in Waimaw, Naypyidaw and other cities. In the northern and eastern regions of the country, who’ve been struggling for independance, armed struggles have resumed between the groups and the junta.

In the North, the KIA group, armed branch of a political group struggling for the independance of the kachin minority (KIO) started a wave of targeted attacks in the Kachin region : ambushes of military convoys, attacks of military bases and against companies and offices tied to the junta.

In the East also, the burmese army is under attack. On the 27th and 28th of march, the army starts an offensive and drops bombs in the region of Karen, wounding and displacing many persons (the 27th was the biggest dya of repression throughout Burma). The KNLA group, armed branch of the Karen National Union (KNU), calls on May 2d for the different factions of the karen guerilla to unify against the military government.

We relay this call to mobilization and actions wherever is possible. Let’s organize into local committees of international solidarity. Whether it’s for gatherings in front of embassies, demonstrations, fundraising or direct actions, it’s time to support the people of Burma and all struggling peoples across the planet.

As we reside in France, we call particularly to target french companies (and beyond) who collaborate with the junta in Burma. Among these companies we find Total, ACCOR Hotels, L’Oréal, or even Bolloré… we can say their evil-doing does not stop at the borders of Burma.

We are in the heart of the beast, where all these entities surrounding us are responsible for subjugating and massacring millions of persons throughout the planet. Amesys served digital weapons to Gaddafi (for surveillance). Lafarge largely financed Daech to develop its interests in the territory of the caliphate. Dassault, Vernay Carron, Alsetex and Thalès continue to make and export weapons (recently in Egypt), to take off eyes of kids in our neighborhoods, and to execute insurgents elsewhere.

A group of persons who feel concerned by the situation…

Antifacsist and internationalist solidarity !

Long live the Commune, death to the States !

Notes :

  • we are not here to defend the « legitimate » government of whoever, and even less so of Aung San Suu Kyi who defends the genocide against Rohingyas
  • we are not here to defend the KNO or any other militia sometimes accused of war crimes ; we don’t know these people, their programs or their actions
  • the french government calls for the liberation of political prisoners in Myanmar, but it should taste some of of that medicine itself instead of building dozens of new prisons !



Source: Paris-luttes.info