Avril 9, 2021
Par ACTA
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Le nouveau prĂ©sident Biden fait les yeux doux aux États de l’Union europĂ©enne qui avaient d’ailleurs souhaitĂ© son Ă©lection, et qui l’ont invitĂ© Ă  assister Ă  leur derniĂšre rĂ©union du Conseil (on se croirait au temps du plan Marshall !). La presse ouest-europĂ©enne est sous le charme, toujours prompte Ă  vouloir ĂȘtre bercĂ©e par l’oncle Sam. Une tendre colombe occuperait dĂ©sormais la Maison Blanche. Mais son ramage se rapporte-t-il Ă  son plumage ?

Le candidat Biden affichait pourtant clairement la nĂ©cessitĂ© du leadership Ă©tats-unien sur le monde, avec un nouveau slogan : « l’exemple de la puissance et la puissance de l’exemple Â». Le fond est toujours le mĂȘme : pour Ă©chapper au chaos, le monde devrait se soumettre Ă  l’hĂ©gĂ©monie d’une superpuissance. Et il est prĂ©fĂ©rable que ce soient les USA qui assument cette gĂ©nĂ©reuse fonction, plutĂŽt qu’un autre pays – entendez : la Chine, le cauchemar de la Maison Blanche.

Biden s’est entourĂ© des pires va-t-en-guerre des Ă©quipes prĂ©cĂ©dentes. Il est soutenu par Hillary Clinton et Colin Powell ainsi que par une bonne partie de l’ancien staff de Georges Bush. Et aussi par Madeleine Albright qui reste trĂšs active, et dont il a nommĂ© une protĂ©gĂ©e, Samantha Power, Ă  la tĂȘte de l’US Aid (avec un budget dĂ©passant les 20 mds $ de dollars), en rĂ©fĂ©rence Ă  ses thĂ©ories sur l’ingĂ©rence humanitaire (le prĂ©lude Ă  toute agression).

Le complexe militaro-industriel a ainsi choisi son homme. Les fabricants d’armes ont davantage financĂ© la campagne de Biden que celle de Trump. L’un des principaux donateurs, le fond spĂ©culatif Palmora Partners, est trĂšs prĂ©sent dans le groupe Raytheon (troisiĂšme producteur d’armes aux USA, un des principaux fournisseurs de l’Arabie Saoudite). Selon une bonne vieille tradition outre-Atlantique, Biden a nommĂ© comme secrĂ©taire Ă  la DĂ©fense un membre du conseil d’administration de ce groupe, Lloyd Austin, qui a fait ses armes en Irak en 2003 puis en Afghanistan.

Le numĂ©ro de charme de Biden dissimule mal la volontĂ© d’embrigader l’Union europĂ©enne dans la campagne contre la Chine et la Russie, alors que les points de dĂ©saccords se multiplient (notamment avec l’Allemagne). MĂ©sentente sur l’Iran par exemple, que Biden veut maintenir sous embargo et sous la menace. Pressions renouvelĂ©es pour empĂȘcher l’aboutissement du deuxiĂšme gazoduc reliant la Russie Ă  l’Allemagne (Nord Stream2). Poutine traitĂ© de « tueur Â» – ce n’est en soi pas gĂȘnant pour Biden, qui s’y connaĂźt et a tant d’amis dans la catĂ©gorie, mais le but est d’entraver tout rapprochement entre l’UE, et en particulier, l’Allemagne, et son voisin de l’Est.

Les tensions ne feront que s’exacerber, car les USA ne savent pas faire autrement que de jouer solo. L’exemple afghan est Ă  cet Ă©gard emblĂ©matique. Le 18 mars, les États-Unis ont organisĂ© Ă  Moscou (donc chez « le tueur Â») une confĂ©rence pour rĂ©gler le sort de l’Afghanistan, dans le plus pur style colonial, oĂč la Chine Ă©tait conviĂ©e, mais pas l’Union europĂ©enne. Fin de l’eurocentrisme, camarades, il faudra vous y faire !

Des tensions entourent le retrait des troupes US (qui ne reprĂ©sentent qu’un quart des contingents), mais qui mĂšnent la danse au plan logistique. L’Allemagne n’a pas digĂ©rĂ© la signature de l’accord de paix exclusif entre les États-Unis et les Talibans, elle qui a 1500 soldats sur le terrain, prĂ©cisĂ©ment convoquĂ©s pour chasser ces mĂȘmes Talibans


Trump semblait penser que, de quelque maniùre qu’on la traite (notamment en lui infligeant des taxes douaniùres), l’Europe resterait servile dans la confrontation avec la Chine, sans doute parce que, à l’inverse de Biden, il sous-estimait l’influence chinoise sur le continent.

Car la force d’attraction du pays en passe de devenir la premiĂšre puissance Ă©conomique du monde ne cesse de croĂźtre. AprĂšs la crise de l’euro de 2009-2010, les pays du sud de l’Europe furent rĂ©duits Ă  vendre leurs ports et leurs infrastructures Ă  la Chine. Puis la Serbie est devenue Ă  son tour « un sas d’entrĂ©e vers l’Europe pour PĂ©kin Â» selon l’expression du Monde (21-22 mars 2021). Un symbole du dĂ©clin europĂ©en (et on pourrait ajouter de l’Occident tout entier) : la citĂ© industrielle et miniĂšre de Bor, fondĂ©e au siĂšcle dernier avec les capitaux français de Schneider, est aujourd’hui aux mains du gĂ©ant chinois minier Zijin.

A front renversĂ©, la Chine veut s’afficher comme la championne du libre-Ă©change, alors que les États-Unis renforcent leur protectionnisme (comme la plupart des pays). En tĂ©moigne le pacte de libre-Ă©change que la Chine a signĂ© en novembre 2020 avec quatorze pays du Pacifique (Australie, Japon, CorĂ©e du Sud
) sans les USA. MĂȘme la politique belliciste de l’embargo est mise Ă  mal, comme le montre l’accord de « partenariat global Â» (couvrant tous les domaines) que la Chine et l’Iran viennent de contracter.

En tĂ©moigne Ă©galement la signature en dĂ©cembre 2020 avec l’Union europĂ©enne, d’un accord sur les investissements contre l’avis des USA, accord qui offre aux entreprises europĂ©ennes un accĂšs sans prĂ©cĂ©dent Ă  la Chine et dont l’’Allemagne (qui occupe actuellement la prĂ©sidence de l’UE) avait fait une prioritĂ©.

Un premier accord avait Ă©tĂ© signĂ© en septembre 2020, malgrĂ© l’opposition des États-Unis, concernant la reconnaissance des Indicateurs GĂ©ographiques (IG), qui protĂšgent les savoir-faire et les territoires dans l’agroalimentaire (la Chine, qui a un important dĂ©ficit commercial dans les produits agricoles, est le troisiĂšme client de l’UE dans ce domaine). LĂ  encore, le protectionnisme et l’unilatĂ©ralisme des USA (qui refusent la rĂ©gulation des IG) ont Ă©tĂ© mis Ă  mal.

Aux plans Ă©conomique et commercial, voire diplomatique, les États-Unis sont ainsi progressivement mis sur la touche. Il faut dire que la rhĂ©torique antichinoise sur les droits de l’homme, que Biden veut imposer Ă  ses alliĂ©s, constitue un bien pauvre barrage face aux « eaux glacĂ©s du calcul Ă©goĂŻste Â».

D’oĂč l’effroi du nouveau prĂ©sident devant les sĂ©nateurs dĂšs son arrivĂ©e Ă  la Maison-Blanche : « Si l’on ne s’active pas, [les Chinois] vont manger notre repas Â» (le 11 fĂ©vrier). Pour illustrer la « puissance de l’exemple Â», les USA sont contraints d’injecter des milliers de milliards de dollars dans l’économie : 6 000 milliards pour la maintenir Ă  flot lors de la crise sanitaire, et aujourd’hui un plan d’investissement de 2 250 milliards. Chose inouĂŻe, Biden a ouvertement reconnu qu’il s’agissait de faire face Ă  la « concurrence extrĂȘme avec la Chine : « [Les Chinois] investissent des milliards de dollars pour s’occuper d’un Ă©ventail de questions liĂ©es aux transports, Ă  l’environnement et plein d’autres choses. Nous devons nous mettre au niveau Â». Or ce plan sur huit ans est loin du niveau !1

Il reste alors « l’exemple de la puissance Â» pour attacher le char europĂ©en aux États-Unis, c’est-Ă -dire l’alliance militaire. Pour bien mettre les points sur les i, le nouveau secrĂ©taire d’Etat Antony Blinken a rappelĂ© que « l’OTAN est l’ancrage du lien transatlantique qui unit l’Europe et l’AmĂ©rique du Nord Â». Ainsi, la « rĂ©paration Â» des liens USA-UE passera par la « reconstruction Â» de l’OTAN.

Le premier acte du projet « Global Britain Â» de Boris Johnson indique quel chemin elle suivra. En adoptant une rallonge de 16 milliards de dollars avec la modernisation de l’arme nuclĂ©aire et le dĂ©veloppement de la marine (qui deviendra « la premiĂšre d’Europe Â»), ce projet obĂ©it aux consignes des USA : renforcer les forces de projections pour prĂ©parer la guerre, comme en tĂ©moigne le nouveau slogan, « plus de soldats, plus souvent et plus longtemps Ă  l’étranger Â».

Le soir des Ă©lections Ă  la Maison Blanche, ce ne sont pas des blanches colombes qui se sont Ă©levĂ©es dans le ciel de Wilmington (Delaware) au-dessus de la tĂȘte du nouveau PrĂ©sident, mais des drones qui y ont inscrit son nom en lettres de feu : un hommage Ă  celui qui a tant promu les drones tueurs Predator qui ont assassinĂ© des milliers de personnes.

Des va-t-en-guerre plus dangereux que jamais sont donc au pouvoir Ă  Washington. Les peuples d’Europe ne doivent pas se laisser entraĂźner dans leur aventurisme militaire qui peut trĂšs mal finir. À cet Ă©gard, deux des axes du Collectif NGNEG sont des plus importants : participer Ă  la campagne pour quitter l’OTAN et Ă  celle pour supprimer le Service national universel qui veut enrĂŽler et prĂ©parer la jeunesse pour de prochains conflits.

8 avril 2021

Collectif Ni guerres ni Ă©tat de guerre

  1. La presse (y compris de gauche) s’est empressĂ©e de saluer un nouveau Roosevelt ! Mais ce plan sur huit ans est assez minable : 77 mds par an pour rĂ©parer les routes et les conduites d’eau, 86 mds pour le BTP et les services publics, 72 mds pour l’emploi et l’innovation (rappelons que le PIB Ă©tats-unien est de 20 000 mds de dollars). Les investissements sur l’éducation et la santĂ© sont pour l’instant 
 Ă  l’état de promesse. Le taux d’imposition des entreprises remonte certes de 21 Ă  28%, mais il Ă©tait de 90% lors du New Deal.



Source: Acta.zone