Janvier 10, 2023
Par Dijoncter
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Deux individus seront prochainement renvoyés devant le tribunal de Besançon, après avoir reconnu leur participation au vandalisme raciste d’une statue de Victor Hugo le 21 novembre dernier. Sans surprise et malgré les réserves du parquet, les suspects s’avèrent être des membres notoires de l’extrême-droite locale. Focus sur Etienne M., double zélé de cette affaire comme du milieu.

L’histoire d’un gamin pas si tranquille.

Originaire d’un village proche de Poligny, c’est au cœur du Jura qu’Etienne M. grandit. Joueur de base-ball remarqué, il rejoint l’équipe de France junior à douze ans [1]. Après un cursus scolaire classique, il s’inscrit dans les ambitions paternelles en optant pour une licence en kinésithérapie. Jusqu’alors en somme, se dresse le portrait d’un banal minot de vingt ans. Mais tout bascule le 17 novembre 2022 à Besançon, avec une polémique identitaire ciblant la réhabilitation d’une statue figurant l’écrivain Victor Hugo. Réalisée par l’artiste sénégalais Ousmane Sow en 2002, la reprise de son écrin noir d’origine est décriée entre fantasmes et réflexes racistes [2].

Le 21 novembre 2022 peu avant minuit, l’œuvre est saccagée. Le caractère volontaire et orienté de l’acte ne fait toutefois guère de doute, l’atteinte étant d’ailleurs revendiquée quelques heures plus tard sur une plateforme d’extrême-droite radicale [3]. Laquelle encense cette entreprise, menée « à l’initiative des nationalistes locaux » ayant restitués « une belle couleur blanche, bien française, bien bisontine, bien 19e siècle. » Le tout s’accompagne d’un cliché in situ, la mise en scène incluant deux bras tendus et une pancarte « White Power » frappée de croix celtiques. Une symbolique très marquée, brandie par les fascistes et néonazis du PPF au GUD en passant par le Stormfront.

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La photographie de revendication, bras tendus et affiche « White Power. »

Un client plus bavard que le Procureur.

Malgré une opération effectuée de nuit et le visage dissimulé, le dénommé Etienne M. est identifié via la vidéosurveillance. Interpellé au petit matin, il reconnaît son implication et balance son complice Théo Giacone… tout en limitant d’emblée l’importance de son rôle et la portée de son geste. Il était là d’accord, mais comment quantifie t-il sa participation ? C’était en réalité un simple presseur de bouton, ici celui de son smartphone. Ah. Concernant ses motivations et la nature du message, les choses sont peut-être plus tranchées ? Aucune portée haineuse, promis juré. Face aux flics, la défense est déjà bien rodée : voilà un gros benêt, qui a juste fait une vilaine bêtise.

C’est l’argumentaire que va également distiller le Procureur de la République Étienne Manteaux, lors d’une conférence de presse tenue le 25 novembre 2022. « Ces individus sont inconnus de la police comme de la justice, rien ne permet d’attester de leur radicalité » a t-il plaidé. Avant d’annoncer un renvoi en correctionnelle « au lieu d’une comparution immédiate, car il faut prendre le temps de comprendre qui sont ces jeunes. » Si le magistrat est souvent catégorique et intarissable, ici les précautions sont draconiennes et le silence sur le nom des mis en cause inébranlable. C’est qu’il ne faudrait pas pouvoir contredire le chef du Parquet, seul à croire en son joli conte de Noël.

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Le Procureur de la République à Besançon, Etienne Manteaux.

RN, GZ et Cocarde.

Car contrairement à ces affirmations, Etienne M. n’est pas aussi anonyme et mystérieux. Courant 2021, il avait rejoint le « Rassemblement National » (RN). Un engagement sans éclat et qui tranche avec ses camarades, comme Jean-Baptiste Batifoulier, Quentin le Derout, Steven Fasquelle, Théo Giacone, ou encore Enzo Archambault, obtenant quant à eux des postes et investitures. Mais le jeune homme s’éloigne vite du parti Lepeniste, en même temps que l’ensemble de ses pairs fin 2021/début 2022. Si ces derniers assument s’illustrer à « Génération Zemmour » (GZ), lui préfère être en retrait des poses et comptes-rendus de cette campagne électorale agressive.

Ce qui n’empêche pas le jurassien de partager pleinement la liesse politique ambiante, lorsque l’étiquette « Reconquête » se retourne opportunément au profit de celle du syndicat universitaire d’extrême-droite la « Cocarde Étudiante. » Il fut d’ailleurs l’un des initiateurs de l’antenne locale à la rentrée 2021, dont les activités ont suscitées de vives oppositions au sein des facs de Besançon [4]. Les virées militantes vont alors se muer en constitution proto-milicienne, structurée par l’apport de volontaires néonazis [5] : mise en place de camps d’entraînements paramilitaires, menaces contre des opposant.e.s, propagande et descentes réalisées encagoulés et armés [6].

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Etienne M., encagoulé (à gauche).

Habitué du « White Power. »

Dans cet ensemble, on retrouve donc Etienne M. à diverses occasions sur Besançon. Comme le 1er mars 2022 près du collège Victor Hugo, où il apparaît masqué durant une séance photographique après un collage de la « Cocarde Étudiante » ; rebelote le 24 mars suivant devant l’UFRSLHS cette fois visiblement libéré de ses entraves et de ses tabous, allant jusqu’à exécuter clairement un double signe « OK. » Considéré de longue date comme un symbole suprématiste signifiant « White Power » [7], il fut notamment repris par l’alt-right, les soutiens de Donald Trump durant l’assaut du Capitole, ainsi que les terroristes Brenton Tarrant et Philip Manshaus.

Dérapage ou lame de fond, en tout cas la pratique concorde avec les slogans de l’organisation : « islamistes étrangers dehors », « ni gauchisme ni libéralisme », « patrie, identité, souveraineté » ; mais aussi avec les exactions de cette succursale et de ses partisans en 2022, qui n’ont apparemment pas posées de cas de conscience à Etienne M. : que ce soit l’attaque du meeting de Philippe Poutou le 9 mars [8], le parasitage du cortège intersyndical le 1er mai [9], les intimidations durant la marche des fiertés le 21 mai [10], l’agression d’un journaliste le 22 août [11], le défilé aux cris de « Sieg Heil » le 28 août [12], ou la perturbation d’une marche féministe le 19 novembre [13].

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Etienne M., exécutant le signe « OK » (à gauche).

Futur ex-numéro un.

Quoiqu’en retrait du tapage et des mondanités, le jeune homme s’installe aussi assurément comme le bras droit et double zélé de Théo Giacone. Un responsable syndical et vieil ami moins embarrassé par la mauvaise publicité, ayant commencé sa petite carrière publique en 2019 par un grimage façon Ku Klux Klan avec salut fasciste [14]. Etienne M. est ainsi placé comme le numéro deux de la « Cocarde Étudiante » dès sa mise en place, dirigeant les troupes pendant les absences parisiennes du chef. Mais aussi proclamé dauphin d’office, dans une publication qui stipule à l’été dernier que le lider maximo va « gentiment passer la main à son second en fin d’année. »

Il est peut-être plus facile intellectuellement pour certaines robes noires de présenter ce parcours comme celui du nigaud de service dépassé par les événements, plutôt que de l’éclairer toutes ses turpitudes conscientes et avisées. Etienne M. devra prochainement répondre de son forfait, avec trois circonstances aggravantes retenues : cible d’un bien public, perpétré en réunion, avec un caractère discriminatoire (articles 322-3 et 132-76 du Code Pénal). En attendant le jugement, les premières répercussions sont tombées : les deux profanateurs ont été immédiatement virés de la « Cocarde Étudiante. » Après s’être brouillés avec le RN puis GZ, jamais deux sans trois.

Ourson grognon.




Source: Dijoncter.info