Novembre 13, 2020
Par Demain Le Grand Soir
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BERNARD, 10 ANS PLUS TARD

Article mis en ligne le 13 novembre 2020

derniĂšre modification le 12 novembre 2020

par

Le Plombier

En 2010, sortait en salle le film documentaire Bernard, ni dieu ni chaussettes, qui dressait le portrait de Bernard Gainier, un des derniers diseux en patois beauceron des textes du poĂšte Gaston CoutĂ©. Mais quelques annĂ©es plus tard, aux salles de cinĂ©ma succĂ©dĂšrent les salles d’hĂŽpital. Ce gardien de la mĂ©moire paysanne perdait la sienne. L’histoire aurait pu s’arrĂȘter là
 Mais c’est sans compter sur les mystĂšres du cerveau et son dĂ©sir inĂ©branlable de libertĂ©, le ciel peut attendre !

En 2007, quand j’ai demandĂ© Ă  Bernard Gainier si je pouvais le filmer dans son quotidien il m’a rĂ©torquĂ© que j’avais vraiment du temps Ă  perdre, ça tombait bien c’est ce que je cherchais Ă  filmer justement
 le temps perdu. « Pourquoi filmer un pĂ©san com’mouĂ© ? Â» me demandait-il souvent, quand il ne m’envoyait pas bouler avec ma camĂ©ra. Je me suis armĂ© de patience, le tournage a durĂ© trois ans.

C’est Ă  la sortie du film au cinĂ©ma en 2010 qu’il a commencĂ© Ă  comprendre mon obstination
 Il Ă©tait « en haut de l’affiche Â» et les rĂ©actions du public furent tout de suite chaleureuses et enthousiastes. Bernard devenait un hĂ©ros de cinĂ©ma. S’il n’a que faire des honneurs, l’homme est tout de mĂȘme fier de cette reconnaissance tardive. Lui, le gardien d’une mĂ©moire paysanne, le passeur d’une poĂ©sie populaire, et d’une langue, le patois beauceron, qui disparaitra avec ceux de sa gĂ©nĂ©ration. Bernard est un « diseux Â» restĂ© fidĂšle Ă  une tradition libertaire et humaniste qui a marquĂ© sa ville de Meung-sur-Loire. Rabelais y Ă©crivit son Pantagruel, François Villon fut jetĂ© dans les geĂŽles de son chĂąteau, et c’est lĂ  que grandit le poĂšte Gaston CoĂ»tĂ©, « Le Rimbaud de la Beauce Â» qui connut son heure de gloire dans le Montmartre de la Belle Époque.




Source: Demainlegrandsoir.org