Septembre 29, 2022
Par Partage Noir
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Au cours de sa courte vie, Bernard Lazare fut écrivain symboliste, journaliste, anarchiste, dreyfusard et défenseur des juifs persécutés.

NĂ© Ă  NĂźmes dans une famille juive installĂ©e en France depuis plusieurs gĂ©nĂ©rations, il monte Ă  Paris en 1886. Il frĂ©quente le milieu des Ă©crivains symbolistes qui Ă©taient alors l’avant-garde. Certains d’entre eux sont sensibles aux idĂ©es anarchistes. Mais pour beaucoup ce ne sera qu’une mode. Par contre Bernard Lazare, comme FĂ©lix FĂ©nĂ©on, restera fidĂšle Ă  ses idĂ©es de jeunesse.

Il Ă©tudie les religions anciennes et publie son premier roman symboliste La FiancĂ©e de Corinthe avec son ami EphraĂŻm MikhaĂ«l. Il est critique littĂ©raire et collabore Ă  la presse quotidienne. Ses articles sont de plus en plus libertaires. Lors du procĂšs des Trente, il prend la dĂ©fense de Jean Grave et de FĂ©lix FĂ©nĂ©on. En 1892, son recueil de contes, Le Miroir des lĂ©gendes est influencĂ© par les religions. En 1897, Les Porteurs de torches sont des fables dans lesquelles l’auteur s’oppose Ă  toutes les injustices.

La montĂ©e de l’antisĂ©mitisme

À partir de 1880, on constate en France une montĂ©e de l’antisĂ©mitisme. C’est l’époque oĂč Drumont publie La France juive et oĂč sĂ©vissent Maurice BarrĂšs et LĂ©on Daudet. Bernard Lazare publie en 1894 L’AntisĂ©mitisme, son histoire et ses causes. C’est une Ă©tude historique intĂ©ressante mais ses conclusions sont sujettes Ă  caution. En effet, il dĂ©fend les juifs français par rapport aux juifs Ă©trangers. De plus, il pense que les juifs doivent ĂȘtre assimilĂ©s car ils ne sont pas sociables.

À la fin de l’annĂ©e 1894, Alfred Dreyfus est condamnĂ© pour espionnage. Dreyfus est innocent, il a Ă©tĂ© condamnĂ© parce qu’il Ă©tait juif. Cette affaire va dĂ©frayer la chronique pendant des annĂ©es. Mais, au dĂ©but, Dreyfus est bien seul, et Bernard Lazare sera l’un des tout premiers Ă  prendre sa dĂ©fense.

L’affaire Dreyfus


ProcĂšs de Rennes : M. Bernard-Lazare, la Dame Blanche, Ă  droite Abraham Dreyfus – Cartoliste

DĂšs 1895, il Ă©crit une brochure sur l’affaire. Il contacte la presse, les hommes politiques, les Ă©crivains. Il jouera Ă©galement un rĂŽle de trĂ©sorier ; et, pour faire reconnaĂźtre l’innocence de Dreyfus, il fait rĂ©aliser plusieurs expertises.

Avec la parution de « J’accuse Â» de Zola en 1898, le camp des dreyfusards va devenir plus important, et Lazare ne sera plus isolĂ©. Du cĂŽtĂ© des anarchistes, SĂ©bastien Faure et l’équipe du Libertaire s’engagent dans le combat pour Dreyfus, mais Jean Grave reste rĂ©servĂ©. Dreyfus sera libĂ©rĂ© en 1899 et acquittĂ© en 1906. À cette Ă©poque, Lazare est mort depuis trois ans et son rĂŽle essentiel dans l’affaire est alors oubliĂ©.

L’affaire Dreyfus a fait prendre conscience Ă  Bernard Lazare que le combat pour l’émancipation des juifs dans le monde Ă©tait primordial. Il rencontre ThĂ©odore Herzl, thĂ©oricien du sionisme qui avait publiĂ© en 1896 L’État des juifs. Le sionisme prend de l’ampleur Ă  une Ă©poque de pogroms en Russie et de campagnes antisĂ©mites en France et en Autriche. En 1898, Lazare est reçu triomphalement au congrĂšs sioniste de BĂąle. Mais il ne va pas tarder Ă  s’éloigner de Herzl. Pour celui-ci, la nation juive est un nouvel État.

Bernard Lazare

En tant qu’anarchiste, Lazare ne peut que s’opposer Ă  l’idĂ©e de nationalisme, aux compromis avec les hommes d’État, Ă  la crĂ©ation d’une banque coloniale. Pour lui, le sionisme n’est pas un État mais une vision poĂ©tique, un idĂ©al. Il prĂ©conise l’organisation du prolĂ©tariat juif dans des organisations autonomes.

En 1900 et 1902, il voyage en Roumanie et en Europe centrale. Il prend la dĂ©fense des juifs de Roumanie qui Ă©taient soumis Ă  un rĂ©gime d’exclusion. Il est accueilli comme un sauveur mais son sĂ©jour doit ĂȘtre Ă©courtĂ© Ă  cause des pressions antisĂ©mites. Il s’élĂšve Ă©galement contre la rĂ©pression qui touche les ArmĂ©niens en Turquie.

À la fin de sa vie, il se lie d’amitiĂ© avec Charles PĂ©guy et participe aux Cahiers de la quinzaine. Il meurt d’un cancer en 1903, Ă  l’ñge de 38 ans et laisse plusieurs manuscrits inachevĂ©s, dont Le Fumier de Job, consacrĂ© Ă  l’émancipation des juifs.

Bibliographie

Ouvrages de Bernard Lazare

  • L’Affaire Dreyfus, une erreur judiciaire, Allia, 1997, 11,43 €.
  • Figures contemporaines, Ellug, 2002. 172 p., 19 €. Ce recueil propose une cinquantaine de portraits sans complaisance des Ă©crivains de la fin du XIXe siĂšcle.
  • Le Fumier de Job, CircĂ©, 1996, 128 p., Poche, 15,09 €.
  • Juifs et antisĂ©mites, Allia, 1998. 24,39 €.

Sur Bernard Lazare

  • Bernard Lazare, anarchiste et nationaliste juif, textes rĂ©unis par Philippe Oriol, H. Champion, 1999, 376 p., BibliothĂšque d’études juives, 58,55 €.
  • Jean-Denis Bredin, Bernard Lazare, B. de Fallois, 1992, 428 p., 21,34 €. Ce texte a Ă©tĂ© repris au Livre de poche (LGF, 2003, 446 p., RĂ©fĂ©rences, n° 424, 9,15 €.). L’auteur, s’est largement inspirĂ© du livre de Nelly Wilson. Les erreurs historiques y sont nombreuses.
  • Philippe Oriol, Bernard Lazare, Stock, 2003, 457 p. (biographies), 22 €. Cet ouvrage n’omet aucun des aspects de la vie de Lazare et s’appuie sur les travaux les plus rĂ©cents.
  • Wilson, Nelly, Bernard Lazare, Albin Michel, 1986. Ce titre est Ă©puisĂ©.



Source: Partage-noir.fr